Mémoires · Charles G. Finney
Chapitre 35
En Angleterre et en Écosse
Pendant ce séjour à Londres, je fus invité de façon très pressante à me rendre à Édimbourg, en Écosse ; vers la mi-août, nous quittâmes Londres et prîmes le bateau à vapeur, qui remonta la côte par la mer du Nord jusqu'à Édimbourg. C'était le docteur Kirk, pasteur à Édimbourg, qui m'avait pressé d'y aller ; il appartenait à cette partie de l'Église d'Écosse qu'on appelait l'Union évangélique. Leur principal théologien était un certain M. Morrison, qui dirigeait une école de théologie à Glasgow. Je trouvai en M. Kirk un homme ardent, qui aimait beaucoup l'œuvre de réveil. Cette Union évangélique, ou Église E. U., comme ils disaient, était née d'un mouvement de réveil suscité en Écosse au moment où mes discours sur les réveils y avaient été publiés pour la première fois. Un nombre considérable de pasteurs écossais, et un nombre bien plus grand de laïcs, en avaient été profondément remués, et avaient mené avec succès bien des efforts de réveil ; mais ils avaient dépensé une grande partie de leurs forces à polémiquer contre les vues hypercalvinistes que soutenaient les presbytériens d'Écosse.
Je restai trois mois à Édimbourg, prêchant surtout dans l'église de M. Kirk, qui était l'un des plus grands lieux de culte de la ville. Nous y eûmes un réveil très intéressant, et beaucoup d'âmes furent converties. Les membres de l'Église furent grandement bénis, et M. Kirk avait les mains pleines, jour et nuit, à s'occuper de ceux qui cherchaient. Mais je m'aperçus bientôt qu'il était entouré d'un mur de préjugés. Les Églises presbytériennes étaient fortement opposées à cette branche E. U. de l'Église ; et je me trouvai enfermé, pour ce qui était des portes ouvertes au travail dans les autres Églises.
M. Kirk était alors non seulement pasteur, mais aussi professeur dans une école de théologie à Glasgow ; il était en outre rédacteur du Christian News, qui paraissait à Glasgow. Dans ce journal, de temps à autre, il présentait mes vues théologiques comme identiques à celles de leur séminaire de théologie et de leur Église. Or, sur certains points, je me trouvais en désaccord assez marqué avec eux. Je ne pouvais pas recevoir leur conception de la foi comme un simple état de l'intelligence. Ils vidaient de son sens la doctrine de l'élection, d'une manière pour moi tout à fait inintelligible ; et sur divers points je m'aperçus que je n'étais pas d'accord avec eux. Cependant M. Kirk affirmait qu'il acceptait entièrement mes vues telles qu'il m'entendait les prêcher, et que c'étaient les vues de l'Église E. U. En affirmant ainsi que mes vues étaient identiques aux leurs, il me ferma, sans le vouloir, la porte des autres chaires, et empêcha sans doute une multitude de gens, qui sans cela seraient venus m'entendre, d'assister à nos réunions.
Le travail de Mme Finney en ce lieu fut grandement béni. Mme Kirk, la femme du pasteur, était une chrétienne pleine d'ardeur ; elle se mit à l'œuvre avec ma femme de toutes ses forces. Elles fondèrent une réunion de prière de dames, qui se poursuit encore aujourd'hui, et dont le Christian News a publié des comptes rendus d'année en année ; Mme Kirk a même publié un petit volume qui raconte la fondation et les progrès de cette réunion. Les exaucements qui y furent accordés furent merveilleux. On leur a envoyé de diverses parties de l'Écosse des demandes de prière pour divers lieux, diverses personnes et divers sujets. L'histoire de cette réunion a été d'un encouragement peu commun. Il en est sorti des réunions semblables dans diverses parties de l'Écosse ; et elles ont placé les femmes d'Écosse dans une position toute nouvelle, pour ce qui est des efforts personnels dans les réveils.
Après avoir passé trois mois à Édimbourg et y avoir vu une œuvre de grâce bénie, nous acceptâmes une invitation à nous rendre à Aberdeen ; et en novembre nous étions dans cette ville, qui se trouve près de l'extrémité nord de l'Écosse. Nous y étions invités par un certain M. Ferguson, lui aussi pasteur de l'Église E. U., et ami intime de M. Kirk. Il avait été très irrité, et l'était encore à notre arrivée, par l'opposition qu'il rencontrait de la part des Églises presbytériennes et congrégationalistes. Son assemblée était plus étroitement encore enfermée par les préjugés que celle de M. Kirk. C'était un chrétien ardent, mais l'opposition qui l'entourait comme un mur l'avait extrêmement aigri. Au début, je ne pus me faire entendre que de ses propres fidèles ; je fus assez découragé, et le frère Ferguson lui-même aussi.
Au moment de ce découragement, M. Davison, pasteur congrégationaliste de Bolton, dans le Lancashire, m'écrivit une lettre très pressante pour me demander de venir travailler avec lui. Les choses étaient si décourageantes à Aberdeen que je lui laissai espérer que j'irais. Mais entre-temps l'intérêt grandit beaucoup à Aberdeen, et d'autres pasteurs et d'autres Églises commencèrent à ressentir l'influence de ce qui s'y passait. Le pasteur congrégationaliste m'invita à prêcher un dimanche dans son église, ce que je fis. Un certain M. Brown, de l'une des Églises presbytériennes, m'invita aussi à prêcher ; mais j'avais alors les mains trop pleines pour accepter son invitation, bien que j'eusse l'intention de prêcher pour lui à un autre moment. J'aurais dû dire qu'avant cela l'œuvre avait commencé dans l'assemblée de M. Ferguson et prenait une tournure très intéressante. Un bon nombre de personnes s'étaient converties, et un changement très intéressant gagnait visiblement son assemblée et la ville. Mais entre-temps je m'étais tellement engagé à aller à Bolton que je vis que je devais y aller ; et nous quittâmes Aberdeen juste avant les fêtes de Noël pour nous rendre à Bolton.
Pendant que j'étais avec M. Ferguson à Aberdeen, son fils, qui était pasteur de l'une des Églises E. U. de Glasgow, me pressa de venir travailler quelque temps avec lui. On m'en avait déjà pressé avant mon départ d'Édimbourg. Mais je n'étais pas disposé à continuer plus longtemps mes travaux avec cette dénomination. Non que ce ne fussent pas des hommes de bien et d'ardents ouvriers de Dieu ; mais leurs controverses les avaient placés, à l'égard des Églises qui les entouraient, dans une situation telle que j'étais coupé de toute sympathie et de toute collaboration, sauf avec ceux qui partageaient leurs vues particulières. J'avais été habitué, dans ce pays-ci, à travailler librement avec les presbytériens et les congrégationalistes ; et je désirais vivement me faire entendre parmi les presbytériens et les congrégationalistes d'Écosse. Mais en travaillant avec les Églises E. U., je me trouvais dans une position fausse. Ce qu'avait dit le Christian News, et le fait que je travaillais dans cette dénomination, faisaient conclure que j'étais d'accord avec eux sur leurs vues particulières, alors qu'en fait je ne l'étais pas.
Je ne crus pas de mon devoir de rester plus longtemps dans cette position fausse. Je refusai donc d'aller à Glasgow. Je tenais le frère qui m'invitait pour l'un des meilleurs hommes, et son Église pour un peuple pieux et priant ; mais il y avait à Glasgow d'autres gens pieux et priants, et en bien plus grand nombre qu'on n'en pouvait trouver dans l'Église E. U. J'étais mal à l'aise, me sentant dans une position où je donnais de moi-même une image fausse. J'avais la plus vive affection pour ces frères, autant que j'appris à les connaître ; mais je sentais qu'en limitant mes travaux à cette dénomination, je restreignais beaucoup mon utilité. Nous quittâmes donc Aberdeen et nous rendîmes en train à Bolton, où nous arrivâmes la veille de Noël 1859.
Bolton est une ville d'environ trente mille habitants, située à quelques milles de Manchester. Elle est au cœur de la grande région industrielle de l'Angleterre. Elle se trouve dans le cercle de cette immense population qui s'étend dans toutes les directions autour de Manchester, comme autour d'un centre. On estime qu'au moins trois millions de personnes vivent dans un rayon de soixante milles autour de Manchester.
En ce lieu, l'œuvre du Seigneur commença immédiatement. Nous fûmes reçus comme hôtes par M. J. B...
Il appartenait à la dénomination méthodiste ; c'était un homme d'une piété solide, très peu sectaire dans ses vues et ses sentiments. Le lendemain soir de notre arrivée, il invita quelques amis pour un entretien religieux et la prière ; et parmi eux se trouvait une dame qui, depuis quelque temps, cherchait le salut. Après avoir un peu causé, nous décidâmes de prendre un moment de prière. Ma femme s'agenouilla près de cette dame dont j'ai parlé, et pendant la prière elle remarqua qu'elle était très émue. Quand nous nous relevâmes, Mme Finney la prit par la main, puis me fit signe, de l'autre côté de la pièce, de venir lui parler. Cette dame avait été élevée, comme je l'appris ensuite, dans la religion des quakers ; mais elle avait épousé un méthodiste. Elle était depuis longtemps inquiète de l'état de son âme ; mais on ne l'avait jamais mise face à face avec la question d'une soumission présente, immédiate.
Je répondis à l'appel de ma femme, traversai la pièce et lui parlai. Je vis en un instant que la détresse de son esprit était profonde. Je lui demandai donc si elle voulait bien m'accorder un moment pour un entretien personnel. Elle y consentit volontiers, et nous traversâmes le vestibule pour passer dans une autre pièce ; là, je la mis aussitôt face à face avec la question d'une soumission immédiate et de l'acceptation du Christ. Je lui demandai si elle voulait, ici et maintenant, renoncer à elle-même et à tout le reste, et donner son cœur au Christ. Elle répondit : « Il faudra bien que je le fasse un jour ; autant le faire maintenant. » Nous nous agenouillâmes aussitôt ; et, autant que la connaissance humaine peut en juger, elle se soumit vraiment à Dieu. Après qu'elle se fut soumise, nous retournâmes au salon ; et la scène entre elle et son mari fut très émouvante. Dès qu'elle entra dans la pièce, il vit un tel changement sur son visage qu'ils semblèrent spontanément se serrer dans les bras l'un de l'autre, et ils s'agenouillèrent devant le Seigneur.
À peine étions-nous assis que le fils de M. B... entra au salon pour annoncer qu'une des servantes était profondément remuée. Très peu de temps après, celle-ci aussi donna des signes de sa soumission au Christ. Puis j'appris qu'une autre pleurait à la cuisine ; j'allai aussitôt la trouver, et, après un peu d'entretien et d'instruction, elle aussi parut donner son cœur à Dieu. Ainsi l'œuvre avait commencé. Mme B... elle-même était depuis des années dans un état de doute et de découragement ; elle aussi parut se fondre et entrer presque aussitôt dans des dispositions toutes différentes. La nouvelle de ce que faisait le Seigneur se répandit bientôt ; et les gens venaient chaque jour, et presque à chaque heure, pour s'entretenir avec nous. La première semaine de janvier avait été fixée pour être observée comme une semaine de prière, ainsi qu'on l'a fait depuis d'année en année ; et les différentes dénominations convinrent de tenir des réunions d'union pendant cette semaine.
Notre première réunion eut lieu dans la chapelle de M. Davison, celui qui m'avait fait venir à Bolton. C'était un indépendant, ce que nous appelons dans ce pays-ci un congrégationaliste. Sa chapelle fut pleine dès le premier soir. La réunion fut ouverte par un pasteur méthodiste, qui pria avec une grande ferveur, et avec une liberté qui m'indiqua clairement que l'Esprit de Dieu était sur l'assemblée et que nous aurions une réunion puissante. On m'invita à prendre la suite par quelques remarques. Je le fis, et parlai un petit moment sur le sujet de la prière. Je tâchai de leur faire comprendre, comme un fait, que la prière serait immédiatement exaucée s'ils ôtaient les pierres d'achoppement du chemin et offraient la prière de la foi. La parole sembla faire tressaillir le cœur des chrétiens. De fait, j'ai rarement parlé à des assemblées sur un sujet qui ait produit un effet plus puissant et plus salutaire que celui de la prière. Il en est ainsi partout. Les gens qui prient en sont aussitôt stimulés à saisir Dieu pour obtenir une bénédiction. C'est ce qui arriva ici. Ce fut une réunion puissante.
Pendant toute cette semaine, l'esprit de prière sembla grandir, et nos réunions avaient toujours plus de puissance. Vers le troisième ou le quatrième jour, je pense, ce fut le tour d'un certain M. Best, lui aussi pasteur congrégationaliste à Bolton, d'accueillir la réunion dans sa chapelle. Là, pour la première fois, je fis appel à ceux qui cherchaient. Après avoir parlé quelque temps à l'assemblée dans un sens propre à conduire à ce point, j'invitai ceux qui cherchaient à se faire connaître, et ils remplirent sa salle de réunion. Nous eûmes avec eux une réunion impressionnante ; et beaucoup d'entre eux, j'en ai l'espoir, se soumirent à Dieu.
Il y avait dans la ville une salle de la tempérance qui pouvait contenir plus de monde qu'aucune des chapelles. Après cette semaine de prière, les frères retinrent cette salle pour la prédication ; et je commençai à y prêcher deux fois le dimanche et quatre soirs par semaine. L'intérêt devint bientôt très général. La salle était comble chaque soir, au point qu'il était impossible à une personne de plus d'en franchir seulement la porte. L'Esprit de Dieu se répandit abondamment.
Je recommandai alors aux frères de parcourir toute la ville : d'aller deux à deux, de visiter chaque maison, et, si on le leur permettait, de prier dans chaque maison de la ville. Ils se rassemblèrent aussitôt et avec courage pour accomplir ce travail. Ils firent imprimer quantité d'affiches, de traités, de placards et d'invitations de toutes sortes, et commencèrent à visiter la ville. Les congrégationalistes et les méthodistes se mirent à l'œuvre avec une grande ardeur.
Les méthodistes sont très forts à Bolton, et l'ont toujours été depuis le temps de Wesley. C'était l'un des champs de travail préférés de Wesley ; et ils y ont toujours eu des pasteurs capables et des Églises solides. Leur influence l'emportait de loin, là-bas, sur celle de toutes les autres dénominations. Je trouvai parmi eux, pasteurs comme laïcs, d'excellents et ardents ouvriers du Christ. Mais les congrégationalistes aussi entrèrent dans l'œuvre avec beaucoup d'entrain et d'énergie ; et, tant que je restai là du moins, tout esprit de secte sembla enterré. Ils visitèrent la ville à fond ; et les visiteurs se réunissaient une ou deux fois par semaine pour faire leurs rapports et étudier de nouvelles dispositions pour faire avancer l'œuvre. Il était très courant de voir un méthodiste et un congrégationaliste, la main dans la main et le cœur uni au cœur, aller de maison en maison avec des traités, prier partout où on le leur permettait, dans chaque maison, avertir les hommes de fuir la colère à venir (Matthieu 3,7), et les presser de venir au Christ.
Naturellement, dans un tel état de choses, l'œuvre devait se répandre rapidement parmi les inconvertis. Des gens de toutes les classes, petits et grands, riches et pauvres, hommes et femmes, furent touchés. J'avais l'habitude, chaque soir où je prêchais, d'inviter ceux qui cherchaient à s'avancer et à prendre place devant l'estrade. Ils venaient en grand nombre, se frayant un chemin comme ils pouvaient à travers la foule compacte qui remplissait chaque coin et recoin de la salle. La salle n'était pas seulement vaste au rez-de-chaussée ; elle avait aussi une galerie, toujours bondée. Quand ceux qui cherchaient s'étaient avancés, nous tenions une réunion de prière, avec plusieurs prières à la suite, pendant qu'ils étaient à genoux devant le Seigneur.
Les frères méthodistes étaient très engagés et, pendant un certain temps, ils se montrèrent fort bruyants et démonstratifs dans leurs prières quand les pécheurs s'avançaient. Pendant un temps, je ne dis rien à ce sujet, de peur de les rebuter et de les amener à attrister l'Esprit. Je voyais qu'ils avaient l'impression que plus l'excitation serait grande, plus l'œuvre avancerait vite. Ils frappaient donc sur les bancs, priaient extrêmement fort, et parfois plusieurs à la fois. Je savais que cela distrayait ceux qui cherchaient et les empêchait de se convertir vraiment ; et, bien que le nombre de ceux qui cherchaient fût grand et ne cessât d'augmenter, les conversions ne se multipliaient pas aussi vite que je l'avais vu d'ordinaire, même là où ceux qui cherchaient étaient bien moins nombreux.
Après avoir laissé les choses aller ainsi pendant deux ou trois semaines, jusqu'à ce que les frères méthodistes aient fait ma connaissance et moi la leur, un soir, en appelant ceux qui cherchaient à s'avancer, je proposai que nous suivions une autre voie. Je leur dis qu'à mon avis ceux qui cherchaient avaient besoin de plus de possibilité de réfléchir qu'ils n'en avaient au milieu de tant de bruit ; qu'ils avaient besoin d'instruction, et d'être conduits dans la prière par une seule voix ; et qu'il ne devait y avoir aucune confusion, ni rien qui en approche, si nous voulions qu'ils écoutent et se convertissent en connaissance de cause. Je leur demandai s'ils ne voudraient pas essayer quelque temps de suivre mon conseil sur ce point, pour voir ce qui en résulterait. Ils le firent ; et au début je pus voir qu'ils se sentaient un peu gênés quand ils essayaient de prier, et un peu découragés, parce que cela heurtait leur idée de ce qui fait une réunion puissante. Mais ils semblèrent bientôt s'en remettre, parce qu'ils furent convaincus, je pense, que si nos réunions de prière montraient moins d'excitation apparente, il y avait pourtant beaucoup plus de convertis de soir en soir.
La renommée de cette œuvre se répandit au loin, et bientôt des gens commencèrent à venir de Manchester à Bolton en grand nombre pour assister à nos réunions ; cela, comme toujours, suscita une agitation considérable dans cette ville, et le désir de m'y voir venir aussitôt que possible. Je restai cependant à Bolton, je crois, environ trois mois, peut-être davantage. L'œuvre devint si puissante qu'elle fit irruption dans toutes les classes et chez toutes sortes de personnes.
Le frère B... possédait à Bolton une grande filature de coton et employait beaucoup d'ouvriers, hommes et femmes. J'allai une ou deux fois avec lui à sa filature, et je tins des réunions avec ses ouvriers. La première fois, nous eûmes une réunion puissante. Je restai avec eux jusqu'à être très fatigué, puis je rentrai, laissant le frère B... continuer à prier avec eux et à les instruire. Quand il rentra, il rapporta que pas moins de soixante de ses propres ouvriers semblaient clairement s'être convertis ce soir-là. Ces réunions se poursuivirent jusqu'à ce que presque tous ses ouvriers aient exprimé leur espérance dans le Christ.
Il y eut à cette époque un très grand nombre de cas frappants de conviction et de conversion. Je gardais moi-même mon calme, et je m'efforçais de maintenir les gens dans une disposition où ils écouteraient l'instruction et agiraient en connaissance de cause en tout ce qu'ils feraient ; néanmoins, dans quelques cas, des personnes furent pendant quelques jours trop agitées pour le bon fonctionnement de leur esprit, bien que je ne me souvienne d'aucun cas de véritable folie.
Un soir, comme j'étais debout sur l'estrade en train de prêcher, un homme de l'assemblée se leva, se fraya un chemin jusqu'à l'estrade et dit à l'assemblée : « J'ai commis un vol. » Il commença à faire une confession, m'interrompant en pleine prédication. Je vis qu'il était surexcité ; et le frère Davison, qui était assis sur l'estrade, s'approcha, lui parla à l'oreille, l'emmena dans une pièce voisine et s'entretint avec lui. Il apprit que cet homme avait commis un crime pour lequel il était passible de la déportation. Il lui donna des conseils, et je n'en entendis plus parler ce soir-là. Plus tard, les faits vinrent plus complètement à ma connaissance. Mais au bout de quelques jours, l'homme trouva l'espérance.
Un soir, je prêchai sur la confession et la restitution, et cela provoqua un mouvement tout à fait extraordinaire parmi les hommes d'affaires. Un homme me dit le lendemain qu'il était allé faire une restitution de quinze cents livres, je crois, dans une affaire où il pensait n'avoir pas agi selon le principe qui veut qu'on aime son prochain comme soi-même. Dans de telles circonstances, la conscience des hommes est extrêmement délicate. Ce monsieur dont je viens de parler me raconta qu'un ami très cher était mort en le chargeant de régler sa succession. Il l'avait fait, et avait simplement reçu ce que la loi lui accordait pour son travail et ses frais. Mais il me dit qu'en entendant ce sermon, il lui était venu à l'esprit qu'en ami et en frère chrétien, il lui était plus facile de régler cette succession sans rien demander qu'à la famille de lui verser les honoraires légaux. L'Esprit de Dieu qui reposait sur lui le lui fit sentir si vivement qu'il alla aussitôt rembourser l'argent.
Il y eut à Rochester, dans l'État de New York, un cas du même genre que j'ai oublié de mentionner, mais que je peux tout aussi bien rapporter ici. Une conscience extrêmement délicate amena un homme à voir et à sentir vivement ce qu'est agir selon le principe d'aimer son prochain comme soi-même, et de faire aux autres ce que nous voudrions qu'ils nous fassent. Un homme d'une fortune considérable, converti dans l'un des réveils de Rochester où je travaillai, avait traité certaines affaires pour une veuve, dans un village peu éloigné de Rochester. Il s'agissait de la cession de quelques biens immobiliers, pour laquelle on lui avait payé ses services quinze ou seize cents dollars. Dès qu'il fut converti, il pensa à cette affaire ; et, à la réflexion, il pensa qu'il n'avait pas agi envers cette veuve et ses orphelins comme il souhaiterait qu'un autre agisse envers sa veuve et ses orphelins, s'il venait à mourir. Il alla donc la voir et lui exposa la question telle qu'elle se présentait à son esprit. Elle répondit qu'elle ne voyait pas du tout la chose ainsi ; qu'elle s'était estimée en vérité très obligée envers lui d'avoir traité son affaire de manière à lui procurer tout ce qu'elle pouvait demander ou espérer. Elle refusa donc de recevoir l'argent qu'il offrait de rembourser.
Après y avoir un peu réfléchi, il lui dit qu'il n'était pas satisfait, et qu'il souhaitait qu'elle fasse venir quelques-uns de ses voisins les plus dignes de confiance, pour leur soumettre la question. Elle le fit, appela quelques amis chrétiens, des hommes d'affaires ; et ils leur exposèrent toute l'affaire. Ceux-ci dirent que c'était une transaction commerciale, qu'il était évident qu'il avait mené l'affaire à la satisfaction de la famille et à son avantage, et qu'ils ne voyaient aucune raison pour qu'il rembourse l'argent. Il écouta ce qu'ils avaient à dire ; mais avant de quitter la ville, il retourna chez la dame et lui dit : « Je n'ai pas l'esprit tranquille. Si je mourais en laissant ma femme veuve et mes enfants orphelins, et qu'un de mes amis traite une telle affaire pour eux, j'estimerais qu'il pourrait le faire gratuitement, puisque ce serait pour une veuve et des orphelins. » Et il ajouta : « Je ne peux pas voir la chose autrement. » Là-dessus, il posa l'argent sur sa table et s'en alla.
Un autre cas me revient maintenant, qui montre de quelle manière l'Esprit de Dieu agit dans l'esprit des hommes quand leur cœur est ouvert à son influence. Un jour que je prêchais dans l'une des grandes villes, je m'étendais sur les malhonnêtetés des affaires, sur les combinaisons des hommes pour tromper autrui, et sur la façon dont ils se justifient quand ils violent la règle d'or. Avant que j'aie fini mon discours, un monsieur se leva au milieu de la salle et me demanda s'il pouvait poser une question. Il exposa alors un cas ; et, après l'avoir exposé, il me demanda si ce cas tombait sous la règle que j'avais énoncée. Je répondis : « Oui, je pense que c'est clairement le cas. » Il se rassit et n'en dit pas davantage ; mais j'appris ensuite qu'il était allé faire une restitution s'élevant à trente mille dollars. Je pourrais rapporter un très grand nombre d'exemples de personnes amenées à agir de la même manière sous l'influence puissante et pénétrante de l'Esprit de Dieu.
Mais, pour revenir de cette digression : l'œuvre se poursuivit et s'étendit à Bolton, au point que l'un des pasteurs qui avaient dirigé la visite de la ville déclara publiquement qu'on avait constaté que le réveil avait atteint chaque famille de la ville, et que chaque famille avait été visitée.
Si nous avions eu un lieu de culte assez grand, nous aurions probablement eu dix mille personnes dans nos assemblées soir après soir. Tout ce que nous pouvions faire, c'était remplir la salle autant qu'il était possible de l'entasser, puis employer tous les autres moyens dont nous disposions pour atteindre la multitude dans d'autres lieux de culte.
Je me souviens d'un cas frappant de conversion parmi les grands propriétaires de filatures de la ville. On m'avait parlé de l'un d'eux comme d'un homme très avare. Il avait une grande soif de richesses, et on le présentait comme un cas tout à fait désespéré. Le réveil avait atteint un grand nombre d'hommes de cette classe ; mais celui-ci semblait tenir bon, et son amour du monde et son esprit d'avarice semblaient le dévorer. Mais, contre mon attente et celle des autres, il vint à son tour me voir. Je l'invitai dans ma chambre et j'eus avec lui un entretien très sérieux. Il me reconnut qu'il avait été un grand avare, et qu'il avait dit un jour à Dieu que, s'il lui donnait encore cent mille livres, il accepterait d'être damné éternellement. Je fus profondément choqué de cela ; mais je voyais clairement qu'il était terriblement convaincu du caractère coupable de cette disposition d'esprit.
Je lui récitai alors une partie du sixième chapitre de Matthieu, où le Christ met les hommes en garde contre le fait d'amasser des trésors sur la terre et les engage à s'amasser des trésors dans le ciel. J'en vins enfin à ce verset : « Cherchez premièrement le royaume et la justice de Dieu ; et toutes ces choses vous seront données par-dessus » (Matthieu 6,33). Il se pencha vers moi et parut aussi intéressé que si tout cela était nouveau pour lui. Quand je lui récitai ce verset, il me dit avec le plus grand sérieux : « Croyez-vous cela ? » Je répondis : « Bien sûr que je le crois. C'est la parole de Dieu. - Eh bien, dit-il, j'y vais ! » Et il se leva d'un bond, dans la plus grande agitation. « Si c'est vrai, dit-il, je vais tout abandonner au Christ sur-le-champ. » Nous nous agenouillâmes aussitôt, je présentai son cas à Dieu dans la prière, et il sembla se briser comme un enfant. Dès ce moment, il parut un tout autre homme. Ses sentiments d'avarice semblèrent fondre entièrement. Il se mit à l'œuvre comme un homme résolu, et alla engager à ses propres frais un missionnaire urbain, qu'il chargea de gagner des âmes au Christ.
Ici aussi, les réunions de Mme Finney furent très largement suivies. Elle les tenait, comme toujours, dans la journée ; et l'on me rapporta que, parfois, à sa réunion de dames, la salle de la tempérance était presque pleine. Les chrétiennes des différentes dénominations s'associèrent à elle et l'encouragèrent ; et beaucoup de bien, je l'espère, fut fait par le moyen de ces réunions de dames.
Ma femme et moi étions tous deux assez épuisés par ces travaux. Mais en avril nous allâmes à Manchester. À Manchester, à ce qu'on me dit, l'élément congrégationaliste l'emporte plutôt sur les autres dénominations. Comme chacun sait, les régions industrielles ont un élément démocratique plus fort que les autres parties de l'Angleterre. Le congrégationalisme est donc plus répandu à Manchester que dans aucune autre ville que j'aie visitée. Je n'y étais pas depuis longtemps, cependant, que je vis qu'il manquait beaucoup de confiance mutuelle entre les frères. Je voyais qu'il y avait des frictions entre les responsables ; et souvent, à mon grand chagrin, j'entendis des propos qui révélaient un manque de véritable union de cœur dans l'œuvre. Je fus bientôt convaincu que c'était là une grande difficulté à surmonter, et que, si on ne pouvait la surmonter, l'œuvre ne pourrait jamais être aussi générale là-bas qu'elle l'avait été à Bolton. Il se manifesta bientôt un mécontentement à l'égard de certains des hommes qu'on avait choisis pour diriger l'œuvre et pourvoir à la conduite du mouvement d'ensemble.
Cela attrista l'Esprit et paralysa l'œuvre. Et bien que, dès le tout début, l'Esprit de Dieu ait accompagné la parole, l'œuvre ne vint jamais assez complètement à bout de l'esprit de secte et des désaccords des frères en général pour pouvoir se répandre dans la ville comme elle l'avait fait à Bolton. Quand je vins dans cette ville, je m'attendais à ce que les frères méthodistes et congrégationalistes travaillent ensemble en bonne harmonie, comme à Bolton ; mais je constatai que je m'étais trompé. Non seulement il manquait de cordialité et de sympathie entre méthodistes et congrégationalistes, mais il y avait aussi un grand manque de confiance et de sympathie parmi les congrégationalistes eux-mêmes. Néanmoins, nos réunions furent très intéressantes ; on trouvait de tous côtés un grand nombre de personnes qui cherchaient ; et chaque fois qu'une réunion était fixée pour elles, elles venaient en grand nombre. Pourtant, ce que je désirais ardemment voir, c'était à Manchester un débordement général des influences de l'Esprit, comme nous en avions été témoins à Bolton. La difficulté, c'est que les hommes qui menaient le mouvement ne manifestaient pas alors un bon esprit. Je n'en ai pas appris la cause ; peut-être était-ce quelque chose en moi-même. Mais je suis sûr qu'un grand nombre de personnes furent converties, car j'en ai vu moi-même et je me suis entretenu avec un grand nombre qui étaient puissamment convaincus de péché et, selon toute apparence, convertis ; et pourtant les barrières ne tombèrent pas au point de donner libre cours parmi le peuple à la parole du Seigneur et à l'Esprit du Seigneur.
Quand nous partîmes, on convoqua une réunion de ceux qui avaient été particulièrement bénis au cours de ces réunions ; et le nombre des présents fut, je crois, bien plus grand que les pasteurs eux-mêmes ne s'y attendaient. Je suis certain qu'ils furent surpris du nombre des assistants et de l'esprit de la réunion. De fait, je ne pense pas qu'aucun des pasteurs de la ville ait eu conscience de l'étendue de l'œuvre, car en général ils n'assistaient pas à nos réunions. Ils ne les suivaient pas d'un lieu à l'autre, et on les voyait rarement aux réunions pour ceux qui cherchaient. Nous restâmes à Manchester jusque vers le 1er août ; et le réveil continua de grandir et de s'étendre jusqu'à ce moment-là.
Mais nos forces, à ma femme et à moi, étaient épuisées, et quelques-uns des principaux frères nous proposèrent de suspendre nos travaux, d'aller nous reposer quelques semaines au pays de Galles, puis de revenir à Manchester reprendre nos travaux. Ce qu'ils proposaient, c'était de retenir une grande salle et de poursuivre ainsi nos réunions de façon indépendante. Ils pensaient, et je le pensais moi-même, que nous ferions de cette façon plus de bien qu'en travaillant avec une assemblée particulière. Les frontières entre dénominations sont beaucoup plus marquées dans ce pays-là que dans le nôtre. Il est très difficile d'amener des membres de l'Église d'Angleterre à fréquenter un lieu de culte dissident. Les méthodistes, en général, ne vont pas volontiers au culte avec d'autres dénominations. En fait, il en va de même de toutes les dénominations en Angleterre et en Écosse. Les frontières entre sectes sont tracées beaucoup plus nettement, et les membres des différentes Églises restent plus strictement à l'intérieur de leurs limites que dans notre pays. Je suis persuadé que la vraie manière de travailler à un mouvement de réveil là-bas, c'est de n'avoir aucun lien particulier avec une dénomination précise, mais de prêcher le vrai Évangile et de s'établir dans des salles, ou même dans les rues quand le temps le permet, là où aucun sentiment ni aucune particularité de dénomination ne peuvent entraver les influences de l'Esprit de Dieu.
Le 2 août 1860, nous quittâmes Manchester pour descendre à Liverpool. Un bon nombre de nos amis nous y accompagnèrent et y passèrent la nuit. Le matin du 3, nous partîmes pour New York à bord du Persia. Nous trouvâmes qu'un grand nombre de nos amis s'étaient rassemblés, venus de différentes parties de l'Angleterre, pour nous dire adieu. Nous prîmes d'eux un congé affectueux et émouvant ; le glorieux vieux vapeur s'élança vers le large, et nous étions sur le chemin du retour.
Texte : Traduction française de biblelibre.org (2026). Source : Memoirs of Rev. Charles G. Finney, A. S. Barnes, 1876 (archive.org, exemplaire de la bibliothèque de Cornell) (Texte anglais du domaine public ; traduction française de biblelibre.org sous licence CC BY-SA 4.0 : libre de copie et de partage, dans les mêmes conditions, en citant la source).