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Mémoires · Charles G. Finney

Chapitre 28

Premier séjour en Angleterre

Comme j'avais reçu des invitations répétées et pressantes à me rendre en Angleterre pour y travailler à susciter des réveils, je m'embarquai avec ma femme* à l'automne 1849 ; après une traversée orageuse, nous arrivâmes à Southampton au début de novembre. Là, nous rencontrâmes le pasteur de l'Église de Houghton, un village situé à mi-chemin entre les bourgs de marché de Huntingdon et de Saint Ives. Un certain M. Potto Brown, homme d'une grande bienfaisance, dont j'aurai souvent l'occasion de parler, avait envoyé M. James Harcourt, son pasteur, nous accueillir à Southampton.

M. Potto Brown était quaker par sa naissance et par son éducation. Lui et un associé exploitaient des moulins, et ils faisaient partie d'une assemblée d'indépendants, à Saint Ives. Ils furent profondément remués en voyant l'état des choses autour d'eux. L'Église, comme on l'appelle en Angleterre, leur semblait ne faire que très peu de chose pour le salut des âmes. Il n'existait pas d'écoles pour instruire les pauvres, en dehors des écoles de l'Église établie ; et la masse du peuple était fort négligée. Après beaucoup de prière et de concertation entre eux, ils convinrent de prendre des mesures pour l'instruction des enfants, dans le village où ils vivaient et dans les villages d'alentour, et d'étendre cette influence aussi loin qu'ils le pourraient. Ils convinrent aussi d'employer leurs ressources, au mieux, à établir le culte et à fonder des Églises indépendantes de l'Église établie.

* M. Finney avait épousé en secondes noces Mme Elizabeth F. Atkinson, de Rochester.

Peu après le début de cette entreprise, l'associé de M. Brown mourut. Sa femme, je crois, était morte avant lui ; et il confia sa famille, qui comptait plusieurs fils et filles, aux soins fraternels de M. Brown, lequel les confia à son tour à l'éducation d'une dame veuve pleine de sagesse, dans un village voisin. En mourant, l'associé de M. Brown le supplia de ne pas négliger l'œuvre qu'ils avaient projetée ensemble, mais de la poursuivre avec vigueur et avec un regard simple. M. Brown avait l'œuvre à cœur. Son associé laissait une grande fortune à ses enfants. M. Brown lui-même n'avait que deux enfants, deux fils. C'était un homme aux habitudes simples, qui dépensait peu d'argent pour lui-même ou pour sa famille. Il engagea un maître d'école dans le village où il habitait, et y bâtit une chapelle pour le culte public. Ils appelèrent pour y travailler comme pasteur un homme qui professait des vues hypercalvinistes ; aussi travailla-t-il année après année sans obtenir de résultats qui répondent à l'attente de M. Brown.

M. Brown s'entretenait souvent avec son pasteur de ce manque de bons résultats. Il lui payait son traitement, et dépensait son argent de diverses manières pour faire avancer la religion, par des écoles du dimanche, des maîtres et des ouvriers ; mais il n'y avait que peu de conversions, ou point du tout. Il revint si souvent sur ce sujet auprès de son pasteur que celui-ci finit par lui répondre : « Monsieur Brown, suis-je Dieu, pour pouvoir convertir les âmes ? Je leur prêche l'Évangile, et Dieu ne les convertit pas ; est-ce ma faute ? » M. Brown répliqua : « Que vous soyez Dieu ou non, il nous faut des conversions. Il faut que les gens se convertissent. » Ce pasteur fut donc congédié. On engagea le pasteur James Harcourt. M. Harcourt est un baptiste partisan de la communion ouverte, un homme de talent, un prédicateur entraînant et un ouvrier ardent pour le salut des âmes. Sous sa prédication, les conversions commencèrent à paraître, et l'œuvre avança de façon encourageante. Leur petite Église grandit en nombre et en foi ; et le levain s'étendait graduellement, mais d'une manière sensible, de tous côtés.

Ils étendirent bientôt leur action aux villages voisins, avec de bons résultats. Mais ils ne savaient toujours pas comment susciter des réveils religieux. Les enfants de son associé, qui avaient été laissés à sa charge, étaient devenus des jeunes gens et des jeunes filles, et ils n'étaient pas convertis. Il y avait trois filles et trois fils, une belle famille, largement pourvue de biens ; mais ils n'étaient pas convertis. M. Brown avait dans ce comté un grand nombre d'amis fort intéressants et influents, au salut desquels il s'intéressait très profondément. Il avait aussi un vif souci des enfants de son associé défunt, et désirait qu'ils soient convertis. Pour l'instruction de ses fils, il avait engagé un précepteur dans sa maison ; et un nombre considérable de jeunes gens de familles honorables, venus des villes voisines, avaient étudié avec ses fils. Cette petite école familiale, où avaient été invités les jeunes gens qui étaient fils de ses amis, en diverses parties du comté, avait créé un lien d'intérêt très fort entre M. Brown et ces familles. Le travail de M. Harcourt, pour une raison ou pour une autre, n'atteignait pas ces familles. Il réussissait parmi les classes pauvres et les plus humbles ; il était zélé et dévoué, et prêchait l'Évangile. Comme le disait M. Brown : « C'était un puissant serviteur de Jésus-Christ. » Mais il lui manquait encore l'expérience nécessaire pour atteindre la catégorie de personnes que M. Brown portait plus particulièrement sur son cœur. Ces frères en parlaient souvent ensemble, et se demandaient comment ils pourraient atteindre cette catégorie de personnes et les attirer au Christ. M. Harcourt disait qu'il avait fait tout ce qu'il pouvait, et qu'il fallait faire autre chose, faute de quoi il ne voyait pas comment ces gens-là seraient jamais atteints.

Il avait lu mes discours sur les réveils, et il finit par suggérer à M. Brown qu'il serait à propos de m'écrire, pour voir si je ne voudrais pas venir travailler avec eux. C'est ainsi que je reçus de M. Brown une demande très pressante de leur rendre visite. Il en parla aussi à beaucoup d'autres personnes, et à quelques pasteurs ; ce qui me valut plusieurs lettres m'invitant instamment à venir en Angleterre.

Au début, ces lettres ne firent que peu d'impression sur moi, car je ne voyais pas comment je pourrais aller en Angleterre. À la longue, le chemin sembla s'ouvrir pour que je quitte la maison, au moins pour un temps ; et, comme je l'ai dit, à l'automne 1849, ma femme et moi partîmes pour l'Angleterre. Une fois arrivés, après nous être reposés quelques jours, je commençai à travailler dans la chapelle du village. Je découvris bientôt que M. Brown était un homme tout à fait remarquable. Bien qu'élevé dans le quakerisme, il avait des vues entièrement larges, et il travaillait de façon indépendante, directement au salut des gens qui l'entouraient. Il était riche, et sa fortune ne cessait de s'accroître rapidement. Son histoire m'a rappelé bien des fois le proverbe : « Tel, qui donne libéralement, devient plus riche ; et tel, qui épargne à l'excès, ne fait que s'appauvrir » (Proverbes 11,24). Pour les besoins de la religion, il dépensait son argent comme un prince ; et plus il dépensait, plus il avait à dépenser.

Pendant notre séjour, il tint sa maison ouverte matin, midi et soir, et invita ses amis, de près et de loin, à venir lui rendre visite. Ils vinrent en grand nombre, si bien qu'à presque chaque repas sa table était entourée de diverses personnes qu'il avait invitées, afin que je puisse m'entretenir avec elles et qu'elles assistent à nos réunions.

Un réveil commença aussitôt et se répandit parmi la population. Les enfants de son associé furent bientôt touchés par la religion et convertis au Christ. L'œuvre gagna ceux qui venaient des villages voisins. Ils entendirent la parole et la reçurent avec joie. Et l'œuvre fut si étendue et si profonde parmi les amis particuliers de M. Brown, dont il désirait la conversion et pour lesquels il priait depuis longtemps, qu'avant mon départ il me dit qu'ils étaient tous convertis, que le Seigneur n'en avait laissé de côté aucun de ceux pour qui il avait éprouvé de l'inquiétude et pour la conversion desquels il avait prié.

La conversion de ce grand nombre de personnes, dispersées dans tout le pays, produisit une impression très favorable là où on les connaissait. La maison de prière de Houghton était petite, mais elle était bondée à chaque réunion ; et le dévouement et l'engagement de M. Brown et de sa femme étaient des plus intéressants et des plus touchants. Leur hospitalité semblait sans limites. Leur maître d'école était un homme pieux ; il passait tous les jours, et presque à chaque repas, et s'asseyait avec nous pour profiter de la conversation. Des messieurs venaient des villes voisines, de plusieurs milles à la ronde, assez tôt pour être là au petit déjeuner. Les jeunes gens qui avaient été instruits avec ses fils furent invités et vinrent ; et je crois qu'ils furent tous convertis. Ainsi ses plus grands désirs à leur égard furent comblés ; et il se fit, parmi la masse du peuple, beaucoup plus qu'il ne s'y était attendu. M. Harcourt avait alors, outre Houghton, plusieurs lieux de prédication dans les villages voisins. Le parfum de cette œuvre de Houghton se fit sentir pendant des années. M. Harcourt m'a appris que, tout le temps qu'il resta à Houghton, il prêcha dans une atmosphère de prière, entouré de cœurs attendris.

Je ne restai pas longtemps à Houghton cette fois-là ; plusieurs semaines, cependant. Parmi les frères qui m'avaient écrit pour me presser de venir en Angleterre, se trouvait un certain M. Roe, pasteur baptiste de Birmingham. Dès qu'il apprit que j'étais en Angleterre, il vint à Houghton et y passa plusieurs jours, assistant aux réunions et constatant les résultats.

Vers la mi-décembre, nous quittâmes Houghton et allâmes à Birmingham, pour travailler dans l'assemblée de M. Roe. Là, peu après notre arrivée, on nous présenta au pasteur John Angell James, qui était le principal pasteur dissident de Birmingham. C'était un homme bon et un grand homme, qui exerçait une très large influence dans cette ville, et même dans toute l'Angleterre.

Quand mes discours sur les réveils furent publiés pour la première fois en Angleterre, M. James les avait fait précéder d'une introduction où il les recommandait chaudement. Mais quand j'arrivai à Birmingham, j'appris qu'après les avoir publiquement recommandés, dans des réunions de pasteurs et par écrit, M. James avait été informé, par des hommes appartenant à certains milieux de ce côté-ci de l'Atlantique, que les réveils qui avaient eu lieu, sous mon ministère en particulier, avaient eu des suites désastreuses ; et que ces rapports lui avaient été faits avec tant d'insistance qu'il avait retiré ce qu'il avait dit publiquement en faveur de ces discours sur les réveils.

Cependant, quand il me vit à Birmingham, il convoqua les pasteurs indépendants à un petit déjeuner chez lui et me pria d'y assister. C'est la manière habituelle de faire les choses en Angleterre. Quand nous fûmes réunis chez lui, une fois le repas terminé, il dit à ses frères dans le ministère qu'il avait l'impression qu'ils étaient très loin d'atteindre le but de leur ministère ; qu'ils se contentaient trop facilement de voir les gens assister aux réunions, payer le traitement du pasteur, entretenir l'école du dimanche et aller de l'avant avec une prospérité extérieure ; alors que, dans la plupart des Églises, les conversions étaient très rares et qu'après tout, les gens allaient à leur perte. M. Roe, avec qui je commençais alors à travailler, me dit qu'il n'y avait pas moins de quinze cents pécheurs impénitents dans l'assemblée même de M. James. Au petit déjeuner chez M. James, celui-ci s'exprima avec beaucoup de chaleur et dit qu'il fallait faire quelque chose.

Finalement, les pasteurs convinrent de tenir des réunions, dès que je pourrais répondre à leur demande, dans les différentes Églises indépendantes, l'une après l'autre. Mais pendant quelques semaines, je bornai mon travail à l'assemblée de M. Roe, et il y eut un réveil puissant, un mouvement tel qu'ils n'en avaient jamais vu. Le réveil traversa l'assemblée avec une grande puissance, et une très grande partie des impénitents se tournèrent vers le Christ. M. Roe se donna corps et âme à l'œuvre. Je trouvai en lui un homme bon et vrai. Il n'avait rien de sectaire, et n'était nullement prévenu dans ses vues ; au contraire, il ouvrit son cœur à l'influence divine et se dépensa en travaux pour les âmes, comme un homme qui prend les choses au sérieux. Jour après jour, il restait assis dans la salle de réunion de son église pour s'entretenir avec ceux qui cherchaient, à mesure qu'ils venaient le voir, et les diriger vers le Christ. Pendant bien des jours, son temps fut presque entièrement pris par ce travail. Son Église était alors l'une des rares Églises d'Angleterre à pratiquer la communion fermée, car presque tous les baptistes d'Angleterre pratiquent la communion ouverte.

Le nombre des conversions étant devenu considérable, l'Église commença à examiner les convertis en vue de leur admission. On en examina un grand nombre, et l'on s'apprêtait à célébrer la cène. Je prêchai le matin, et la cène devait être célébrée l'après-midi. À la fin du culte du matin, M. Roe pria les membres de l'Église de rester quelques instants. Ma femme et moi nous retirâmes après le culte et rentrâmes à notre logement, chez M. Roe, dont nous étions les hôtes. Peu après, M. Roe rentra et entra dans notre chambre le sourire aux lèvres, en disant : « Que croyez-vous que notre Église a fait ? » Je n'en savais rien ; car, à vrai dire, il ne m'était pas venu à l'esprit de me demander ce qu'ils allaient faire quand on les avait priés de rester. Il répondit : « Ils ont voté à l'unanimité de vous inviter, vous et Mme Finney, à notre cène, cet après-midi. » Leur communion fermée était plus qu'ils ne pouvaient soutenir en une pareille occasion. Toutefois, réflexion faite, nous conclûmes qu'il valait mieux ne pas accepter leur invitation, de peur qu'ils n'aient voté sous une pression qui pourrait provoquer ensuite chez eux quelque réaction et quelque regret ; et comme nous étions réellement fatigués, nous nous excusâmes et restâmes à la maison.

Comme je devais encore prêcher le soir, je fus heureux de me reposer. J'acceptai bientôt les invitations des pasteurs à travailler dans leurs différentes chaires. Partout les assemblées étaient bondées ; un grand intérêt s'éveillait ; et ceux qui se rassemblaient dans les salles de réunion après la prédication, quand on invitait ceux qui cherchaient, étaient nombreux. Leurs plus grandes salles de réunion étaient remplies de gens qui cherchaient, chaque fois qu'on les invitait à s'y rendre pour être instruits. Quant aux moyens, j'employai là-bas les mêmes que dans ce pays-ci. La prédication, la prière, la conversation et les réunions pour ceux qui cherchent, tels furent les moyens employés.

Mais je m'aperçus bientôt que M. James recevait de divers côtés des lettres qui le mettaient en garde contre l'influence de mon travail. Il avait des relations de ce côté-ci de l'Atlantique ; et certaines d'entre elles, à ce que je compris, lui avaient écrit pour le mettre en garde contre mon influence. De plus, de diverses parties de son propre comté, la même pression s'exerçait sur lui. Il fut très franc avec moi et me dit où en étaient les choses ; et je fus aussi franc avec lui. Je lui dis : « Frère James, votre responsabilité est grande. Je sais que votre influence est grande ; et ces lettres montrent à la fois votre influence et votre responsabilité à l'égard de ce travail. On vous amène à penser que mes vues sont hérétiques. Vous entendez ma prédication chaque fois que je prêche ; et vous savez si je prêche l'Évangile ou non. »

J'avais emporté les deux volumes publiés de ma Théologie systématique. Je lui dis : « M'avez-vous entendu prêcher quoi que ce soit qui ne soit pas l'Évangile ? » Il répondit : « Non, absolument rien. » « Eh bien, repris-je, voici ma Théologie systématique, que j'enseigne à mes élèves chez moi et que je prêche partout ; et je voudrais que vous la lisiez. » Il tenait beaucoup à le faire. Je remarquai bientôt qu'un monsieur d'aspect très vénérable l'accompagnait, soir après soir, à nos réunions. Ils venaient ensemble à la réunion ; et quand j'invitais ceux qui cherchaient, ils entraient aussi, se tenaient là où ils trouvaient une place, et écoutaient tout ce qui se disait. Qui était ce vénérable monsieur, je n'en savais rien. Plusieurs soirs de suite, ils vinrent de cette façon ; mais M. James ne me présenta pas la personne qui l'accompagnait, et il ne s'approcha pas non plus pour me parler, au cours de ces réunions.

Après que les choses eurent continué ainsi pendant une semaine ou deux, M. James et son vénérable ami vinrent nous voir à notre logement.

Il me présenta au docteur Redford, en m'apprenant en même temps que c'était l'un de leurs théologiens les plus éminents ; qu'il avait plus de confiance dans la pénétration théologique du docteur Redford que dans la sienne propre ; et qu'il lui avait demandé de venir à Birmingham, d'assister aux réunions, et surtout de lire avec lui ma Théologie. Il me dit qu'ils l'avaient lue jour après jour, et que le docteur Redford aimerait s'entretenir avec moi de certains points de théologie. Nous discutâmes très librement de toutes les questions sur lesquelles le docteur Redford voulait attirer mon attention ; et le docteur Redford dit très franchement : « Frère James, je ne vois aucune raison de considérer M. Finney comme peu sûr, à quelque égard que ce soit. Il a sa propre manière d'énoncer les propositions théologiques ; mais je ne vois pas qu'il diffère de nous sur aucun point essentiel. »

Ils avaient avec eux un petit manuel, rédigé par l'Union congrégationaliste d'Angleterre et du pays de Galles, qui contenait un bref exposé de leurs vues théologiques. Ils m'en lurent certains passages ; et à mon tour, je les questionnai. J'entendis leurs explications, et je fus convaincu qu'il y avait entre nous un accord sur le fond.

Le docteur Redford resta encore quelque temps à Birmingham. Puis il rentra chez lui et, avec mon accord, emporta ma Théologie systématique ; il me dit qu'il la lirait attentivement d'un bout à l'autre, puis qu'il m'écrirait ce qu'il en pensait. Je constatai qu'il était vraiment à son aise en théologie, que c'était un savant et un chrétien, et un théologien d'une formation solide. J'étais donc plus que disposé à le laisser critiquer ma théologie, afin que, s'il s'y trouvait quelque chose à rétracter ou à corriger, il pût me le signaler. Je lui demandai de le faire à fond et franchement. Il l'emporta chez lui, se consacra à l'examiner à fond, et lut les volumes d'un bout à l'autre, patiemment et d'un œil critique. Je reçus ensuite de lui une lettre où il exprimait sa vive approbation de mes vues théologiques, en disant qu'il y avait quelques points sur lesquels il aimerait me poser des questions ; et il souhaitait que, dès que je pourrais quitter Birmingham, je vienne prêcher pour lui.

Je restai à Birmingham, je crois, environ trois mois. Il y eut un grand nombre de conversions intéressantes dans cette ville ; et pourtant les pasteurs n'étaient pas encore prêts, alors, à s'engager de tout cœur dans l'emploi des moyens nécessaires pour étendre le réveil à toute la ville.

Il y eut un cas d'un caractère si intéressant que je veux attirer l'attention sur lui. Je suppose qu'on sait généralement dans ce pays que l'unitarisme anglais a d'abord été élaboré et propagé à Birmingham. C'était la ville du vieux docteur Priestley, qui fut l'un des principaux pasteurs unitariens d'Angleterre, sinon l'un des premiers. Je trouvai son assemblée toujours existante à Birmingham. Un soir, avant de quitter Birmingham, je prêchai sur ce texte : « Hommes au cou raide, incirconcis de cœur et d'oreilles ! Vous vous opposez toujours au Saint-Esprit » (Actes 7,51). Je m'arrêtai d'abord sur la divinité et la personnalité du Saint-Esprit. Je m'efforçai ensuite de montrer de combien de manières, et sur combien de points, les hommes résistent à l'enseignement divin ; que, même convaincus par le Saint-Esprit, ils persistent à suivre leur propre voie ; et que, dans tous ces cas, ils résistent au Saint-Esprit. Le Seigneur me donna de la liberté ce soir-là, pour prêcher un discours qui sondait profondément les cœurs. Mon but était de montrer que, tout en invoquant leur dépendance à l'égard du Saint-Esprit, les hommes lui résistent constamment.

Je constatai à Birmingham, comme partout en Angleterre, qu'on insistait au plus haut point sur l'influence du Saint-Esprit. Mais je ne trouvai nulle part de distinction claire entre une influence physique de l'Esprit, exercée directement sur l'âme elle-même, et cette influence morale et persuasive qu'il exerce en fait sur l'esprit des hommes. Je trouvais donc souvent nécessaire d'attirer l'attention des gens sur l'œuvre que le Saint-Esprit accomplit réellement, de leur expliquer les enseignements formels du Christ sur ce sujet, et de les amener ainsi à voir qu'ils ne devaient pas attendre une influence physique, mais s'abandonner à son influence persuasive et obéir à ses enseignements. Tel était le but de mon discours ce soir-là.

Quand je fus rentré à notre logement, une dame qui avait assisté à la réunion, et qui était entrée dans la famille dont nous étions les hôtes, fit remarquer qu'elle avait aperçu un pasteur unitarien dans l'assemblée. Je répondis que cela avait dû sonner étrangement aux oreilles d'un unitarien. Elle répondit qu'elle espérait que cela lui ferait du bien. Peu de temps après, alors que je travaillais à Londres, je reçus de ce pasteur une lettre qui racontait le grand changement opéré dans sa vie religieuse par le moyen de ce sermon. Je donne cette lettre ci-dessous :

X..., le 16 août 1850.

« Cher Monsieur et révérend frère, apprenant par le Banner que vous êtes sur le point de quitter l'Angleterre, je sens que ce serait un peu ingrat de ma part de vous laisser partir sans vous dire la dette dont j'ai conscience envers vous, pour le bien que j'ai reçu d'un sermon que vous avez prêché à Steel-house Lane, à Birmingham. Je crois que c'était le dernier sermon que vous y ayez prêché ; il portait sur la résistance au Saint-Esprit ; mais je n'ai jamais pu retrouver le texte. À vrai dire, tout occupé des points qui me concernaient le plus, je ne pensai plus au texte pendant les deux ou trois jours qui suivirent. Pour que vous compreniez le bien que j'ai reçu de ce sermon, il est nécessaire que je vous expose brièvement la situation singulière où je me trouvais alors.

J'ai été formé dans l'un de nos collèges dissidents, en vue du ministère chez les indépendants. J'entrai dans le ministère et l'exerçai pendant environ sept ans. Durant ce temps, mes vues théologiques subirent peu à peu un grand changement. Ce changement fut produit, je pense, en partie par des spéculations philosophiques, et en partie par la dégradation de mon état spirituel. Je le dis avec la plus profonde tristesse : ma piété n'a jamais retrouvé la vigueur qu'elle avait perdue durant mon passage au collège. C'est à cela surtout que j'attribue tous mes malheurs. Mes spéculations m'amenèrent, sans que j'aie jamais lu le livre du docteur Williams sur la souveraineté et l'équité divines, à adopter pour l'essentiel ses vues. La lecture de son livre acheva de parfaire mon système. Le péché est un défaut, qui provient de la faillibilité nécessaire de la créature, quand elle n'est pas pourvue de la grâce de Dieu. La chute de l'homme n'exprime donc rien d'autre que l'imperfection originelle et inévitable de la race humaine. Le grand but du gouvernement moral de Dieu est de corriger cette imperfection par l'éducation et par la révélation, et d'amener finalement la condition de l'homme à la perfection. J'avais déjà, et depuis longtemps, adopté les vues du docteur Jenkyn sur l'influence de l'Esprit.

Sous la conduite de tels principes, vous comprendrez, sans que j'aie à vous expliquer comment, que le péché devint un simple malheur, permis pour un temps, ou plutôt un mal nécessaire, auquel la sagesse et la bonté infinies devaient remédier ; que le châtiment éternel devint une cruauté qu'on ne pouvait un seul instant envisager dans le gouvernement d'un être bon ; et que l'expiation devint une parfaite absurdité, fondée sur des vues du péché contraires à la philosophie. Je devins entièrement unitarien et, au début de l'année 1848, je fis profession d'unitarisme et devins pasteur d'une Église. Toutefois, mon esprit avait heureusement des tendances trop logiques pour que je puisse me reposer longtemps dans l'unitarisme. Je poussai mes conclusions jusqu'au simple déisme, puis je découvris qu'elles devaient aller plus loin encore. À cela je n'étais pas préparé. Mon âme tout entière recula d'horreur. Je réexaminai mes principes. Une révolution se fit dans tout mon système philosophique. La doctrine de la responsabilité me fut rendue, dans son sens le plus strict et le plus littéral, et avec elle une conscience profonde du péché. Je n'ai pas besoin d'entrer dans le détail de mes luttes et de mes souffrances morales.

Environ deux semaines avant de vous entendre, je vis clairement qu'il me faudrait un jour ou l'autre adopter de nouveau le système évangélique. Je n'avais jamais douté que ce fût le système de la Bible. J'étais devenu unitarien pour des raisons purement rationalistes. Mais je découvrais maintenant qu'il me fallait accepter la Bible ou périr dans les ténèbres. Vous pouvez imaginer les angoisses d'esprit que j'eus à endurer. D'un côté, il y avait des convictions qui devenaient plus fortes de jour en jour, le sentiment du péché et le besoin du Christ qui prenaient sur mon cœur une prise plus ferme, et la situation misérable où j'étais en cachant la vérité que je connaissais aux gens qui attendaient de moi leur instruction. De l'autre, si je déclarais ce que j'étais devenu, je ruinais aussitôt ma réputation aux yeux de tous les partis, surtout auprès de cette grande majorité qui n'a aucune sympathie pour de telles luttes, à cause de mon inconstance apparente, et je jetais à la rue moi-même, ma femme et mes enfants. Je ne pouvais me résoudre à cette alternative. J'avais résolu d'attendre, de préparer peu à peu l'esprit des gens au changement, et, en pratiquant une économie plus rigoureuse pendant quelques mois, de pourvoir à nos besoins matériels pendant la période de transition. C'est dans cet état d'esprit que j'entendis votre sermon. Vous vous en souviendrez, et vous comprendrez aisément l'effet qu'il produisit. Je sentis la vérité de vos arguments. Vos appels touchèrent mon cœur de façon irrésistible, et ce soir-là, en rentrant chez moi, je fis vœu devant Dieu, quoi qu'il arrive, de me consacrer à nouveau sans attendre à ce Sauveur dont j'avais appris si récemment à apprécier le sang, et dont j'avais tant fait pour déshonorer le prix.

Le résultat, c'est que, grâce à l'aimable influence de M. X..., je suis devenu depuis peu le pasteur de l'Église de cette ville. La paix d'esprit dont je jouis maintenant surpasse vraiment toute intelligence. Je n'avais jamais trouvé un plaisir aussi absorbant dans l'œuvre du ministère. J'entre pleinement dans le sens de cette parole de Paul : “Si quelqu'un est en Christ, il est une nouvelle créature” (2 Corinthiens 5,17). Je ne saurais donc vous dire avec combien de sentiments de reconnaissance votre nom restera lié dans mon âme. Je bénis Dieu pour la bonne providence qui m'a amené à vous entendre. Il me semble maintenant plus que probable que, si je ne vous avais pas entendu, ma vie religieuse nouvellement réveillée aurait été bientôt détruite par une résistance continuelle à mes convictions profondes. Ma conscience se serait de nouveau endurcie, et je serais mort dans mes péchés. Par la grâce de Dieu, c'est à vous que je ferai remonter toute l'utilité dont Dieu voudra désormais couronner mes travaux ; et je sens qu'il serait injuste de ne pas vous faire connaître ce fruit de votre travail. Que Dieu, dans son infinie miséricorde et sa grâce, vous accorde une longue vie d'une utilité plus grande encore que celle dont il vous a déjà béni : telle sera la prière constante de celui qui est, cher Monsieur, bien sincèrement à vous. »

Quand je reçus cette lettre, je travaillais avec le pasteur John Campbell dans l'ancien Tabernacle de Whitefield, à Londres. Je la lui donnai à lire. Il la lut d'un bout à l'autre avec une émotion visiblement profonde, puis s'écria : « Voilà ! Cela valait la peine de venir en Angleterre ! »

De Birmingham, j'allai à Worcester, vers la mi-mars, je crois, pour travailler avec le docteur Redford. J'ai dit qu'il avait lu ma Théologie systématique et m'avait écrit qu'il souhaitait s'entretenir avec moi de certains points. J'avais avec moi mes réponses aux diverses critiques qui avaient été publiées, et je les remis au docteur Redford. Il les lut d'un bout à l'autre, puis vint me voir et me dit : « Ces réponses ont éclairci toutes les questions dont je voulais m'entretenir avec vous ; je suis donc pleinement convaincu que vous avez raison. » Après cela, il ne fit jamais, que je me souvienne, la moindre critique sur aucune partie de ma Théologie. Ceux qui ont vu l'édition anglaise de cet ouvrage savent qu'il y a écrit une préface, dans laquelle il le recommandait au public chrétien.

À l'époque dont je parle, quand il eut lu d'un bout à l'autre mes réponses à ces comptes rendus, il exprima le vif désir que l'ouvrage soit publié sans délai en Angleterre ; il dit qu'à son avis on en avait grand besoin là-bas, et qu'il ferait beaucoup de bien. Son opinion avait un grand poids en Angleterre sur les questions théologiques. Le docteur Campbell, je m'en souviens, affirma dans son journal que le docteur Redford était le plus grand théologien d'Europe. Je restai à Worcester plusieurs semaines, et je prêchai pour le docteur Redford, ainsi que pour une assemblée baptiste de cette ville. Il y eut beaucoup de conversions très frappantes ; et l'œuvre fut vraiment intéressante.

Quelques messieurs fortunés de Worcester me soumirent une proposition à cet effet. Ils proposaient de construire un tabernacle démontable, une maison de prière qu'on pourrait démonter, transporter de lieu en lieu par le chemin de fer et, à peu de frais, remonter avec tous ses bancs et tout le mobilier d'une maison de prière. Ils proposaient de la construire sur cent cinquante pieds de côté, avec des bancs disposés de manière à recevoir cinq ou six mille personnes. Ils dirent que si je consentais à m'en servir et à y prêcher de lieu en lieu, selon que les circonstances l'exigeraient, pendant six mois, ils prendraient à leur charge les frais de construction. Mais quand je consultai les pasteurs de l'endroit, ils me conseillèrent de ne pas le faire. Ils pensaient que je serais plus utile en occupant les chaires des assemblées déjà établies, dans différentes parties de l'Angleterre, qu'en parcourant l'Angleterre pour prêcher de façon indépendante, comme le proposaient ces messieurs.

Comme j'avais des raisons de croire que les pasteurs désapprouveraient en général une façon de faire alors si nouvelle, je refusai de m'engager à m'en servir. J'ai pensé depuis que j'avais probablement commis une erreur ; car lorsque j'en vins à connaître les assemblées et les lieux de culte des Églises indépendantes, je les trouvai en général si petits, si mal aérés, si mal situés, si enserrés et si limités par l'Église (je veux dire, bien entendu, l'Église établie), qu'il m'a paru depuis douteux que j'aie eu raison ; car j'ai été d'avis que j'aurais pu, à tout prendre, faire beaucoup plus de bien en Angleterre en emportant pour ainsi dire avec moi mon propre lieu de culte, en allant où je voulais, et en offrant aux masses un lieu où se rassembler, sans distinction de dénominations. Si j'avais maintenant la force que j'avais alors, je serais fort enclin à retourner en Angleterre pour tenter une expérience de ce genre. Le docteur Redford fut profondément touché par l'œuvre de Worcester ; et lors des assemblées annuelles de mai, à Londres, il prit la parole devant l'Union congrégationaliste d'Angleterre et du pays de Galles et fit un récit très intéressant de cette œuvre. J'assistai à ces réunions de mai, car j'étais sur le point de commencer à travailler avec le docteur John Campbell, à Londres.

Le docteur Campbell était un successeur de Whitefield ; il était pasteur de l'Église du Tabernacle de Finsbury, à Londres, et aussi de la chapelle de Tottenham Court Road. Ces deux chapelles sont à Londres, à environ trois milles l'une de l'autre. Elles avaient été construites pour M. Whitefield, qui les avait occupées pendant des années. Le docteur Campbell était aussi à cette époque rédacteur du British Banner, du Christian Witness, et d'un ou deux autres périodiques. Sa voix était telle qu'il ne prêchait pas, mais consacrait son temps à la rédaction de ces journaux. Il habitait le presbytère où Whitefield avait résidé, et se servait, je crois, de la même bibliothèque que Whitefield. Le portrait de Whitefield était accroché dans son cabinet de travail, au Tabernacle. Le parfum de son nom y était encore ; pourtant je dois dire que l'esprit qui avait reposé sur lui n'était guère visible dans l'Église, à l'époque où j'y allai. J'ai dit que le docteur Campbell ne prêchait pas. Il gardait le titre de pasteur, habitait le presbytère et touchait le traitement ; mais il pourvoyait à sa chaire en engageant, pour quelques semaines à la fois, les pasteurs les plus populaires qu'on pût trouver, pour prêcher à son peuple. Je commençai mon travail là-bas au début de mai. Ceux qui savent ce que produit un changement aussi continuel dans le ministère, tel qu'ils l'avaient connu au Tabernacle, ne s'attendraient pas à trouver la religion florissante dans cette Église.

La maison de prière du docteur Campbell était grande. Les bancs y étaient serrés, et elle pouvait recevoir trois mille personnes bien comptées. Un de mes amis prit un soin particulier de vérifier lequel des deux pouvait contenir le plus grand nombre de personnes, du Tabernacle de Moorfields, ou de Finsbury, ou du grand Exeter Hall, dont tout le monde a entendu parler. On constata que le Tabernacle offrait quelques centaines de places assises de plus qu'Exeter Hall.

Texte : Traduction française de biblelibre.org (2026). Source : Memoirs of Rev. Charles G. Finney, A. S. Barnes, 1876 (archive.org, exemplaire de la bibliothèque de Cornell) (Texte anglais du domaine public ; traduction française de biblelibre.org sous licence CC BY-SA 4.0 : libre de copie et de partage, dans les mêmes conditions, en citant la source).

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