Mémoires · Charles G. Finney
Chapitre 19
Le réveil de Reading, en Pennsylvanie
Me trouvant à Philadelphie, au cœur de l'Église presbytérienne, là où les vues de Princeton étaient presque universellement adoptées, je dois dire avec plus de force encore, si possible, que je ne l'ai fait jusqu'ici, que la plus grande difficulté que j'aie rencontrée pour favoriser les réveils était le faux enseignement donné aux gens, et surtout aux pécheurs qui cherchaient leur salut. En vérité, dans toute ma vie de pasteur, en tout lieu et en tout pays où j'ai travaillé, j'ai rencontré cette difficulté à un degré plus ou moins grand ; et je suis convaincu que des multitudes vivent dans le péché, qui se convertiraient aussitôt si elles étaient vraiment instruites. Le fondement de l'erreur dont je parle est le dogme selon lequel la nature humaine est pécheresse en elle-même, et selon lequel, par conséquent, les pécheurs sont entièrement incapables de devenir chrétiens. On admet, soit expressément, soit en fait, que les pécheurs peuvent désirer être chrétiens, qu'ils le désirent réellement, qu'ils essaient souvent de l'être, et que pourtant, d'une manière ou d'une autre, ils échouent.
C'était l'usage, et c'est encore l'usage dans une certaine mesure, quand les pasteurs prêchaient la repentance et pressaient les gens de se repentir, de sauver leur orthodoxie en leur disant qu'ils ne pouvaient pas plus se repentir qu'ils ne pouvaient créer un monde. Mais il fallait bien donner au pécheur quelque chose à faire ; et, avec toute leur orthodoxie, ils ne pouvaient se résoudre à lui dire qu'il n'avait rien à faire. Ils devaient donc l'engager, dans un esprit de propre justice, à prier pour obtenir un cœur nouveau. Ils lui disaient parfois de faire son devoir, d'aller de l'avant dans le devoir, de lire sa Bible, d'user des moyens de grâce ; bref, ils lui disaient de faire n'importe quoi et tout, sauf la chose même que Dieu lui commande de faire. Dieu lui commande de se repentir maintenant, de croire maintenant, de se faire maintenant un cœur nouveau. Mais ils craignaient de présenter sous cette forme les exigences de Dieu, parce qu'ils ne cessaient de dire au pécheur qu'il n'avait absolument aucune capacité de faire ces choses.
Pour illustrer ce que j'ai trouvé, plus ou moins, dans ce pays et dans d'autres, depuis que je suis dans le ministère, je citerai un sermon que j'ai entendu en Angleterre, prêché par le pasteur Baptist Noel, homme de bien et orthodoxe au sens ordinaire du terme. Son texte était : « Repentez-vous donc et convertissez-vous, pour que vos péchés soient effacés, afin que des temps de rafraîchissement viennent de la part du Seigneur » (Actes 3,19-20). Il présenta d'abord la repentance, non comme un changement volontaire, mais comme un changement involontaire, qui consiste dans la tristesse du péché, simple état de la sensibilité. Il insista ensuite sur le devoir qu'a le pécheur de se repentir, et fit valoir auprès de lui les droits de Dieu. Mais il prêchait devant une assemblée orthodoxe ; et il ne devait pas manquer, et il ne manqua pas, de rappeler à ses auditeurs qu'ils ne pouvaient pas se repentir ; que, bien que Dieu l'exigeât d'eux, il savait pourtant qu'il leur était impossible de se repentir, sauf dans la mesure où il leur donnait la repentance. « Vous me demandez donc, dit-il, ce que vous devez faire. Rentrez chez vous, répondit-il, et priez pour obtenir la repentance ; si elle ne vient pas, priez encore pour obtenir la repentance ; et si elle ne vient toujours pas, continuez à prier jusqu'à ce qu'elle vienne. » Il les laissa là-dessus. L'assemblée était nombreuse et très attentive ; et j'eus vraiment de la peine à me retenir de crier aux gens de se repentir, et de ne pas croire qu'ils faisaient leur devoir en priant simplement pour obtenir la repentance.
De telles instructions m'ont toujours fait une peine extrême ; et une grande partie de mon travail dans le ministère a consisté à corriger ces vues, et à presser le pécheur de faire immédiatement ce que Dieu lui commande de faire. Quand il me demandait si l'Esprit de Dieu n'y était pour rien, je lui répondais : « Si ; en fait, vous ne le ferez pas de vous-même. Mais l'Esprit de Dieu lutte maintenant avec vous pour vous amener à faire exactement ce qu'il veut que vous fassiez. Il lutte pour vous amener à la repentance, pour vous amener à croire ; et il lutte avec vous, non pour obtenir de simples actes extérieurs, mais pour changer votre cœur. » L'Église, dans une très large mesure, a enseigné aux pécheurs à commencer la religion par l'extérieur, et à obtenir, par ce qu'elle appelait l'accomplissement extérieur du devoir, un changement intérieur de leur volonté et de leurs affections.
Mais j'ai toujours tenu cela pour entièrement faux, contraire à l'orthodoxie et dangereux au plus haut point. Il s'est présenté des cas presque innombrables où j'ai constaté que cet enseignement, dont je me suis plaint, avait pour résultat chez les pécheurs une fausse idée de leur devoir ; et je crois pouvoir dire que j'ai trouvé des milliers de pécheurs, de tout âge, qui vivent dans cette illusion, et qui ne se croiraient jamais appelés à faire autre chose que prier pour obtenir un cœur nouveau, mener une vie morale, lire leur Bible, assister aux réunions, user des moyens de grâce, et laisser à Dieu toute la responsabilité de leur conversion et de leur salut.
De Philadelphie, pendant l'hiver 1829-1830, je me rendis à Reading, ville située à une quarantaine de milles à l'ouest de Philadelphie. Il se produisit là un incident, que je rapporterai à sa place, qui illustra de manière frappante le genre d'enseignement auquel j'ai fait allusion, et ses conséquences naturelles. Il y avait à Reading plusieurs Églises allemandes et une Église presbytérienne. Le pasteur de celle-ci était le docteur Greer. À sa demande et à celle des anciens de l'Église, je vins y travailler pour un temps.
Je découvris pourtant bientôt que ni le docteur Greer ni aucun de ses paroissiens n'avaient une juste idée de ce dont ils avaient besoin, ni de ce qu'est vraiment un réveil. Aucun d'eux n'avait jamais vu de réveil, autant que j'aie pu l'apprendre. En outre, tout effort en vue d'un réveil, pour cet hiver-là, avait été prévenu par une décision d'organiser un bal une semaine sur deux ; beaucoup de membres de l'Église y assistaient, et l'un des principaux anciens de l'Église du docteur Greer en était l'un des organisateurs. Je n'appris pas que le docteur Greer eût jamais rien dit contre cela. Il n'y avait pas de prédication en semaine, ni, je crois, aucune réunion religieuse d'aucune sorte.
Quand je vis où en étaient les choses, je crus de mon devoir de dire au docteur Greer que ces bals seraient très bientôt abandonnés, ou bien qu'on ne me laisserait pas occuper sa chaire ; que ces bals, fréquentés par les membres de son Église et menés par l'un de ses anciens, ne s'accorderaient pas longtemps avec ma prédication. Mais il me dit : « Allez de l'avant ; faites comme vous l'entendez. » C'est ce que je fis ; je prêchai trois fois le dimanche, et quatre fois, je crois, dans la semaine, pendant environ trois semaines, avant de rien dire d'autres réunions. Nous n'avions pas de réunions de prière, je crois, parce que les membres laïques n'avaient jamais eu l'habitude de prendre part à de telles réunions.
Toutefois, le troisième dimanche, je crois, j'annonçai qu'une réunion pour ceux qui cherchent se tiendrait le lundi soir dans la salle de réunion, au sous-sol de l'église. J'exposai aussi clairement que possible le but de cette réunion, et je précisai quelles personnes je souhaitais y voir venir : j'invitai celles-là, et celles-là seulement, qui étaient sérieusement touchées de l'état de leur âme, qui avaient décidé de s'occuper immédiatement de la question, et qui désiraient être instruites sur ce point précis : que devaient-elles faire pour être sauvées ? Le docteur Greer ne fit aucune objection, car il s'en était entièrement remis à mon jugement. Mais je ne crois pas qu'il imaginât qu'il viendrait beaucoup de monde, ni même personne, à une telle réunion, sur une telle invitation ; car y venir, c'était reconnaître ouvertement qu'on était inquiet pour le salut de son âme et qu'on avait décidé de s'en occuper sans attendre.
Le lundi fut un jour plutôt froid et neigeux. J'avais remarqué, je crois, que la conviction de péché gagnait l'assemblée ; je me demandais pourtant combien de gens viendraient à une réunion pour ceux qui cherchent. Quoi qu'il en soit, le soir venu, je me rendis à la réunion. Le docteur Greer entra, et voici que la salle de réunion, une grande salle, presque aussi grande, je crois, que la nef de l'église au-dessus, était pleine ; et, en regardant autour de lui, le docteur Greer constata que la plupart des impénitents de son assemblée étaient présents, et parmi eux ceux qu'on regardait comme les plus honorables et les plus influents.
Il ne dit rien publiquement. Mais il me dit : « Je ne connais rien à une réunion comme celle-ci ; prenez-la en main et menez-la à votre manière. » J'ouvris la réunion par une courte allocution, dans laquelle je leur expliquai ce que je désirais : m'entretenir quelques instants avec chacun d'eux, et qu'ils me disent franchement ce qu'ils éprouvaient à ce sujet, quelles étaient leurs convictions, leurs résolutions, leurs difficultés. Je leur dis que s'ils étaient malades et qu'ils fissent venir un médecin, celui-ci voudrait connaître leurs symptômes, et qu'ils devraient lui dire comment ils allaient et comment ils avaient été. Je leur dis : « Je ne puis adapter mon enseignement à votre état d'esprit présent, si vous ne me le faites pas connaître. Ce que je veux donc, c'est que vous me fassiez connaître, en aussi peu de mots que possible, l'état exact de votre esprit en ce moment. Je vais maintenant passer parmi vous, et donner à chacun l'occasion de dire, en très peu de mots, dans quel état d'esprit il se trouve. » Le docteur Greer ne dit pas un mot, mais il me suivit, debout ou assis à côté de moi, et entendit tout ce que j'avais à dire. Il se tenait près de moi, car je parlais à chacun à voix basse, pour n'être entendu que de ceux qui étaient tout près. Je trouvai dans cette réunion beaucoup de conviction et d'émotion. Ils étaient fortement pressés par la conviction de péché. La conviction avait saisi toutes les classes, les grands et les petits, les riches et les pauvres.
Le docteur Greer était profondément ému. Bien qu'il ne dît rien, il était évident pour moi que son intérêt était intense. Voir son assemblée dans un tel état, c'était une chose dont il n'avait jamais eu la moindre idée. Je voyais que, par moments, il avait de la peine à maîtriser son émotion.
Quand j'eus consacré aux entretiens personnels tout le temps qui m'était accordé, je revins au pupitre et leur adressai une allocution, dans laquelle, selon mon habitude, je résumai ce que j'avais trouvé d'intéressant dans ce qu'ils m'avaient confié. Évitant toute allusion personnelle, je repris les cas typiques, je les analysai, je les corrigeai et je les instruisis. Je m'efforçai de dissiper leurs malentendus et leurs erreurs, de corriger l'idée qu'ils avaient qu'ils devaient simplement user des moyens et attendre que Dieu les convertisse ; et, dans une allocution d'une demi-heure ou trois quarts d'heure peut-être, je leur exposai toute leur situation aussi clairement que je le pus. Après avoir prié avec eux, j'invitai ceux qui se sentaient prêts à se soumettre, qui voulaient sur-le-champ s'engager à vivre entièrement pour Dieu, qui voulaient s'en remettre à la miséricorde souveraine de Dieu en Jésus-Christ, qui voulaient abandonner tout péché et y renoncer pour toujours, à se mettre à genoux, et, pendant que je prierais, à se remettre à Christ et à faire intérieurement ce que je les exhortais à faire. Je n'invitai à se mettre à genoux que ceux qui voulaient faire ce que Dieu exigeait d'eux et ce que je leur présentais. Le docteur Greer parut très surpris de l'épreuve que je leur proposais et de la manière dont je les pressais de se soumettre à l'instant même.
Dès que je vis qu'ils m'avaient bien compris, je les invitai à se mettre à genoux, et je m'agenouillai moi-même. Le docteur Greer s'agenouilla à côté de moi, mais ne dit rien. Je présentai la chose à Dieu dans la prière, et je m'en tins strictement à ce point : se soumettre maintenant, croire maintenant, se consacrer à Dieu maintenant. Une solennité redoutable régnait sur l'assemblée, et un silence de mort, à part ma propre voix qui priait, et les sanglots, les soupirs et les pleurs qu'on entendait çà et là dans toute l'assemblée.
Après avoir exposé la chose devant Dieu, nous nous relevâmes, et, sans rien dire de plus, je prononçai la bénédiction et je les congédiai. Le docteur Greer me prit cordialement la main et me dit en souriant : « Je vous verrai demain matin. » Il s'en alla de son côté, et je rentrai à mon logement. Vers onze heures, à ce que je crois, un messager accourut à mon logement, m'appela et me dit que le docteur Greer était mort. Je demandai ce que cela voulait dire. Il me dit que le docteur venait de se coucher, qu'il avait été frappé d'apoplexie et était mort sur le coup. Il était très respecté et très aimé de ses paroissiens, et je suis persuadé qu'il le méritait. C'était un homme d'une solide instruction et, je l'espère, d'une piété sincère. Mais sa formation théologique ne l'avait pas du tout préparé à l'œuvre du ministère, qui est de gagner des âmes à Christ. Il était d'ailleurs d'un caractère plutôt timide. Il n'aimait pas affronter ses paroissiens et résister aux empiétements du péché comme il aurait dû le faire. Sa mort soudaine causa un grand choc et devint le sujet de toutes les conversations dans la ville.
Bien qu'un bon nombre de personnes se fussent, selon toute apparence humaine, soumises à Dieu à la réunion du lundi soir, la mort du docteur Greer, dans des circonstances si extraordinaires, détourna fortement l'attention du public pendant une semaine ou davantage. Mais, une fois les obsèques passées et les réunions habituelles du soir revenues à leur cours normal, l'œuvre prit une forme puissante et avança de la manière la plus encourageante.
Il se produisit dans ce réveil bien des faits très intéressants. Je me souviens qu'une nuit de grosse neige, alors que la neige était déjà tombée en abondance et qu'elle s'amoncelait terriblement sous les rafales d'un vent furieux, on vint me chercher vers minuit pour aller voir un homme qui, me dit-on, était sous une conviction de péché si terrible qu'il ne pourrait pas vivre si l'on ne faisait pas quelque chose pour lui. Cet homme s'appelait B...
C'était un homme robuste, très musclé, d'une grande force de volonté et de nerfs solides, physiquement un beau spécimen d'humanité. Sa femme était membre d'Église ; mais lui ne s'était « nullement mis en peine de ces choses ».
Il avait assisté à la réunion ce soir-là, et le sermon l'avait mis en pièces. Il était rentré chez lui dans un état d'esprit terrible, sa conviction et son angoisse augmentant au point d'avoir raison de ses forces physiques ; et sa famille craignait qu'il ne meure. Malgré cette effroyable tempête, on m'envoya un messager. Nous dûmes affronter la tempête, et nous fîmes à pied peut-être deux cent cinquante ou trois cents mètres. J'entendis ses gémissements, ou plutôt ses hurlements, avant d'arriver près de la maison. En entrant, je le trouvai assis par terre, sa femme, je crois, lui soutenant la tête ; et quel regard sur son visage ! C'était indescriptible. Si habitué que je fusse à voir des personnes sous une forte conviction de péché, je dois avouer que son aspect me causa un choc terrible. Il se tordait dans l'agonie, grinçait des dents et se mordait littéralement la langue de douleur. Il me cria : « Oh ! monsieur Finney ! je suis perdu ! je suis une âme perdue ! » J'en fus bouleversé et je m'écriai : « Si c'est cela la conviction de péché, qu'est-ce que l'enfer ? » Je me ressaisis pourtant aussi vite que je le pus, et je m'assis à côté de lui. Au début, il avait de la peine à m'écouter ; mais j'amenai bientôt ses pensées sur le chemin du salut par Christ. J'attirai son attention sur le Sauveur et le pressai de l'accepter. Son fardeau lui fut bientôt ôté. Il fut amené à se confier au Sauveur, et il en sortit libre et plein de joie dans l'espérance.
Naturellement, jour après jour, j'avais les mains, la tête et le cœur entièrement pris. Il n'y avait pas de pasteur pour m'aider, et l'œuvre s'étendait de tous côtés. L'ancien de l'Église dont j'ai dit qu'il était l'un des organisateurs de leurs bals réguliers eut bientôt le cœur brisé devant le Seigneur et entra dans l'œuvre ; et, en conséquence, sa famille se convertit bientôt. Le réveil balaya complètement les familles des membres de l'Église qui entrèrent dans l'œuvre.
J'ai dit qu'il se produisit en ce lieu un fait qui illustrait l'influence de cet enseignement de l'ancienne école dont je me suis plaint. Un matin, de très bonne heure, un avocat, membre de l'une des familles les plus honorables de la ville, vint me voir dans ma chambre, dans la plus grande agitation d'esprit.
Je vis que c'était un homme d'une intelligence de premier ordre, et un homme bien élevé ; mais je ne l'avais jamais vu nulle part, du moins pas assez pour le reconnaître. Il entra, se présenta et me dit qu'il était un pécheur perdu, qu'il en avait conclu qu'il n'y avait aucun espoir pour lui. Il me raconta alors que, lorsqu'il était au collège de Princeton, deux de ses camarades de classe et lui-même s'étaient vivement inquiétés de leur âme. Ils étaient allés ensemble trouver le docteur Ashbel Green, alors président du collège, et lui avaient demandé ce qu'ils devaient faire pour être sauvés. Le docteur, me dit-il, leur avait répondu qu'il était très heureux qu'ils viennent lui poser cette question ; puis il leur avait dit de se tenir à l'écart de toute mauvaise compagnie, de lire régulièrement leur Bible et de prier Dieu de leur donner un cœur nouveau. « Continuez ainsi, avait-il dit, et avancez dans le devoir ; et l'Esprit de Dieu vous convertira ; ou bien il vous quittera, et vous retournerez à vos péchés. » « Eh bien, lui demandai-je, comment cela a-t-il fini ? » « Oh ! dit-il, nous avons fait exactement ce qu'il nous avait dit de faire. Nous nous sommes tenus à l'écart des mauvaises compagnies, et nous avons prié Dieu de nous faire un cœur nouveau. Mais au bout de quelque temps notre conviction s'est dissipée, et nous n'avons plus eu envie de prier. Nous avons perdu tout intérêt pour la question » ; et, fondant en larmes, il ajouta : « Mes deux camarades sont dans des tombes d'ivrognes, et si je ne peux pas me repentir, j'y serai bientôt moi-même. » Cette remarque me fit observer qu'il portait les marques d'un homme qui usait trop librement des boissons fortes. Mais il était tôt le matin ; il était tout à fait à jeun, et dans une terrible angoisse pour son âme.
Je m'efforçai de l'instruire, et de lui montrer l'erreur dans laquelle il était tombé à cause des instructions qu'il avait reçues ; je lui montrai qu'il avait résisté à l'Esprit et l'avait attristé en attendant que Dieu fasse ce qu'il lui avait commandé de faire. Je m'efforçai de lui montrer que, par la nature même des choses, Dieu ne pouvait pas faire à sa place ce qu'il exigeait de lui. Dieu exigeait qu'il se repente, et Dieu ne pouvait pas se repentir à sa place ; il exigeait qu'il croie, mais Dieu ne pouvait pas croire à sa place ; Dieu exigeait qu'il se soumette, mais ne pouvait pas se soumettre à sa place. Je m'efforçai ensuite de lui faire comprendre la part qu'a l'Esprit de Dieu quand il donne au pécheur la repentance et un cœur nouveau : c'est une persuasion divine ; l'Esprit amène le pécheur à voir ses péchés, le presse de les abandonner et de fuir la colère à venir. Il lui présente le Sauveur, l'expiation, le plan du salut, et le presse de l'accepter.
Je lui demandai s'il ne sentait pas en lui-même cette pression, dans ces vérités révélées à son esprit, et un appel à se soumettre maintenant, à croire, à se faire un cœur nouveau. « Oh ! oui, dit-il, oh ! oui ! Je vois et je sens tout cela. Mais Dieu ne m'a-t-il pas abandonné ? Mon jour de grâce n'est-il pas passé ? » Je lui répondis : « Non ! Il est clair que l'Esprit de Dieu vous appelle encore, qu'il vous presse encore de vous repentir ; vous reconnaissez que vous sentez cette pression dans votre esprit. » Il me demanda : « C'est donc l'Esprit de Dieu qui agit ainsi, pour me montrer tout cela ? » Je lui assurai que oui ; qu'il devait comprendre cela comme un appel divin, et comme une preuve décisive qu'il n'était pas abandonné, qu'il n'avait pas laissé passer par son péché le jour de la grâce, mais que Dieu s'efforçait encore de le sauver. Je lui demandai alors s'il voulait répondre à cet appel, s'il voulait venir à Jésus, s'il voulait saisir la vie éternelle, là, sur-le-champ.
C'était un homme intelligent ; l'Esprit de Dieu reposait sur lui et l'enseignait, et lui faisait comprendre chaque mot que je disais. Quand je vis que le chemin était entièrement préparé, je l'invitai à s'agenouiller et à se soumettre ; il le fit, et, selon toute apparence humaine, il devint sur place un vrai converti. « Oh ! dit-il plus tard, si seulement le docteur Green nous avait dit ce que vous m'avez dit, nous aurions tous été convertis immédiatement. Mais mes amis et compagnons sont perdus ; et quelle merveille de miséricorde que je sois sauvé ! »
Je me souviens d'un fait très intéressant concernant un négociant de Reading, dont l'une des branches d'activité était la fabrication du whisky. Il venait d'aménager, à grands frais, une très grande distillerie. Il l'avait construite sur une grande échelle, avec tous les derniers perfectionnements, et il se lançait à fond dans ce commerce. Mais dès qu'il fut converti, il renonça à toute idée de poursuivre plus loin cette activité. Ce fut une conclusion spontanée de son propre esprit. Il dit aussitôt : « Je ne veux plus rien avoir à faire avec cela. Je vais démolir ma distillerie. Je ne veux ni l'exploiter ni la vendre pour qu'un autre l'exploite. »
Sa femme était une femme de bien, et la sœur de M. B..., dont j'ai rapporté la conversion survenue pendant cette nuit de tempête. Le négociant s'appelait O'B... Le réveil saisit puissamment sa famille, et plusieurs de ses membres furent convertis. Je ne me rappelle plus combien ils étaient ; mais je crois que toutes les personnes impénitentes de sa maison furent converties. Son frère aussi, et la femme de son frère, et je ne sais combien d'autres, en tout cas un assez grand cercle de parents, furent parmi les convertis. Mais M. O'B... lui-même était de santé fragile, et la phtisie l'emportait rapidement. Je lui rendis souvent visite, et je le trouvai plein de joie.
Nous avions examiné les candidats à l'admission dans l'Église, et un grand nombre devaient être admis un certain dimanche. Parmi eux se trouvaient les membres de sa propre famille et ceux de ses parents qui avaient été convertis. Le dimanche matin arriva. On s'aperçut bientôt que M. O'B... ne passerait pas la journée. Il appela sa femme à son chevet et lui dit : « Ma chérie, je vais passer le dimanche au ciel. Que toute la famille et tous les amis aillent s'unir à l'Église d'ici-bas ; et moi, je me joindrai à l'Église d'en haut. » Avant l'heure de la réunion, il était mort. On fit venir des amis pour l'ensevelir ; sa famille et ses parents se rassemblèrent autour de son corps, puis le quittèrent et vinrent à la réunion ; et, comme il l'avait désiré, ils s'unirent à l'Église militante, tandis que lui s'en allait rejoindre l'Église triomphante.
Leur pasteur venait tout juste de le précéder ; et c'est ce matin-là, je crois, que j'avais dit à M. O'B... : « Transmettez mes amitiés au frère Greer, quand vous serez au ciel. » Il sourit d'une sainte joie et me dit : « Croyez-vous que je le reconnaîtrai ? » Je répondis : « Oui, vous le reconnaîtrez sans aucun doute. Transmettez-lui mes amitiés, et dites-lui que l'œuvre avance glorieusement. » « Je le ferai, je le ferai », dit-il. Sa femme et sa famille prirent place à la table de communion, le visage empreint à la fois de joie et de tristesse. On voyait chez eux une sorte de saint triomphe, quand on rappelait à leur attention que le mari, le père, le frère, l'ami, était assis ce jour-là à la table de Jésus, là-haut, tandis qu'eux étaient réunis autour de sa table sur la terre.
Il y eut dans ce réveil, à bien des égards, beaucoup de choses émouvantes et intéressantes. Il se produisait au sein d'une population qui n'avait aucune idée des réveils. La population allemande se croyait devenue chrétienne par le baptême, et surtout en recevant la communion. Presque tous, si on leur demandait quand ils étaient devenus chrétiens, répondaient qu'ils avaient reçu leur communion à telle date, des mains du docteur M... ou de quelque autre pasteur allemand. Et quand je leur demandais s'ils croyaient que c'était là la religion, ils répondaient que oui, qu'ils le supposaient. C'était d'ailleurs l'idée du docteur M... lui-même. Comme nous marchions ensemble vers la tombe du docteur Greer, le jour de ses obsèques, il me dit qu'il avait fait seize cents chrétiens, en les baptisant et en leur donnant la communion, depuis qu'il était pasteur de cette Église. Il semblait n'avoir lui-même aucune autre idée de la manière de devenir chrétien que d'apprendre le catéchisme, d'être baptisé et de prendre la communion.
Le réveil eut à affronter cette manière de voir ; et l'influence s'exerça d'abord presque entièrement dans ce sens. On soutenait, à ce qu'on m'a dit, et je n'en doute pas, que songer à devenir religieux en se convertissant, instituer le culte de famille ou s'adonner à la prière dans le secret, ce n'était pas seulement du fanatisme, mais c'était dire en fait que leurs ancêtres étaient tous allés en enfer, puisqu'ils n'avaient rien fait de tel. Les pasteurs allemands prêchaient contre toutes ces choses, comme me l'ont rapporté ceux qui les avaient entendus, et parlaient sévèrement de ceux qui abandonnaient les voies de leurs pères, qui jugeaient nécessaire de se convertir et de pratiquer le culte de famille et la prière dans le secret.
La grande majorité, je crois, de l'assemblée du docteur Greer se convertit dans ce réveil. Au début, j'eus beaucoup de peine à me défaire de l'influence de la presse quotidienne. Il s'y publiait alors, je crois, deux quotidiens ou davantage. J'appris que les rédacteurs étaient des buveurs, et qu'il n'était pas rare qu'on les ramène chez eux ivres, lors des fêtes publiques. Les gens étaient beaucoup sous l'influence de la presse quotidienne ; je veux parler surtout de la population allemande. Ces rédacteurs se mirent à donner aux gens des conseils en matière de religion, et à parler contre le réveil et contre la prédication. Cela jeta les gens dans la perplexité. Cela continua de jour en jour et de semaine en semaine, jusqu'à ce que les choses en vinssent au point que je crus de mon devoir d'en parler. Je montai donc en chaire un jour où l'église était comble, et je pris pour texte : « Vous avez pour père le diable, et vous voulez accomplir les désirs de votre père » (Jean 8,44). Je montrai ensuite de quelle manière les pécheurs accomplissaient les désirs du diable, en indiquant un grand nombre de façons dont ils faisaient son sale travail, et faisaient pour lui ce qu'il ne pouvait pas faire lui-même.
Quand j'eus bien mis le sujet sous les yeux des gens, je l'appliquai à la conduite des rédacteurs de ces quotidiens. Je demandai aux gens s'ils ne pensaient pas que ces rédacteurs accomplissaient les désirs du diable ; s'ils ne croyaient pas que le diable désirait les voir faire exactement ce qu'ils faisaient. Je leur demandai ensuite s'il était convenable et décent que des hommes de cette réputation entreprennent de donner aux gens un enseignement religieux. Je dis aux gens quelle était, d'après ce qu'on m'avait appris, la réputation de ces hommes, et j'appuyai la main assez lourdement sur le fait que de tels hommes prétendent instruire les gens de leurs devoirs envers Dieu et envers leur prochain. Je dis : « Si j'avais une famille dans cette ville, je ne voudrais pas d'un tel journal à la maison ; je craindrais de l'avoir sous mon toit ; je le trouverais trop sale pour y toucher du bout des doigts, et je le prendrais avec les pincettes pour le jeter à la rue. » D'une manière ou d'une autre, les journaux se retrouvèrent à la rue le lendemain matin, en assez grand nombre, et je ne vis ni n'entendis plus rien de leur opposition.
Je restai à Reading jusqu'à la fin du printemps. Il y eut beaucoup de conversions très frappantes ; et, autant que je sache, l'assemblée du docteur Greer resta parfaitement unie, grandement encouragée et fortifiée, et considérablement accrue en nombre. Je ne suis jamais retourné en ce lieu depuis.
De Reading, je me rendis à Lancaster, en Pennsylvanie, où résidait alors, et où résida jusqu'à sa mort, feu le président Buchanan. L'Église presbytérienne de Lancaster n'avait pas de pasteur, et j'y trouvai la religion dans un état très bas. Elle n'avait jamais connu de réveil, et elle n'avait manifestement aucune juste idée de ce que c'était, ni des moyens propres à l'obtenir. Je ne restai que très peu de temps à Lancaster. Toutefois, l'œuvre de Dieu y fut aussitôt ranimée, l'Esprit de Dieu étant répandu presque immédiatement sur le peuple. J'étais l'hôte d'un vieux monsieur du nom de K..., l'un des anciens de l'Église, et à vrai dire l'homme le plus en vue de cette Église.
Un fait le concernant, survenu pendant que j'étais dans sa famille, révéla le véritable état des choses, du point de vue religieux, dans cette Église. Un ancien pasteur de l'Église avait invité M. K... à devenir membre de l'Église et à exercer la charge d'ancien. Je dois dire que les faits que je vais rapporter à ce sujet m'ont été racontés par lui-même. Un dimanche soir, après avoir entendu deux sermons très pénétrants, le vieux monsieur ne put dormir. Il était si fortement travaillé dans son esprit qu'il ne put tenir jusqu'au matin. Il me réveilla au milieu de la nuit, m'exposa ce qu'il ressentait de son péché, puis me dit qu'il savait qu'il n'avait jamais été converti. Il me dit que, lorsqu'on lui avait demandé de devenir membre de l'Église et ancien, il savait qu'il n'était pas un homme converti. Mais on avait tant insisté auprès de lui qu'il avait fini par consulter le docteur C..., vieux pasteur d'une Église presbytérienne non loin de Lancaster. Il lui avait exposé le fait qu'il n'avait jamais été converti, et que pourtant on souhaitait qu'il devienne membre de l'Église pour pouvoir être ancien. Le docteur C..., compte tenu de toutes les circonstances, lui avait conseillé de devenir membre de l'Église et d'accepter la charge, ce qu'il avait fait.
Au moment dont je parle, sa conviction de péché était très profonde. Je lui donnai les instructions dont je pensais qu'il avait besoin, je le pressai d'accepter le Sauveur, et je le traitai exactement comme je l'aurais fait de n'importe quel autre pécheur en quête de salut. Ce fut un moment très solennel. Il déclara alors se soumettre et accepter le Sauveur. De la suite de son histoire, je ne sais rien. C'était certainement un homme de grande valeur morale, et jamais, à ma connaissance, il ne fit rien, extérieurement, qui déshonorât la position qu'il occupait. Ceux qui connaissent l'état où se trouvait à cette époque, quant au corps des anciens, l'Église dont le docteur C... était pasteur, ne s'étonneront pas du conseil qu'il donna à M. K...
Parmi les faits qui se produisirent pendant mon court séjour à Lancaster, je me rappelle celui-ci. Un soir, je prêchai sur un sujet qui m'amena à insister sur l'acceptation immédiate de Christ. L'église était très pleine, littéralement bondée. À la fin de mon sermon, je lançai aux gens un vigoureux appel à se décider sur-le-champ ; et je crois que j'invitai ceux dont la décision était prise, et qui voulaient accepter le Sauveur à l'instant même, à se lever, afin que nous sachions qui ils étaient et que nous puissions prier pour eux. Comme je l'appris le lendemain, deux hommes étaient assis près de l'une des portes de l'église ; l'un d'eux fut très touché par l'appel qui était lancé, et ne put s'empêcher de montrer une très forte émotion, que son voisin remarqua. Toutefois, cet homme ne se leva pas et ne donna pas son cœur à Dieu. J'avais insisté auprès d'eux sur cette pensée, que ce pourrait être la dernière occasion que certains d'entre eux auraient jamais de se trouver face à cette question et de la trancher ; que, dans une assemblée si nombreuse, il n'était pas improbable que certains décident là de leur destinée éternelle, dans un sens ou dans l'autre. Il n'était pas improbable que Dieu tienne certains d'entre eux pour liés par la décision qu'ils prenaient alors.
Après la fin de la réunion, comme je l'appris le lendemain, ces deux hommes sortirent ensemble, et l'un dit à l'autre : « J'ai vu que vous étiez profondément remué par les appels de M. Finney. » « C'est vrai, répondit-il. Je n'ai jamais rien éprouvé de pareil de ma vie ; surtout quand il nous a rappelé que ce pourrait être la dernière fois que nous aurions l'occasion d'accepter l'offre de la miséricorde. » Ils continuèrent ainsi à causer sur une certaine distance, puis se séparèrent, chacun rentrant chez soi. La nuit était noire, et celui qui avait été si profondément remué, et qui était si pressé par la pensée qu'il rejetait peut-être sa dernière offre, trébucha sur la bordure du trottoir et se rompit le cou. On me rapporta la chose le lendemain.
J'instituai des réunions de prière à Lancaster, et j'insistai pour que les anciens de l'Église y prennent part. C'est ce qu'ils firent, à ma pressante demande, bien que, à ce que j'appris, ils n'en eussent jamais eu l'habitude auparavant. L'intérêt sembla grandir de jour en jour, et les conversions qui donnaient de l'espoir se multiplièrent. Je ne me rappelle plus maintenant pourquoi je ne restai pas plus longtemps ; mais je partis si tôt que je ne suis pas en mesure de donner un récit un peu détaillé de l'œuvre qui s'y fit.
Texte : Traduction française de biblelibre.org (2026). Source : Memoirs of Rev. Charles G. Finney, A. S. Barnes, 1876 (archive.org, exemplaire de la bibliothèque de Cornell) (Texte anglais du domaine public ; traduction française de biblelibre.org sous licence CC BY-SA 4.0 : libre de copie et de partage, dans les mêmes conditions, en citant la source).