Mémoires · Charles G. Finney
Chapitre 2
Ma conversion
Un dimanche soir de l'automne 1821, je résolus de régler sans plus attendre la question du salut de mon âme et, si c'était possible, de faire ma paix avec Dieu. Mais comme j'étais très pris par les affaires du cabinet, je savais que, sans une grande fermeté de résolution, je ne m'occuperais jamais vraiment de ce sujet. Je décidai donc, sur-le-champ, d'éviter autant que possible toute affaire et tout ce qui pourrait détourner mon attention, et de me consacrer entièrement à l'œuvre d'assurer le salut de mon âme. J'exécutai cette résolution aussi rigoureusement et aussi complètement que je le pus. J'étais pourtant obligé de passer pas mal de temps au cabinet. Mais la providence de Dieu voulut que je ne sois guère occupé ni le lundi ni le mardi ; et je pus lire ma Bible et prier presque tout le temps.
Mais j'étais très orgueilleux sans le savoir. Je m'étais imaginé que je ne faisais pas grand cas de l'opinion des autres, qu'ils pensent de moi ceci ou cela ; et de fait je m'étais singularisé, à Adams, en assistant aux réunions de prière et par l'attention que j'avais accordée à la religion. Je m'étais même singularisé au point que l'Église avait cru parfois que je devais être un homme inquiet de son âme et en recherche. Mais quand je me trouvai face à la question, je découvris que je ne voulais à aucun prix que quelqu'un sache que je cherchais le salut de mon âme. Quand je priais, je ne faisais que chuchoter ma prière, après avoir bouché le trou de la serrure, de peur que quelqu'un ne découvre que j'étais en train de prier. Jusque-là, ma Bible était posée sur la table avec mes livres de droit ; et il ne m'était jamais venu à l'esprit d'avoir honte d'être surpris à la lire, pas plus que je n'aurais eu honte d'être surpris à lire n'importe lequel de mes autres livres.
Mais dès que je me fus attaqué sérieusement à la question de mon propre salut, je gardai ma Bible, autant que je le pouvais, hors de la vue. Si j'étais en train de la lire quand quelqu'un entrait, je jetais mes livres de droit dessus, pour donner l'impression que je ne l'avais pas eue en main. Au lieu d'être franc et prêt à parler du sujet avec n'importe qui et avec tout le monde, comme auparavant, je m'aperçus que je ne voulais en parler avec personne. Je ne voulais pas voir mon pasteur, parce que je ne voulais pas lui laisser savoir ce que j'éprouvais, et que je n'avais aucune confiance qu'il comprendrait mon cas et me donnerait la direction dont j'avais besoin. Pour les mêmes raisons, j'évitais de parler avec les anciens de l'Église ou avec aucun des chrétiens. J'avais honte, d'un côté, de leur laisser savoir ce que j'éprouvais ; et de l'autre, je craignais qu'ils ne m'égarent. Je me sentis réduit à la Bible seule.
Pendant le lundi et le mardi, mes convictions de péché grandirent ; mais il me semblait pourtant que mon cœur s'endurcissait. Je ne pouvais pas verser une larme ; je ne pouvais pas prier. Je n'avais aucune occasion de prier autrement qu'à voix basse ; et souvent je sentais que si je pouvais être seul, en un lieu où je pourrais me servir de ma voix et m'épancher, je trouverais du soulagement dans la prière. J'étais sauvage, et j'évitais autant que je le pouvais de parler à qui que ce soit de quoi que ce soit. Je m'efforçais pourtant de le faire d'une manière qui n'éveille chez personne le moindre soupçon que je cherchais le salut de mon âme.
Le mardi soir, j'étais devenu très nerveux ; et pendant la nuit un sentiment étrange m'envahit, comme si j'allais mourir. Je savais que, si je mourais, je sombrerais en enfer ; mais je me calmai comme je pus jusqu'au matin.
De bonne heure, je partis pour le cabinet. Mais juste avant d'y arriver, quelque chose sembla se dresser devant moi avec des questions comme celles-ci ; en vérité, il me semblait que la question venait de l'intérieur de moi-même, comme si une voix intérieure me disait : « Qu'attends-tu ? N'as-tu pas promis de donner ton cœur à Dieu ? Et qu'essaies-tu de faire ? Cherches-tu à te fabriquer une justice à toi ? »
À cet instant précis, toute la question du salut selon l'Évangile s'ouvrit à mon esprit d'une manière qui me parut alors tout à fait merveilleuse. Je crois que je vis à ce moment-là, aussi clairement que je l'ai jamais vu de ma vie, la réalité et la plénitude de l'expiation accomplie par Christ. Je vis que son œuvre était une œuvre achevée ; et qu'au lieu d'avoir, ou de devoir avoir, une justice à moi pour me recommander à Dieu, j'avais à me soumettre à la justice de Dieu par Christ. Le salut de l'Évangile m'apparut comme l'offre d'une chose à accepter ; une offre pleine et entière ; et tout ce qu'il fallait de ma part, c'était d'obtenir mon propre consentement à abandonner mes péchés et à accepter Christ. Le salut, me semblait-il, au lieu d'être une chose à produire par mes propres œuvres, était une chose à trouver tout entière dans le Seigneur Jésus-Christ, qui se présentait devant moi comme mon Dieu et mon Sauveur.
Sans m'en rendre nettement compte, je m'étais arrêté dans la rue, à l'endroit même où la voix intérieure avait paru m'arrêter. Combien de temps je restai là, je ne saurais le dire. Mais quand cette révélation distincte eut été présente un petit moment devant mon esprit, la question sembla m'être posée : « Veux-tu l'accepter maintenant, aujourd'hui ? » Je répondis : « Oui ; je l'accepterai aujourd'hui, ou je mourrai à la tâche. »
Au nord du village, de l'autre côté d'une colline, se trouvait un bois, où j'avais l'habitude de me promener presque tous les jours, plus ou moins longtemps, quand il faisait beau. On était maintenant en octobre, et la saison de mes fréquentes promenades là-bas était passée. Néanmoins, au lieu d'aller au cabinet, je fis demi-tour et me dirigeai vers le bois, sentant qu'il me fallait être seul, loin de tout regard et de toute oreille humaine, pour pouvoir répandre ma prière devant Dieu.
Mais il fallait encore que mon orgueil se montre. En franchissant la colline, l'idée me vint que quelqu'un pourrait me voir et supposer que je m'en allais prier. Pourtant il n'y avait probablement personne au monde qui aurait soupçonné une chose pareille en me voyant passer. Mais mon orgueil était si grand, et j'étais tellement possédé par la crainte des hommes, que je me rappelle m'être faufilé le long de la clôture, jusqu'à ce que je sois assez loin pour que personne au village ne puisse me voir. Je pénétrai alors dans le bois, sur un quart de mille environ, je crois, je passai de l'autre côté de la colline, et je trouvai un endroit où quelques grands arbres étaient tombés en travers les uns des autres, laissant un espace libre entre eux. Je vis que je pourrais m'y faire une sorte de cabinet de prière. Je me glissai dans cet endroit et m'agenouillai pour prier. Au moment où je m'étais tourné pour monter dans le bois, je me souviens d'avoir dit : « Je donnerai mon cœur à Dieu, ou je ne redescendrai jamais de là-haut. » Je me souviens de l'avoir répété en montant : « Je donnerai mon cœur à Dieu avant de redescendre. »
Mais quand j'essayai de prier, je m'aperçus que mon cœur ne voulait pas prier. Je m'étais imaginé que si seulement je pouvais être en un lieu où parler à haute voix sans être entendu, je pourrais prier librement. Mais voilà ! quand j'en vins à essayer, je fus muet ; c'est-à-dire que je n'avais rien à dire à Dieu, ou du moins je ne pouvais dire que quelques mots, et sans y mettre mon cœur. En essayant de prier, je croyais entendre un bruissement dans les feuilles, et je m'arrêtais pour lever les yeux et voir si quelqu'un ne venait pas. Je le fis plusieurs fois.
Finalement, je me sentis glisser rapidement vers le désespoir. Je me dis : « Je ne peux pas prier. Mon cœur est mort pour Dieu, et il ne veut pas prier. » Je me reprochai alors d'avoir promis de donner mon cœur à Dieu avant de quitter le bois. Quand j'en vins à essayer, je m'aperçus que je ne pouvais pas donner mon cœur à Dieu. Le fond de mon âme reculait, et rien en mon cœur ne s'élançait vers Dieu. Je commençai à sentir profondément qu'il était trop tard ; que Dieu avait sans doute dû m'abandonner et que j'étais perdu sans espoir.
La pensée de ma promesse téméraire m'accablait : donner mon cœur à Dieu ce jour-là, ou mourir à la tâche. Il me semblait que cette promesse liait mon âme ; et pourtant j'allais rompre mon vœu. Un grand abattement, un profond découragement s'empara de moi, et je me sentis presque trop faible pour rester à genoux.
À ce moment précis, je crus de nouveau entendre quelqu'un s'approcher de moi, et j'ouvris les yeux pour voir si c'était vrai. Mais là, à l'instant même, l'orgueil de mon cœur me fut clairement montré comme le grand obstacle qui me barrait le chemin. Le sentiment écrasant de ma méchanceté, moi qui avais honte qu'un être humain me voie à genoux devant Dieu, s'empara de moi avec une telle force que je criai de toutes mes forces et déclarai que je ne quitterais pas cet endroit, même si tous les hommes de la terre et tous les démons de l'enfer m'entouraient. « Quoi ! disais-je, un pécheur aussi dégradé que moi, à genoux, confessant ses péchés au Dieu grand et saint ; et j'aurais honte qu'un être humain, un pécheur comme moi, me trouve à genoux, cherchant à faire ma paix avec le Dieu que j'ai offensé ! » Ce péché me parut épouvantable, infini. Il me brisa devant le Seigneur.
À ce moment-là, ce passage de l'Écriture sembla tomber dans mon esprit avec un flot de lumière : « Alors vous irez et vous me prierez, et je vous exaucerai. Alors vous me chercherez et vous me trouverez, quand vous me chercherez de tout votre cœur » (Jérémie 29,12-13). Je m'en saisis aussitôt de tout mon cœur. J'avais cru à la Bible auparavant avec mon intelligence ; mais jamais la vérité ne s'était présentée à mon esprit que la foi est une confiance volontaire, et non un état de l'intelligence. J'avais conscience, aussi nettement que de ma propre existence, de me fier à cet instant à la véracité de Dieu. D'une manière ou d'une autre, je savais que c'était un passage de l'Écriture, bien que je ne pense pas l'avoir jamais lu. Je savais que c'était la parole de Dieu, et pour ainsi dire la voix de Dieu, qui me parlait. Je criai vers lui : « Seigneur, je te prends au mot. Tu sais maintenant que je te cherche de tout mon cœur, et que je suis venu ici pour te prier ; et tu as promis de m'exaucer. »
Cela sembla régler la question : je pouvais alors, ce jour-même, accomplir mon vœu. L'Esprit semblait mettre l'accent sur cette idée du texte : « Quand vous me chercherez de tout votre cœur. » La question du « quand », c'est-à-dire du moment présent, sembla tomber de tout son poids dans mon cœur. Je dis au Seigneur que je le prendrais au mot ; qu'il ne pouvait pas mentir ; et que j'étais donc sûr qu'il entendait ma prière et qu'il se laisserait trouver par moi.
Il me donna alors beaucoup d'autres promesses, de l'Ancien comme du Nouveau Testament, en particulier quelques promesses très précieuses concernant notre Seigneur Jésus-Christ. Jamais je ne pourrai, avec des mots, faire comprendre à un être humain combien ces promesses me parurent précieuses et vraies. Je les pris l'une après l'autre comme une vérité infaillible, comme les affirmations d'un Dieu qui ne peut mentir. Elles semblaient tomber non pas tant dans mon intelligence que dans mon cœur, pour être mises à la portée de ma volonté ; et je m'en saisis, je me les appropriai, je m'y cramponnai avec l'étreinte d'un homme qui se noie.
Je continuai ainsi à prier, à recevoir des promesses et à me les approprier, pendant longtemps, je ne sais combien. Je priai jusqu'à ce que mon esprit fût si plein qu'avant même de m'en rendre compte, j'étais debout et je remontais d'un pas léger la pente vers la route. La question de savoir si j'étais converti ne m'était même pas venue à l'esprit ; mais en montant, en me frayant un passage à travers les feuilles et les buissons, je me souviens d'avoir dit avec une grande force : « Si jamais je suis converti, je prêcherai l'Évangile. »
J'atteignis bientôt la route qui menait au village, et je commençai à réfléchir à ce qui s'était passé ; et je m'aperçus que mon esprit était devenu merveilleusement calme et paisible. Je me dis : « Qu'est-ce que cela ? J'ai dû attrister le Saint-Esprit au point de le chasser tout à fait. J'ai perdu toute conviction de péché. Je n'ai pas la moindre inquiétude au sujet de mon âme ; il faut que l'Esprit m'ait quitté. » « Eh quoi ! pensai-je, je n'ai jamais été de ma vie aussi loin de m'inquiéter de mon propre salut. »
Alors je me rappelai ce que j'avais dit à Dieu pendant que j'étais à genoux : que j'avais dit que je le prendrais au mot ; et à vrai dire je me rappelai bien des choses que j'avais dites, et j'en conclus qu'il n'était pas étonnant que l'Esprit m'eût quitté ; que, pour un pécheur tel que moi, se saisir ainsi de la parole de Dieu était de la présomption, sinon un blasphème. J'en conclus que, dans mon exaltation, j'avais attristé le Saint-Esprit, et peut-être commis le péché impardonnable.
Je marchai tranquillement vers le village ; et mon esprit était si parfaitement calme qu'il semblait que toute la nature écoutait. C'était le 10 octobre, et il faisait très beau. J'étais parti pour le bois aussitôt après un petit déjeuner pris de bonne heure ; et quand je revins au village, je m'aperçus que c'était l'heure du déjeuner. Pourtant je n'avais eu aucune conscience du temps écoulé ; il me semblait que je n'avais quitté le village que peu de temps.
Mais comment m'expliquer le calme de mon esprit ? J'essayai de ranimer mes convictions, de retrouver le fardeau du péché sous lequel j'avais peiné. Mais tout sentiment du péché, toute conscience d'un péché ou d'une culpabilité présente, m'avait quitté. Je me dis : « Qu'est-ce que cela, que je ne puisse éveiller dans mon âme aucun sentiment de culpabilité, grand pécheur comme je le suis ? » J'essayai en vain de m'inquiéter de mon état présent. J'étais si calme et si paisible que j'essayai de m'en inquiéter, de peur que ce ne fût le résultat de ce que j'avais attristé l'Esprit au point de le chasser. Mais de quelque façon que je considère la chose, je ne pouvais pas du tout m'inquiéter de mon âme ni de mon état spirituel. Le repos de mon esprit était d'une grandeur indicible. Je ne pourrai jamais le décrire avec des mots. La pensée de Dieu était douce à mon esprit, et la plus profonde tranquillité spirituelle s'était entièrement emparée de moi. C'était un grand mystère ; mais il ne me troublait ni ne m'embarrassait.
J'allai déjeuner, et je m'aperçus que je n'avais pas d'appétit. J'allai alors au cabinet, et je trouvai que maître W... était allé déjeuner. Je décrochai ma basse de viole et, comme j'en avais l'habitude, je me mis à jouer et à chanter quelques morceaux de musique sacrée.
Mais dès que je commençai à chanter ces paroles sacrées, je me mis à pleurer. Il me semblait que mon cœur s'était entièrement fondu ; et mes sentiments étaient dans un tel état que je ne pouvais pas entendre ma propre voix chanter sans que mon émotion déborde. Je m'en étonnai, et j'essayai de retenir mes larmes, mais je n'y parvins pas. Après avoir essayé en vain de les retenir, je rangeai mon instrument et cessai de chanter.
Après le déjeuner, nous nous occupâmes de transporter nos livres et nos meubles dans un autre bureau. Nous fûmes très affairés à cela, et nous parlâmes peu de tout l'après-midi. Mon esprit, cependant, demeurait dans cet état de profonde tranquillité. Il y avait une grande douceur et une grande tendresse dans mes pensées et mes sentiments. Tout semblait aller bien, et rien ne paraissait me froisser ni me troubler le moins du monde.
Un peu avant le soir, une pensée s'empara de mon esprit : dès que je serais seul dans le nouveau bureau, j'essaierais de nouveau de prier ; je n'allais pas abandonner la question de la religion et y renoncer, en tout cas ; et donc, bien que je n'aie plus aucune inquiétude au sujet de mon âme, je continuerais quand même à prier.
Le soir venu, nous avions mis en place les livres et les meubles ; et j'allumai un bon feu dans une cheminée ouverte, espérant passer la soirée seul. À la nuit tombante, maître W..., voyant que tout était en place, me souhaita bonne nuit et rentra chez lui. Je l'avais accompagné jusqu'à la porte ; et comme je refermais la porte et me retournais, mon cœur sembla se fondre en moi. Tous mes sentiments semblaient monter et se répandre ; et le cri de mon cœur était : « Je veux répandre toute mon âme devant Dieu. » L'élan de mon âme était si grand que je me précipitai dans la pièce située derrière le bureau de devant, pour prier.
Il n'y avait ni feu ni lumière dans cette pièce ; pourtant il me sembla qu'elle était parfaitement éclairée. Comme j'entrais et refermais la porte derrière moi, il me sembla que je rencontrais le Seigneur Jésus-Christ face à face. Il ne me vint pas à l'idée alors, ni pendant un certain temps ensuite, que c'était entièrement un état de mon esprit. Au contraire, il me semblait que je le voyais comme j'aurais vu n'importe quel autre homme. Il ne dit rien, mais il me regarda d'une manière qui me brisa à ses pieds. J'ai toujours considéré depuis cela comme un état d'esprit des plus remarquables ; car il me semblait réel qu'il se tenait devant moi, et je tombai à ses pieds et répandis mon âme devant lui. Je pleurai à haute voix comme un enfant, et je fis les confessions que je pus, d'une voix étranglée. Il me semblait que je baignais ses pieds de mes larmes ; et pourtant je n'eus pas, que je me souvienne, l'impression nette de le toucher.
J'ai dû rester dans cet état un bon moment ; mais mon esprit était trop absorbé par cette rencontre pour que je me souvienne de rien de ce que je dis. Mais je sais que, dès que mon esprit fut assez calme pour s'arracher à cette rencontre, je retournai dans le bureau de devant, et je trouvai que le feu que j'avais fait de grosses bûches était presque éteint. Mais au moment où je me retournais pour m'asseoir près du feu, je reçus un puissant baptême du Saint-Esprit. Sans m'y attendre le moins du monde, sans avoir jamais eu à l'esprit la pensée qu'une telle chose existait pour moi, sans me souvenir d'avoir jamais entendu qui que ce soit au monde en parler, le Saint-Esprit descendit sur moi d'une manière qui semblait me traverser, corps et âme. Je pouvais sentir cette impression, comme une onde électrique, me traverser de part en part. En vérité, elle semblait venir par vagues et vagues d'amour liquide ; car je ne saurais l'exprimer autrement. C'était comme le souffle même de Dieu. Je me souviens nettement qu'il semblait m'éventer, comme d'immenses ailes.
Aucun mot ne peut exprimer l'amour merveilleux qui fut répandu dans mon cœur. Je pleurai à haute voix de joie et d'amour ; et je ne sais si je ne devrais pas dire que je criai littéralement à pleine gorge les épanchements inexprimables de mon cœur. Ces vagues passèrent sur moi, et sur moi, et sur moi, l'une après l'autre, jusqu'à ce que je me souvienne d'avoir crié : « Je vais mourir si ces vagues continuent à passer sur moi. » Je dis : « Seigneur, je ne peux pas en supporter davantage » ; et pourtant je n'avais aucune peur de la mort.
Combien de temps je restai dans cet état, ce baptême continuant à déferler sur moi et à me traverser, je ne le sais pas. Mais je sais qu'il était tard dans la soirée quand un membre de mon chœur (car j'étais le chef du chœur) entra dans le bureau pour me voir. Il était membre de l'Église. Il me trouva dans cet état, pleurant à haute voix, et me dit : « Monsieur Finney, qu'avez-vous ? » Pendant un moment, je ne pus rien lui répondre. Il dit alors : « Vous avez mal ? » Je me ressaisis comme je pus, et je répondis : « Non, mais je suis si heureux que je ne peux pas vivre. »
Il fit demi-tour et quitta le bureau, et quelques minutes plus tard il revint avec un des anciens de l'Église, dont la boutique se trouvait presque en face de notre bureau. Cet ancien était un homme très sérieux ; en ma présence, il s'était toujours montré très réservé, et je ne l'avais presque jamais vu rire. Quand il entra, j'étais à peu près dans l'état où j'étais quand le jeune homme était sorti le chercher. Il me demanda comment je me sentais, et je commençai à le lui dire. Au lieu de dire quoi que ce soit, il fut pris d'un rire tout à fait convulsif. On aurait dit qu'il lui était impossible de s'empêcher de rire du fond même de son cœur.
Il y avait dans le voisinage un jeune homme qui se préparait à entrer au collège, et avec qui j'étais très lié. Notre pasteur, je l'appris plus tard, lui avait parlé à plusieurs reprises de la religion, et l'avait mis en garde contre le risque d'être égaré par moi. Il lui avait dit que j'étais un jeune homme très insouciant en matière de religion ; et il pensait que s'il me fréquentait beaucoup, son esprit en serait détourné et qu'il ne se convertirait pas.
Après ma conversion, et quand ce jeune homme se fut converti lui aussi, il me dit qu'il avait répondu plusieurs fois à M. Gale, quand celui-ci le reprenait parce qu'il me fréquentait tant, que mes conversations l'avaient souvent touché davantage, du point de vue religieux, que ses prédications. Il est vrai que je m'étais beaucoup confié à ce jeune homme.
Or, juste au moment où je racontais ce que j'éprouvais à cet ancien de l'Église et à l'autre membre qui était avec lui, ce jeune homme entra dans le bureau. J'étais assis le dos à la porte, et je remarquai à peine qu'il entrait. Il écouta avec stupéfaction ce que je disais, et tout à coup il s'effondra à moitié sur le plancher et s'écria, dans la plus grande angoisse : « Priez pour moi, je vous en prie ! » L'ancien de l'Église et l'autre membre s'agenouillèrent et se mirent à prier pour lui ; et quand ils eurent prié, je priai moi-même pour lui. Peu après, ils se retirèrent tous et me laissèrent seul.
La question surgit alors dans mon esprit : « Pourquoi l'ancien
B... a-t-il ri ainsi ? N'a-t-il pas pensé que j'étais victime d'une illusion, ou fou ? » Cette idée jeta une sorte d'obscurité sur mon esprit ; et je commençai à me demander s'il était convenable que moi, un pécheur tel que je l'avais été, je prie pour ce jeune homme. Un nuage sembla se refermer sur moi ; je n'avais prise sur rien où je puisse trouver du repos ; et au bout d'un moment j'allai me coucher, non pas l'esprit angoissé, mais sans savoir encore que penser de mon état présent. Malgré le baptême que j'avais reçu, cette tentation obscurcit tellement ma vue que j'allai me coucher sans être sûr d'avoir fait ma paix avec Dieu.
Je m'endormis bientôt, mais presque aussitôt je me réveillai à cause du grand flot de l'amour de Dieu qui était dans mon cœur. J'étais si rempli d'amour que je ne pouvais pas dormir. Bientôt je me rendormis, et je me réveillai de la même manière. Quand je me réveillais, cette tentation revenait sur moi, et l'amour qui semblait être dans mon cœur diminuait ; mais dès que j'étais endormi, il y avait en moi une telle chaleur que je me réveillais aussitôt. Je continuai ainsi jusqu'à une heure avancée de la nuit, où je trouvai enfin un sommeil profond.
Quand je m'éveillai le matin, le soleil était levé et répandait une lumière claire dans ma chambre. Les mots ne peuvent exprimer l'impression que me fit cette lumière du soleil. Instantanément, le baptême que j'avais reçu la veille au soir revint sur moi de la même manière. Je me mis à genoux dans mon lit et pleurai à haute voix de joie, et je restai un moment trop submergé par le baptême de l'Esprit pour faire autre chose que répandre mon âme devant Dieu. Il me sembla que le baptême de ce matin-là s'accompagnait d'un doux reproche, et l'Esprit semblait me dire : « Vas-tu douter ? » « Vas-tu douter ? » Je criai : « Non ! je ne douterai pas ; je ne peux pas douter. » Il éclaira alors tellement la chose à mon esprit qu'il me fut en fait impossible de douter que l'Esprit de Dieu avait pris possession de mon âme.
Dans cet état, la doctrine de la justification par la foi me fut enseignée comme une expérience présente. Cette doctrine n'avait jamais pris possession de mon esprit au point que je l'aie jamais considérée nettement comme une doctrine fondamentale de l'Évangile. À vrai dire, je ne savais pas du tout ce qu'elle signifiait au sens propre. Mais je pouvais maintenant voir et comprendre ce que voulait dire le passage : « Étant donc justifiés par la foi, nous avons la paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus-Christ » (Romains 5,1). Je voyais qu'au moment où j'avais cru, là-haut dans le bois, tout sentiment de condamnation avait entièrement disparu de mon esprit ; et qu'à partir de ce moment je ne pouvais plus éprouver aucun sentiment de culpabilité ou de condamnation, quelque effort que je fasse. Mon sentiment de culpabilité avait disparu ; mes péchés avaient disparu ; et je ne crois pas que je ressentais plus de culpabilité que si je n'avais jamais péché.
C'était justement la révélation dont j'avais besoin. Je me sentais justifié par la foi ; et, autant que je pouvais en juger, j'étais dans un état où je ne péchais pas. Au lieu de sentir que je péchais tout le temps, mon cœur était si plein d'amour qu'il débordait. Ma coupe débordait de bénédiction et d'amour ; et je ne pouvais pas sentir que je péchais contre Dieu. Je ne pouvais pas non plus retrouver le moindre sentiment de culpabilité pour mes péchés passés. De cette expérience, je ne dis rien à personne sur le moment, que je me souvienne ; je veux dire de cette expérience de la justification.
Texte : Traduction française de biblelibre.org (2026). Source : Memoirs of Rev. Charles G. Finney, A. S. Barnes, 1876 (archive.org, exemplaire de la bibliothèque de Cornell) (Texte anglais du domaine public ; traduction française de biblelibre.org sous licence CC BY-SA 4.0 : libre de copie et de partage, dans les mêmes conditions, en citant la source).