Discours sur les réveils religieux · Charles G. Finney
Discours 5
La prière de la foi
« C'est pourquoi je vous dis : Tout ce que vous demanderez en priant, croyez que vous l'avez reçu, et vous le verrez s'accomplir. » (Marc 11,24)
Certains ont pensé que ces paroles se rapportaient exclusivement à la foi qui fait des miracles. Mais rien, absolument rien, ne le prouve. Que notre Sauveur n'ait pas voulu que ce texte se rapporte exclusivement à la foi des miracles, le contexte où il se trouve le démontre. Si vous lisez le chapitre, vous verrez qu'à ce moment-là Christ et ses apôtres étaient tout entiers à leur œuvre et qu'ils priaient beaucoup ; et comme ils revenaient le matin de leurs lieux de retraite, las et affamés, ils aperçurent un figuier à quelque distance. Il avait très belle apparence et donnait sans doute des signes qu'il portait du fruit ; mais quand ils s'en approchèrent, ils n'y trouvèrent que des feuilles. Et Jésus dit : « Que jamais personne ne mange de ton fruit !
» Le matin, en passant, les disciples virent le figuier séché jusqu'aux racines.
» Pierre, se rappelant ce qui s'était passé, dit à Jésus : Rabbi, regarde, le figuier que tu as maudit a séché.
» Jésus prit la parole, et leur dit : Ayez foi en Dieu.
» Je vous le dis en vérité, si quelqu'un dit à cette montagne : Ote-toi de là et jette-toi dans la mer, et s'il ne doute point en son cœur, mais croit que ce qu'il dit arrive, il le verra s'accomplir. » (Marc 11,14 et 11,20-23)
Viennent ensuite les paroles du texte :
« C'est pourquoi je vous dis : Tout ce que vous demanderez en priant, croyez que vous l'avez reçu, et vous le verrez s'accomplir. »
Notre Sauveur voulait instruire ses disciples sur la nature et la puissance de la prière, et sur la nécessité d'une foi forte en Dieu. Il a donc pris un cas très fort, un miracle, et un miracle aussi grand que de transporter une montagne dans la mer. Et il leur dit que s'ils exercent en Dieu une foi comme il faut, ils pourront faire de telles choses. Mais ses remarques ne doivent pas être limitées à la foi qui sert à faire des miracles, car il poursuit :
« Et, lorsque vous êtes debout faisant votre prière, si vous avez quelque chose contre quelqu'un, pardonnez, afin que votre Père qui est dans les cieux vous pardonne aussi vos offenses.
» Mais si vous ne pardonnez pas, votre Père qui est dans les cieux ne vous pardonnera pas non plus vos offenses. » (Marc 11,25-26)
Est-ce que cela concerne les miracles ? Quand vous priez, vous devez pardonner. Est-ce exigé seulement quand un homme veut faire un miracle ? Il y a dans la Bible bien d'autres promesses très proches de celle-ci, qui parlent à peu près le même langage, et dont on s'est débarrassé de cette manière expéditive, en disant qu'elles se rapportent à la foi des miracles. Comme si la foi des miracles était autre chose que la foi en Dieu !
Dans mon dernier discours, j'ai traité de « la prière qui l'emporte » ; et vous vous souvenez que je suis passé très vite sur la foi dans la prière, parce que je voulais la réserver pour une étude à part. Le sujet de ce soir est donc :
LA PRIÈRE DE LA FOI.
Je me propose :
I. De montrer que la foi est une condition indispensable de la prière qui l'emporte.
II. De montrer ce que nous devons croire quand nous prions. III. De montrer quand nous sommes tenus d'exercer cette foi, c'est-à-dire de croire que nous recevrons la chose que nous demandons.
IV. De montrer que ce genre de foi dans la prière obtient toujours la bénédiction recherchée.
V. D'expliquer comment nous pouvons parvenir à un état d'esprit où nous soyons capables d'exercer une telle foi.
VI. De répondre à plusieurs objections que l'on avance parfois contre cette manière de voir la prière.
I. Que la foi soit une condition indispensable de la prière qui l'emporte, personne n'en doutera sérieusement. Il existe des désirs bienveillants que l'on présente à Dieu et qui lui sont agréables comme tels, sans pourtant comporter l'exercice de la foi quant à la réception effective de ces bénédictions. Mais de tels désirs ne sont pas la prière qui l'emporte, la prière de la foi. Dieu peut juger bon d'accorder les choses désirées, par bonté et par amour, mais ce ne serait pas, à proprement parler, en réponse à la prière. Je parle maintenant du genre de foi qui assure la bénédiction. Ne me faites pas dire qu'il n'y a rien dans la prière qui soit agréable à Dieu, ou même qui obtienne parfois la bénédiction, sans ce genre de foi. Je parle de la foi qui obtient la bénédiction même qu'elle recherche. Pour prouver que la foi est indispensable à la prière qui l'emporte, il suffit de répéter ce que l'apôtre Jacques nous dit expressément : « Si quelqu'un d'entre vous manque de sagesse, qu'il la demande à Dieu, qui donne à tous simplement et sans reproche, et elle lui sera donnée. Mais qu'il la demande avec foi, sans douter ; car celui qui doute est semblable au flot de la mer, agité par le vent et poussé de côté et d'autre. » (Jacques 1,5-6) II. Nous avons à rechercher ce que nous devons croire quand nous prions.
1. Nous devons croire à l'existence de Dieu, car « il faut que celui qui s'approche de Dieu croie que Dieu existe », et croire qu'il est disposé à exaucer la prière, « et qu'il est le rémunérateur de ceux qui le cherchent » (Hébreux 11,6). Beaucoup croient à l'existence de Dieu et ne croient pas à l'efficacité de la prière. Ils font profession de croire en Dieu, mais nient la nécessité ou l'influence de la prière.
2. Nous devons croire que nous recevrons... quelque chose... mais quoi ? Pas quelque chose, ou n'importe quoi, au petit bonheur, mais la chose précise que nous demandons. Nous ne devons pas penser que Dieu est un être tel que, si nous lui demandons un poisson, il nous donnera un serpent, ou si nous lui demandons du pain, il nous donnera une pierre. Il dit au contraire : « Tout ce que vous demanderez en priant, croyez que vous l'avez reçu, et vous le verrez s'accomplir. » Pour ce qui est de la foi des miracles, il est clair que les disciples étaient tenus de croire qu'ils recevraient exactement ce qu'ils demandaient, que la chose même arriverait. Voilà ce qu'ils devaient croire. Mais alors, que doivent croire les hommes au sujet des autres bénédictions ? S'agit-il d'une vague idée selon laquelle, si un homme demande une bénédiction précise, Dieu, par quelque mystérieuse souveraineté, lui donnera quelque chose ou autre chose, ou donnera quelque chose à quelqu'un d'autre, quelque part ? Quand un homme prie pour la conversion de ses enfants, doit-il croire que ses enfants seront convertis, ou bien les enfants de quelqu'un d'autre, et qu'on ne sait absolument pas lesquels ? Tout cela est pure absurdité et fait grand déshonneur à Dieu. Non, nous devons croire que nous recevrons les choses mêmes que nous demandons.
III. Quand sommes-nous tenus de faire cette prière ? Quand sommes-nous tenus de croire que nous aurons les choses mêmes pour lesquelles nous prions ? Je réponds : quand nous en avons la preuve. La foi doit toujours avoir des preuves. Un homme ne peut croire une chose que s'il voit quelque chose qu'il tient pour une preuve. Il n'est nullement obligé de croire, et il n'a pas le droit de croire, qu'une chose se fera, s'il n'en a pas la preuve. Croire sans preuve, c'est le comble du fanatisme. Voici les sortes de preuves qu'un homme peut avoir :
1. Supposons que Dieu ait expressément promis la chose. Par exemple, Dieu dit qu'il est plus disposé à donner son Saint-Esprit à ceux qui le lui demandent que des parents ne le sont à donner du pain à leurs enfants (Luc 11,13). Ici, nous sommes tenus de croire que nous le recevrons quand nous le demanderons. Vous n'avez pas le droit de glisser un si et de dire : « Seigneur, si c'est ta volonté, donne-nous ton Saint-Esprit. » C'est insulter Dieu. Mettre un si dans la promesse de Dieu, là où Dieu n'en a pas mis, revient à accuser Dieu de n'être pas sincère. C'est comme si l'on disait : « Ô Dieu, si tu parles sérieusement en faisant ces promesses, accorde-nous la bénédiction que nous te demandons. »
J'ai entendu parler d'un cas où une jeune convertie a servi à enseigner à un pasteur une vérité solennelle au sujet de la prière. Elle venait d'une famille très méchante et était allée vivre chez un pasteur. Pendant son séjour, elle fut, selon toute espérance, convertie, et elle se conduisait bien. Un jour, elle vint au cabinet de travail du pasteur pendant qu'il s'y trouvait, chose qu'elle n'avait pas l'habitude de faire ; et il pensa qu'il devait y avoir quelque chose. Il la fit donc asseoir et s'informa avec bonté de l'état de ses sentiments religieux ; elle lui dit qu'elle était affligée de la manière dont les anciens membres de l'Église priaient pour obtenir l'Esprit. Ils priaient pour que le Saint-Esprit vienne, semblaient très sérieux, faisaient valoir les promesses de Dieu, et puis disaient : « Ô Seigneur, si c'est ta volonté, accorde-nous ces bénédictions pour l'amour de Christ. » Elle pensait que dire « si c'est ta volonté », quand Dieu l'a expressément promis, c'était mettre en doute la sincérité de Dieu dans ses promesses. Le pasteur essaya de la faire revenir de cette idée par le raisonnement, et naturellement il réussit à la mettre à court d'arguments. Mais elle était affligée et remplie de chagrin, et elle dit : « Je ne peux pas discuter la question avec vous, monsieur, mais j'ai dans l'esprit la conviction que c'est mal et que cela déshonore Dieu. » Et elle s'en alla en pleurant d'angoisse. Le pasteur vit qu'elle n'était pas satisfaite, et cela l'amena à réexaminer la question ; il finit par voir que c'était mettre un si là où Dieu n'en avait pas mis, là où il avait révélé expressément sa volonté, et que c'était une insulte à Dieu. Il alla donc dire à son Église qu'elle était tenue de croire que Dieu parlait sérieusement quand il lui faisait une promesse. Et l'esprit de prière descendit sur cette Église, et un réveil très puissant s'ensuivit.
2. Quand il y a dans l'Écriture une promesse générale que vous pouvez raisonnablement appliquer au cas particulier qui se présente à vous. Si son sens véritable comprend la chose précise pour laquelle vous priez, ou si vous pouvez raisonnablement appliquer au cas le principe de la promesse, alors vous avez une preuve. Supposons, par exemple, que ce soit un temps où la méchanceté domine fortement, et que vous soyez poussé à prier pour que Dieu intervienne. Quelle promesse avez-vous ? Eh bien, celle-ci : « Quand l'ennemi viendra comme un fleuve, l'esprit de l'Éternel le mettra en fuite » (Ésaïe 59,19). Vous voyez qu'il y a là une promesse générale, qui pose un principe du gouvernement de Dieu, et que vous pouvez appliquer au cas qui se présente à vous, comme un titre qui vous autorise à exercer la foi dans la prière. Et si la question se pose de savoir à quel moment Dieu accordera des bénédictions en réponse à la prière, vous avez cette promesse : « Avant qu'ils aient cessé de parler, j'exaucerai » (Ésaïe 65,24).
La Bible contient une foule de promesses et de principes généraux dont les chrétiens pourraient se servir, s'ils voulaient seulement réfléchir. Chaque fois que vous êtes dans une situation à laquelle s'appliquent les promesses ou les principes, c'est là que vous devez vous en servir. Un père trouve cette promesse : « Mais la bonté de l'Éternel dure à jamais pour ceux qui le craignent, et sa miséricorde pour les enfants de leurs enfants, pour ceux qui gardent son alliance, et se souviennent de ses commandements afin de les accomplir » (Psaume 103,17-18). Voilà une promesse faite à ceux qui ont un certain caractère. Si un père a conscience que c'est là son caractère, il est fondé à l'appliquer à lui-même et à sa famille. Si vous avez ce caractère, vous êtes tenu de vous servir de cette promesse dans la prière, et de la croire, jusqu'aux enfants de vos enfants.
Si j'en avais le temps ce soir, je pourrais aller d'un bout à l'autre de la Bible et produire une étonnante variété de textes qui peuvent s'appliquer comme des promesses ; assez pour prouver que, dans quelque situation que se trouve un enfant de Dieu, Dieu lui a préparé dans la Bible une promesse, générale ou particulière, qu'il peut s'appliquer et qui convient exactement à son cas. Beaucoup de promesses de Dieu sont très larges, exprès pour couvrir beaucoup de terrain. Quoi de plus large que la promesse du texte : « Tout ce que vous demanderez en priant » ? Quel est le chrétien qui prie qui n'a pas été surpris de la longueur, de la largeur et de la plénitude des promesses de Dieu, quand l'Esprit les a appliquées à son cœur ? Qui, parmi ceux qui mènent une vie de prière, ne s'est pas étonné de son propre aveuglement, de n'avoir pas vu et senti plus tôt l'étendue de sens et la richesse de ces promesses, quand il les a vues à la lumière de l'Esprit de Dieu ? En de tels moments, il a été stupéfait de sa propre ignorance, et il a découvert que l'Esprit lui appliquait les promesses et les déclarations de la Bible dans un sens dont il n'avait jamais rêvé qu'elles pouvaient le prendre. La manière dont les apôtres appliquaient les promesses, les prophéties et les déclarations de l'Ancien Testament met en pleine lumière l'ampleur de sens, la plénitude et la richesse de la parole de Dieu. Celui qui marche à la lumière de la face de Dieu, et qui est rempli de l'Esprit de Dieu comme il le devrait, s'appropriera souvent des promesses et les appliquera à sa propre situation et à celle des gens pour qui il prie, d'une manière dont un chrétien de profession aveugle n'aurait jamais l'idée.
3. Quand il y a une déclaration prophétique que la chose demandée est conforme à la volonté de Dieu. Quand il ressort clairement de la prophétie que l'événement doit certainement arriver, vous êtes tenu de le croire et d'en faire le fondement de votre foi particulière dans la prière. Si le moment n'est pas fixé dans la Bible, et qu'il n'y a pas de preuve venant d'ailleurs, vous n'êtes pas tenu de croire que la chose aura lieu maintenant, ou tout de suite. Mais si le moment est fixé, ou si l'on peut le connaître par l'étude des prophéties, et qu'il paraît être arrivé, alors les chrétiens ont l'obligation de le comprendre et de s'en servir en présentant la prière de la foi. Prenez par exemple le cas de Daniel, au sujet du retour des Juifs de la captivité. Que dit-il ? « Moi, Daniel, je vis par les livres qu'il devait s'écouler soixante-dix ans pour les ruines de Jérusalem, d'après le nombre des années dont l'Éternel avait parlé à Jérémie, le prophète » (Daniel 9,2). Il l'apprit donc par les livres, c'est-à-dire qu'il étudia sa Bible, et c'est ainsi qu'il comprit que la captivité devait durer soixante-dix ans. Que fait-il alors ? S'assoit-il sur la promesse en disant : « Dieu s'est engagé à mettre fin à la captivité au bout de soixante-dix ans ; le temps est écoulé ; il n'y a donc rien à faire » ? Oh non ; il dit : « Je tournai ma face vers le Seigneur Dieu, afin de recourir à la prière et aux supplications, en jeûnant et en prenant le sac et la cendre » (Daniel 9,3). Il se mit aussitôt à prier pour que la chose s'accomplisse. Il pria avec foi. Mais que devait-il croire ? Ce qu'il avait appris par la prophétie. Il y a dans la Bible beaucoup de prophéties qui ne sont pas encore accomplies, et que les chrétiens sont tenus de comprendre, autant qu'ils en sont capables, pour en faire ensuite le fondement d'une prière pleine de foi. Ne pensez pas, comme certains semblent le faire, que parce qu'une chose est annoncée dans la prophétie il n'est pas nécessaire de prier pour elle, ou qu'elle arrivera que les chrétiens prient ou non. Il n'y a rien de vrai là-dedans. Dieu dit, au sujet de cette catégorie même d'événements révélés dans la prophétie : « Voici encore sur quoi je me laisserai fléchir par la maison d'Israël, voici ce que je ferai pour eux » (Ézéchiel 36,37).
4. Quand les signes des temps, ou la providence de Dieu, indiquent qu'une bénédiction particulière est sur le point d'être accordée, nous sommes tenus de le croire. Le Seigneur Jésus-Christ a blâmé les Juifs et les a traités d'hypocrites parce qu'ils ne comprenaient pas les indications de la Providence (Luc 12,54-56). Ils savaient comprendre les signes du temps qu'il fait, et voir quand il allait pleuvoir et quand il ferait beau ; mais ils ne savaient pas voir, aux signes des temps, que le moment était venu où le Messie devait paraître et bâtir la maison de Dieu. Il y a beaucoup de chrétiens de profession qui trébuchent toujours et traînent les pieds dès qu'on propose de faire quelque chose. Ils disent toujours : « Le moment n'est pas venu, le moment n'est pas venu » ; alors que d'autres sont attentifs aux signes des temps et ont le discernement spirituel qu'il faut pour les comprendre. Ceux-là prient avec foi pour la bénédiction, et elle vient.
5. Quand l'Esprit de Dieu est sur vous et qu'il suscite en vous de forts désirs pour une bénédiction, vous êtes tenu de la demander avec foi. Du fait que vous vous trouvez poussé à désirer une telle chose pendant que vous éprouvez les saintes affections que produit l'Esprit de Dieu, vous êtes tenu de conclure que ces désirs sont l'œuvre de l'Esprit. Les gens ne sont guère enclins à désirer de la bonne manière s'ils n'y sont pas poussés par l'Esprit de Dieu. L'apôtre parle de ces désirs suscités par l'Esprit dans son épître aux Romains, où il dit : « De même aussi l'Esprit nous aide dans notre faiblesse, car nous ne savons pas ce qu'il nous convient de demander dans nos prières. Mais l'Esprit lui-même intercède par des soupirs inexprimables ; et celui qui sonde les cœurs connaît quelle est la pensée de l'Esprit, parce que c'est selon Dieu qu'il intercède en faveur des saints » (Romains 8,26-27). Ici donc, si vous vous trouvez fortement poussé à désirer une bénédiction, vous devez le prendre comme une indication que Dieu est disposé à accorder cette bénédiction-là, et vous êtes donc tenu de le croire. Dieu ne se joue pas de ses enfants. Il ne va pas susciter en eux le désir d'une bénédiction pour les éconduire avec autre chose. Il suscite au contraire les désirs mêmes qu'il est disposé à satisfaire. Et quand ils éprouvent de tels désirs, ils sont tenus de les suivre jusqu'au bout, jusqu'à ce qu'ils obtiennent la bénédiction.
IV. Je vais montrer maintenant que ce genre de foi obtient toujours son objet. Le texte est clair là-dessus : il montre que vous recevrez la chose même pour laquelle vous priez. Il ne dit pas : « Croyez que vous recevrez, et vous aurez soit cela, soit quelque chose d'équivalent. » Pour prouver que cette foi obtient la bénédiction même qui est demandée, je fais observer :
1. Que, sans cela, nous ne pourrions jamais savoir si nos prières ont été exaucées. Et nous pourrions continuer à prier et à prier longtemps après que la prière aurait été exaucée par une autre bénédiction, équivalente à celle que nous demandons.
2. Si nous ne sommes pas tenus d'attendre la chose même que nous demandons, il faut que l'Esprit de Dieu nous trompe. Pourquoi nous pousserait-il à désirer une certaine bénédiction, s'il a l'intention d'accorder autre chose ?
3. Quel est le sens de ce passage : « Lequel de vous donnera une pierre à son fils, s'il lui demande du pain ? » (Matthieu 7,9). Notre Sauveur ne réprouve-t-il pas l'idée que la prière puisse être exaucée par le don d'autre chose ? Quel encouragement aurions-nous à prier pour quoi que ce soit en particulier, si nous devions demander une chose et en recevoir une autre ? Supposez qu'un chrétien prie pour un réveil ici : il serait exaucé par un réveil en Chine. Ou bien il pourrait prier pour un réveil, et Dieu enverrait le choléra, ou un tremblement de terre. Toute l'histoire de l'Église montre que, quand Dieu exauce la prière, il donne à son peuple la chose même pour laquelle il a prié. Dieu accorde d'autres bénédictions, aux saints comme aux pécheurs, qu'ils ne demandent pas du tout. Il fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes (Matthieu 5,45). Mais quand il exauce la prière, c'est en faisant ce qu'on lui demande de faire. Il est vrai qu'il fait souvent plus qu'exaucer la prière. Il n'accorde pas seulement ce qu'on lui demande, mais il y joint souvent d'autres bénédictions.
4. Peut-être éprouvez-vous ici une difficulté au sujet des prières de Jésus-Christ. On demande souvent : « N'a-t-il pas prié dans le jardin pour que la coupe s'éloigne, et sa prière a-t-elle été exaucée ? » Je réponds que ce n'est pas du tout une difficulté, car la prière a été exaucée. La coupe dont il demandait à être délivré a été éloignée. C'est à cela que l'apôtre fait allusion quand il dit : « C'est lui qui, dans les jours de sa chair, ayant présenté avec de grands cris et avec larmes des prières et des supplications à celui qui pouvait le sauver de la mort, et ayant été exaucé... » (Hébreux 5,7). Je le demande alors : en quelle occasion a-t-il été sauvé de la mort, si ce n'est en celle-ci ? Était-ce de la mort de la croix qu'il demandait à être délivré ? Pas du tout. Voici ce qui en était. Peu avant d'être livré, nous l'entendons dire à ses disciples : « Mon âme est triste jusqu'à la mort » (Matthieu 26,38). L'angoisse de l'âme déferlait sur lui, au point qu'il était près de mourir ; il sortit dans un jardin pour prier, dit à ses disciples de veiller, puis il s'en alla seul et pria. « Mon Père, dit-il, s'il est possible, que cette coupe s'éloigne de moi ! Toutefois, non pas ce que je veux, mais ce que tu veux » (Matthieu 26,39). Dans son agonie, il se releva et marcha dans le jardin jusqu'à l'endroit où étaient ses disciples, et là il les vit profondément endormis. Il les réveilla et dit : « Vous n'avez donc pu veiller une heure avec moi ! » (Matthieu 26,40). Puis il s'en alla de nouveau, car il était dans une telle détresse qu'il ne pouvait rester en place, et de nouveau il répandit son âme. Et la troisième fois, il s'éloigne et prie : « Père, si tu voulais éloigner de moi cette coupe ! Toutefois, que ma volonté ne se fasse pas, mais la tienne » (Luc 22,42). Et cette troisième fois qu'il priait, un ange lui apparut du ciel, pour le fortifier. Et son esprit devint posé et calme, et la coupe avait disparu. Jusque-là, il avait été dans une telle agonie que sa sueur était comme de grosses gouttes de sang ; mais maintenant tout était fini.
Certains ont supposé qu'il priait contre la croix et suppliait d'être délivré de la mort sur la croix ! Christ a-t-il jamais reculé devant la croix ? Jamais. Il était venu au monde exprès pour mourir sur la croix, et il n'a jamais reculé devant elle. Mais il craignait de mourir dans le jardin avant d'arriver à la croix. Le fardeau qui pesait sur son âme était si lourd, et produisait une telle agonie, qu'il se sentait sur le point de mourir. Son âme était triste jusqu'à la mort. Mais après que l'ange lui fut apparu, on n'entend plus parler de son agonie d'âme. Il avait prié pour être soulagé de cette coupe, et sa prière fut exaucée. Il devint calme et n'eut plus de souffrance morale jusqu'au moment même où il expira. Ce cas n'est donc pas une exception. Il reçut la chose même qu'il avait demandée, comme il le dit : « Je savais que tu m'exauces toujours » (Jean 11,42).
Mais on avance souvent un autre cas, celui où l'apôtre Paul pria pour être délivré de l'écharde dans la chair. Il dit : « Trois fois j'ai prié le Seigneur de l'éloigner de moi. » Et Dieu lui répondit : « Ma grâce te suffit » (2 Corinthiens 12,8-9). Le docteur Clarke et d'autres pensent que la prière de Paul fut exaucée par la chose même qu'il demandait. Selon eux, « l'écharde dans la chair, l'ange de Satan » dont il parle était un faux apôtre qui avait divisé et perverti l'Église de Corinthe. Paul aurait prié contre son influence, et le Seigneur lui aurait répondu en lui donnant cette assurance : « Ma grâce te suffit. » Qui ne sait qu'elle lui a suffi, et que l'influence de Paul a fini par triompher ?
Mais admettons que la prière de Paul n'ait pas été exaucée par le don de la chose précise qu'il demandait : pour faire de ce cas une exception à la prière de la foi, on est obligé de supposer acquis ce qu'il s'agit justement de prouver, à savoir que l'apôtre priait avec foi. Il n'y a aucune raison de supposer que Paul priait toujours avec foi, pas plus que n'importe quel autre chrétien. La manière même dont Dieu lui a répondu montre que ce n'était pas avec foi. Il lui dit en substance : « Cette écharde est nécessaire à ta sanctification, et pour t'empêcher de t'enorgueillir outre mesure. Je te l'ai envoyée par amour et par fidélité, et tu n'as pas à me demander de l'enlever. LAISSE CELA. »
Non seulement rien ne prouve qu'il ait prié avec foi, mais tout porte à présumer le contraire. D'après le récit, il est évident qu'il n'avait rien sur quoi faire reposer sa foi. Il n'y avait pas de promesse expresse, pas de promesse générale qui pût s'appliquer, pas de providence de Dieu, pas de prophétie, pas d'enseignement de l'Esprit indiquant que Dieu enlèverait cette écharde ; au contraire, la présomption était que Dieu ne l'enlèverait pas. Il la lui avait donnée dans un but particulier. Sa prière semble avoir été égoïste, ou du moins c'était une prière contre une influence simplement personnelle. Ce n'était pas une souffrance personnelle qui entravait son utilité ; au contraire, elle lui avait été donnée pour accroître son utilité en le gardant humble ; et parce que, pour une raison ou une autre, il la trouvait gênante et humiliante, il se mit à prier selon son propre cœur, évidemment sans y être conduit par l'Esprit de Dieu. Paul priait-il avec foi sans l'Esprit de Dieu, plus que n'importe quel autre homme ? Et quelqu'un osera-t-il dire que l'Esprit de Dieu l'a conduit à prier pour que cette écharde soit ôtée, alors que Dieu lui-même la lui avait donnée dans un but particulier, but qui ne pouvait être atteint que si l'écharde lui restait ?
Pourquoi donc fait-on de ce cas une exception à la règle générale posée dans le texte, selon laquelle un homme recevra tout ce qu'il demande avec foi ? J'ai été un jour stupéfait et affligé, lors d'un examen public dans un séminaire de théologie, d'entendre obscurcir sur ce sujet les desseins de Dieu par des discours sans intelligence (Job 38,2). Ce cas de Paul, et celui de Christ dont je viens de parler, furent cités tous deux aux étudiants comme des exemples prouvant que la prière de la foi ne serait pas exaucée par la chose précise demandée. Or, enseigner de telles idées, dans un séminaire de théologie ou ailleurs, c'est se jouer de la parole de Dieu et briser la puissance du ministère chrétien. En sommes-nous venus là, que nos graves docteurs de nos séminaires soient employés à apprendre aux sentinelles de Sion à croire et à enseigner qu'il ne faut pas s'attendre à ce que la prière de la foi soit exaucée par le don de ce que nous demandons ? Oh, ne l'annoncez point dans Gath, n'en publiez point la nouvelle dans les rues d'Askalon (2 Samuel 1,20) ! Que va devenir l'Église, tant que telles sont les vues de ses pasteurs les plus graves et les plus influents ? Je ne voudrais être ni désobligeant ni censeur, mais, comme l'un des ministres de Jésus-Christ, je me sens tenu de rendre témoignage contre une telle déformation de la parole de Dieu.
5. Il est évident que la prière de la foi obtiendra la bénédiction, du fait que notre foi repose sur la preuve qu'accorder cette chose est la volonté de Dieu. Non la preuve que quelque chose d'autre sera accordé, mais que cette chose précise le sera. Or comment pourrions-nous avoir la preuve que cette chose sera accordée, si c'est une autre chose qui doit l'être ? Les gens reçoivent souvent plus qu'ils ne demandent. Salomon demanda la sagesse, et Dieu lui accorda en plus les richesses et la gloire. De même, une femme prie parfois pour la conversion de son mari, et si elle présente la prière de la foi, il se peut que Dieu ne lui accorde pas seulement cette bénédiction, mais convertisse aussi son enfant et toute sa famille. Les bénédictions semblent parfois s'enchaîner, de sorte que si un chrétien en obtient une, il les obtient toutes.
V. J'ai à montrer comment nous pouvons parvenir à cet état d'esprit où nous sommes capables de présenter une telle prière. On demande parfois : « Comment présenterai-je une telle prière ? Vais-je dire : Maintenant je vais prier avec foi pour telle ou telle bénédiction ? » Non, l'esprit humain ne se met pas en mouvement de cette façon. Autant dire : « Maintenant je vais faire monter un esprit du puits de l'abîme. » Je réponds :
1. Vous devez d'abord obtenir la preuve que Dieu accordera la bénédiction. Comment Daniel s'y est-il pris pour présenter la prière de la foi ? Il sonda les Écritures. Or, vous ne devez pas laisser votre Bible sur une étagère en vous attendant à ce que Dieu vous révèle ses promesses. Sondez les Écritures, et voyez où vous pouvez trouver une promesse générale ou particulière, ou une prophétie, sur laquelle poser les pieds quand vous priez. Parcourez la Bible, et vous la trouverez pleine de ces choses, de précieuses promesses que vous pouvez faire valoir avec foi. Vous ne manquerez jamais de sujets de prière, si vous faites comme Daniel. Les gens sont désorientés sur ce sujet parce qu'ils ne font jamais un bon usage de la Bible.
Un cas curieux s'est produit dans une des villes de l'ouest de cet État. Il y avait là un réveil. Un pasteur vint visiter l'endroit et entendit beaucoup parler de la prière de la foi. Il fut déconcerté par ce qu'on disait, car il n'avait jamais envisagé le sujet sous ce jour-là. Il s'en informa auprès du pasteur qui travaillait sur place. Celui-ci, dans un esprit bienveillant, lui demanda de rentrer chez lui, de prendre son Nouveau Testament, d'y relever les passages qui parlent de la prière, et d'aller trouver les gens de son Église qui priaient le plus pour leur demander comment ils comprenaient ces passages. Il dit qu'il le ferait, car si ces vues étaient nouvelles pour lui, il ne demandait qu'à apprendre. Il le fit : il alla trouver ses hommes et ses femmes de prière, leur lut les passages sans note ni commentaire, et leur demanda ce qu'ils en pensaient. Il découvrit que leur simple bon sens les avait conduits à comprendre ces passages et à croire qu'ils veulent dire exactement ce qu'ils disent. Cela le toucha ; et puis le fait même d'aller ainsi de l'un à l'autre en mettant les promesses sous leurs yeux réveilla en eux l'esprit de prière, et un réveil s'ensuivit.
Je pourrais nommer bien des personnes qui se sont mises à examiner la Bible sur ce sujet et qui, avant d'en avoir fait la moitié, ont été remplies de l'esprit de prière. Elles ont découvert que Dieu entendait par ses promesses exactement ce qu'un homme simple et de bon sens comprendrait. Je vous conseille d'essayer. Vous avez des Bibles ; parcourez-les, et chaque fois que vous trouvez une promesse dont vous pouvez vous servir, fixez-la dans votre esprit avant d'aller plus loin ; et j'ose prédire que vous n'arriverez pas au bout du livre sans découvrir que les promesses de Dieu veulent dire exactement ce qu'elles disent.
2. Entretenez les bons désirs que vous avez. Les chrétiens perdent très souvent leurs bons désirs faute d'y prendre garde ; et alors leurs prières ne sont plus que des mots, sans aucun désir ni aucun sérieux. Le moindre élan de désir doit être entretenu. Si votre corps risquait de geler et que vous n'ayez que la plus petite étincelle de feu, comme vous la soigneriez ! De même, si vous avez le moindre désir d'une bénédiction, si petit soit-il, ne le gaspillez pas. N'attristez pas l'Esprit. Ne vous laissez pas distraire. Ne perdez pas vos bons désirs par la légèreté, par l'esprit de critique, par l'esprit du monde. Veillez et priez, et allez jusqu'au bout, sinon vous ne présenterez jamais la prière de la foi.
3. Une entière consécration à Dieu est indispensable à la prière de la foi. Vous devez mener une vie sainte et tout consacrer à Dieu, votre temps, vos talents, votre influence, tout ce que vous avez et tout ce que vous êtes, pour être entièrement à lui. Lisez la vie des hommes pieux, et vous serez frappé de ce fait : ils avaient l'habitude de mettre à part des moments pour renouveler leur alliance et se consacrer à nouveau à Dieu ; et chaque fois qu'ils l'ont fait, une bénédiction a toujours suivi immédiatement. Si j'avais Edwards ici ce soir, je pourrais vous lire des passages montrant ce qu'il en était de son temps.
4. Vous devez persévérer. Vous ne devez pas prier une fois pour une chose, puis cesser, et appeler cela la prière de la foi. Regardez Daniel. Il pria vingt et un jours, et ne cessa pas avant d'avoir obtenu la bénédiction. Il tourna son cœur et sa face vers le Seigneur, afin de recourir à la prière et aux supplications, en jeûnant et en prenant le sac et la cendre ; il tint bon trois semaines, et alors la réponse vint. Et pourquoi n'est-elle pas venue plus tôt ? Dieu avait envoyé un archange porter le message, mais le diable l'en empêcha pendant tout ce temps (Daniel 10,12-13). Voyez ce que dit Christ dans la parabole du juge inique et dans celle des pains. Que nous enseigne-t-il par elles ? Eh bien, que Dieu exaucera la prière quand elle est insistante. « Et Dieu ne fera-t-il pas justice à ses élus, qui crient à lui jour et nuit ? » (Luc 18,7)
5. Si vous voulez prier avec foi, ayez soin de marcher chaque jour avec Dieu. Si vous le faites, il vous dira pour quoi prier. Soyez remplis de son Esprit, et il vous donnera assez de sujets de prière. Il vous donnera autant d'esprit de prière que votre corps a de force pour en supporter.
Un homme de bien me disait : « Oh, je meurs de n'avoir pas assez de force pour prier. Mon corps est écrasé, le monde pèse sur moi ; comment pourrais-je m'empêcher de prier ! » J'ai vu cet homme se mettre au lit véritablement malade, de faiblesse et d'épuisement, sous ce poids. Et je l'ai vu prier comme s'il voulait faire violence au ciel, et j'ai vu ensuite la bénédiction venir aussi clairement en réponse à sa prière que si elle avait été révélée, si bien que personne n'aurait pu en douter, pas plus que si Dieu avait parlé du ciel. Vous dirai-je comment il est mort ? Il priait de plus en plus ; il avait l'habitude de prendre devant lui la carte du monde et de prier, parcourant du regard les différents pays et priant pour eux, jusqu'à ce qu'il expire littéralement dans sa chambre en priant. Homme béni ! Il était l'opprobre des impies et des chrétiens de profession charnels et incrédules, mais il était le favori du ciel, et un prince dans la prière, un prince qui l'emportait.
VI. Je vais aborder quelques objections qu'on avance contre cette doctrine.
1. « Elle mène au fanatisme et revient à une nouvelle révélation. » Pourquoi serait-ce une pierre d'achoppement ? Il faut qu'ils aient des preuves pour croire avant de pouvoir présenter la prière de la foi. Et si Dieu donne d'autres preuves que celles des sens, où est l'objection ? Il est vrai qu'en un sens c'est une nouvelle révélation ; c'est faire connaître une chose par son Esprit. Mais c'est la révélation même que Dieu a promis de donner. C'est exactement celle à laquelle nous devons nous attendre, si la Bible est vraie : quand nous ne savons pas ce qu'il nous convient de demander selon la volonté de Dieu, son Esprit nous aide dans notre faiblesse et nous enseigne la chose même pour laquelle il faut prier. Allons-nous nier l'enseignement de l'Esprit ?
2. On demande souvent : « Est-il de notre devoir de présenter la prière de la foi pour le salut de tous les hommes ? » Je réponds : non ; car ce n'est pas une chose conforme à la volonté de Dieu. C'est directement contraire à sa volonté révélée. Nous n'avons aucune preuve que tous seront sauvés. Nous devons éprouver de la bienveillance envers tous et, à considérer la chose en elle-même, désirer leur salut. Mais Dieu nous a révélé qu'une grande partie du genre humain sera damnée. Et ce ne peut être un devoir de croire qu'ils seront tous sauvés, en face d'une révélation contraire. Dans la prière de Christ, au dix-septième chapitre de Jean, il a dit expressément : « Je ne prie pas pour le monde, mais pour ceux que tu m'as donnés » (Jean 17,9).
3. Mais certains disent : « Si nous présentions cette prière pour tous les hommes, est-ce que tous les hommes ne seraient pas sauvés ? » Je réponds : oui ; et ils seraient sauvés de même s'ils voulaient tous se repentir. Mais ils ne le veulent pas. Et les chrétiens ne présenteront pas non plus la prière de la foi pour tous, parce qu'il n'y a aucune preuve sur laquelle fonder la croyance que Dieu a l'intention de sauver tous les hommes.
4. Mais vous demandez : « Pour qui devons-nous présenter cette prière ? Nous voulons savoir dans quels cas, pour quelles personnes, quels lieux, à quels moments, etc., nous devons faire la prière de la foi. » Je réponds, comme je l'ai déjà fait : quand vous avez la preuve, par des promesses, par des prophéties, par des providences ou par la direction de l'Esprit, que Dieu fera les choses pour lesquelles vous priez.
5. « Comment se fait-il que tant de prières de parents pieux pour leurs enfants ne soient pas exaucées ? N'avez-vous pas dit qu'il y a une promesse que les parents pieux peuvent appliquer à leurs enfants ? Comment se fait-il alors que tant de parents pieux, qui priaient, aient eu des enfants impénitents qui sont morts dans leurs péchés ? » Admettons qu'il en soit ainsi : qu'est-ce que cela prouve ? Que Dieu soit reconnu pour vrai, et tout homme pour menteur (Romains 3,4). Que devons-nous croire : que la promesse de Dieu a failli, ou que ces parents n'ont pas fait leur devoir ? Peut-être ne croyaient-ils pas la promesse, ou ne croyaient-ils pas qu'il existe une prière de la foi. Partout où vous trouvez un chrétien de profession qui ne croit pas à une telle prière, vous constatez, en règle générale, qu'il a des enfants et des domestiques encore dans leurs péchés. Et rien d'étonnant, à moins qu'ils ne soient convertis en réponse aux prières de quelqu'un d'autre.
6. « Ces vues ne mèneront-elles pas au fanatisme ? Beaucoup de gens ne croiront-ils pas présenter la prière de la foi alors qu'ils ne la présentent pas ? » C'est la même objection que les unitariens font contre la doctrine de la régénération : beaucoup de gens croient être nés de nouveau alors qu'ils ne le sont pas. C'est un argument contre toute religion spirituelle, quelle qu'elle soit. Certains croient l'avoir alors qu'ils ne l'ont pas, et ce sont des fanatiques. Mais il y a des gens qui savent ce qu'est la prière de la foi, tout comme il y a des gens qui savent ce qu'est l'expérience spirituelle, même si cela fait trébucher les chrétiens de profession au cœur froid qui ne la connaissent pas. Même des pasteurs s'exposent souvent au reproche que Christ fit à Nicodème : « Tu es le docteur d'Israël, et tu ne sais pas ces choses ! » (Jean 3,10)
REMARQUES.
1. Ceux qui ne savent pas par expérience ce qu'est cette prière ont de fortes raisons de douter de leur piété. Ce n'est nullement manquer de charité. Qu'ils s'examinent eux-mêmes. Il est à craindre qu'ils comprennent la prière comme Nicodème comprenait la nouvelle naissance. Ils n'ont pas marché avec Dieu, et vous ne pouvez pas plus la leur décrire que vous ne pouvez décrire un beau tableau à un aveugle qui ne voit pas les couleurs. Bien des chrétiens de profession comprennent la prière de la foi tout juste autant qu'un aveugle comprend les couleurs.
2. Il y a lieu de croire que des millions de gens sont en enfer parce que des chrétiens de profession n'ont pas présenté la prière de la foi. Alors qu'ils avaient les promesses sous les yeux, ils n'ont pas eu assez de foi pour s'en servir. C'est ainsi que des parents laissent leurs enfants, et même leurs enfants baptisés, descendre en enfer parce qu'ils n'ont pas voulu croire les promesses de Dieu. Sans aucun doute, les maris de bien des femmes sont allés en enfer, alors qu'elles auraient pu l'emporter auprès de Dieu dans la prière et les sauver. Les signes des temps et les indications de la Providence étaient peut-être favorables, l'Esprit de Dieu suscitait en elles des désirs pour leur salut, elles avaient assez de preuves pour croire que Dieu était prêt à accorder une bénédiction, et si seulement elles avaient prié avec foi, Dieu l'aurait accordée ; mais Dieu l'a détournée parce qu'elles n'ont pas voulu discerner les signes des temps.
3. Vous dites : « Cela laisse l'Église sous un lourd fardeau de culpabilité. » C'est vrai ; et sans aucun doute des multitudes se tiendront devant Dieu couvertes du sang des âmes qui se sont perdues par leur manque de foi. Les promesses de Dieu, accumulées dans leurs Bibles, se dresseront devant elles et les écraseront jusqu'en enfer.
4. Bien des chrétiens de profession vivent si loin de Dieu que leur parler de la prière de la foi leur est tout à fait inintelligible. Très souvent, la plus grande offense qu'on puisse leur faire est de prêcher sur ce genre de prière.
5. Je veux poser quelques questions aux chrétiens de profession qui sont ici. Savez-vous ce que c'est que de prier avec foi ? Avez-vous jamais prié de cette manière ? Avez-vous jamais prié jusqu'à ce que votre esprit ait l'assurance que la bénédiction viendrait, jusqu'à éprouver ce repos en Dieu, cette confiance, aussi parfaite que si vous aviez vu Dieu descendre du ciel pour vous la donner ? Sinon, vous devriez examiner votre fondement. Comment pouvez-vous vivre sans jamais prier avec foi ? Comment pouvez-vous vivre en regardant vos enfants, alors que vous n'avez pas la moindre assurance qu'ils seront convertis ? On croirait que vous devriez en perdre la raison. J'ai connu un père dans l'Ouest ; c'était un homme de bien, mais il avait des vues erronées sur la prière de la foi ; et ses enfants avaient tous grandi sans qu'aucun d'eux soit converti. À la fin, son fils tomba malade et parut sur le point de mourir. Le père pria, mais le fils alla plus mal et semblait descendre au tombeau sans espérance. Le père pria jusqu'à ce que son angoisse fût inexprimable. Il finit par aller prier encore (il ne semblait plus y avoir aucun espoir de sauver la vie de son fils), mais il répandit son âme comme quelqu'un qui ne veut pas essuyer de refus, jusqu'à ce qu'il obtienne enfin l'assurance que son fils non seulement vivrait, mais serait converti ; et non seulement celui-là, mais toute sa famille serait convertie à Dieu. Il rentra à la maison et dit aux siens que son fils ne mourrait pas. Ils furent stupéfaits. « Je vous le dis, reprit-il, il ne mourra pas. Et aucun de mes enfants ne mourra jamais dans ses péchés. » Les enfants de cet homme sont tous convertis depuis des années.
Qu'en pensez-vous ? Était-ce du fanatisme ? Si vous le croyez, c'est que vous ne savez rien de la chose. Priez-vous ainsi ? Vivez-vous de telle manière que vous puissiez présenter une telle prière pour vos enfants ? Je sais que les enfants des chrétiens de profession sont parfois convertis en réponse aux prières de quelqu'un d'autre. Mais devriez-vous vivre ainsi ? Osez-vous compter sur les prières des autres quand Dieu vous appelle à tenir auprès de vos enfants cette place si importante ?
Enfin, voyez quel effort concerté on fait pour se débarrasser de la Bible. Les méchants veulent jeter les menaces de la Bible, et l'Église ses promesses. Et que reste-t-il ? À eux deux, ils laissent la Bible vide. Je le dis avec amour : à quoi servent nos Bibles si nous ne saisissons pas leurs précieuses promesses pour en faire le fondement de notre foi quand nous prions pour obtenir la bénédiction de Dieu ? Vous feriez mieux d'envoyer vos Bibles aux païens, où elles feront quelque bien, si vous ne voulez pas les croire et vous en servir. Je n'ai aucune preuve qu'il y ait aujourd'hui beaucoup de cette prière dans cette Église ou dans cette ville. Et qu'en adviendra-t-il ? Que deviendront vos enfants ? vos voisins ? les méchants ?
Texte : Traduction française de biblelibre.org (2026). Source : Lectures on Revivals of Religion, Oberlin, E. J. Goodrich, 1868 (archive.org) (Texte anglais du domaine public ; traduction française de biblelibre.org sous licence CC BY-SA 4.0 : libre de copie et de partage, dans les mêmes conditions, en citant la source).