Discours sur les réveils religieux · Charles G. Finney
Discours 13
Comment les Églises peuvent aider leurs pasteurs
Lorsque Moïse élevait sa main, Israël était le plus fort ; et lorsqu'il baissait sa main, Amalek était le plus fort. Les mains de Moïse étant fatiguées, ils prirent une pierre qu'ils placèrent sous lui, et il s'assit dessus. Aaron et Hur soutenaient ses mains, l'un d'un côté, l'autre de l'autre ; et ses mains restèrent fermes jusqu'au coucher du soleil. Et Josué vainquit Amalek et son peuple, au tranchant de l'épée. (Exode 17,11-13)
Vous qui lisez votre Bible, vous vous rappelez le contexte de ces versets. Le peuple de Dieu, pour soumettre ses ennemis, vint livrer bataille aux Amalécites, et c'est alors que ces faits se produisirent. On voit mal pourquoi on attacherait de l'importance au fait que Moïse tenait les mains élevées, à moins de comprendre ce geste comme l'attitude de la prière. Dès lors, ses mains élevées, et le succès qui accompagnait ce geste, nous enseignent combien il importe de prier Dieu pour obtenir son aide dans tous nos combats contre les ennemis de Dieu. Le concours et le soutien d'Aaron et de Hur ont généralement été compris comme l'image du devoir qu'ont les Églises de soutenir et d'aider leurs pasteurs dans leur œuvre, et de l'importance de ce concours pour le succès de l'Évangile prêché. C'est l'usage que j'en ferai aujourd'hui. Après avoir parlé du devoir qu'ont les pasteurs de travailler aux réveils, je vais maintenant considérer L'IMPORTANCE DU CONCOURS DE L'ÉGLISE POUR SUSCITER ET POURSUIVRE UN RÉVEIL.
Il y a un certain nombre de choses dont l'importance pour favoriser un réveil n'a pas été suffisamment considérée par les Églises et les pasteurs, et qui, si l'on n'y prend pas garde, empêcheront les réveils de s'étendre, et même de durer un temps appréciable. Dans mes deux derniers discours, je me suis arrêté sur les devoirs des pasteurs, car il m'était impossible de donner une série de discours sur les réveils sans entrer plus ou moins longuement dans cette partie des moyens. Je n'en ai pas fini avec cette partie du sujet, mais j'ai jugé important de faire ici un détour pour traiter quelques points où l'Église doit se tenir aux côtés de son pasteur et l'aider, si elle espère connaître un réveil. Pour traiter ce sujet, je me propose :
I. De mentionner plusieurs choses que les chrétiens doivent éviter, s'ils veulent soutenir leurs pasteurs.
II. Quelques choses auxquelles ils doivent veiller.
I. Je dois mentionner plusieurs choses qu'il faut éviter.
1. Gardez-vous à tout prix de l'idée, en théorie comme en pratique, que c'est au pasteur seul de favoriser les réveils. Beaucoup de gens sont portés à rester passifs sur ce sujet, et ont le sentiment de n'avoir rien à faire. Ils ont engagé un pasteur et l'ont payé pour qu'il les nourrisse d'instruction et de consolation, et désormais ils n'ont plus qu'à rester assis et à avaler la nourriture qu'il leur donne. Ils doivent payer son traitement et assister à sa prédication, et ils pensent que c'est faire beaucoup. Et lui, de son côté, on attend de lui qu'il prêche une bonne doctrine, saine et consolante, pour les soutenir et les mettre à l'aise ; et c'est ainsi qu'ils comptent aller au ciel. Je vous le dis, ILS IRONT EN ENFER, si c'est là leur religion. Ce n'est pas le chemin du ciel.
Soyez certains que, là où cet esprit règne dans l'Église, si bon que soit le pasteur, l'Église a pris le chemin qui empêche un réveil. Il aura beau être aussi fidèle, aussi engagé, aussi doué et éloquent qu'on voudra, il pourra s'épuiser, et peut-être y laisser la vie, mais il n'aura guère de réveil, ou pas du tout.
Là où il n'y a pas d'Église, ou très peu de membres dans l'Église, un réveil peut être favorisé sans aucun effort organisé de l'Église, puisqu'elle n'est pas là ; et en pareil cas Dieu accommode sa grâce aux circonstances, comme il le fit quand les apôtres partirent seuls planter l'Évangile dans le monde. J'ai vu des exemples de réveils puissants dans de telles conditions. Mais là où les moyens existent, Dieu veut qu'on les emploie. J'aimerais mieux qu'il n'y ait aucune Église dans un endroit que de tenter de favoriser un réveil là où se trouve une Église qui ne veut pas travailler. Dieu veut être sollicité par son peuple pour accorder ses bénédictions. L'influence contraire d'une Église qui ne veut pas travailler est pire que l'incrédulité. Il est impossible de rester sur un terrain neutre à l'égard d'un réveil, bien que certains chrétiens de profession s'imaginent l'être. Si un chrétien de profession ne se donne pas tout entier à l'œuvre, il s'y oppose. Qu'un tel homme essaie de garder une position intermédiaire et dise qu'il va attendre de voir comment les choses tourneront : eh bien, c'est exactement la position que le diable veut lui voir prendre. Les chrétiens de profession peuvent ainsi faire son œuvre bien plus efficacement que par une opposition ouverte. S'ils s'opposent ouvertement, tout le monde dira qu'ils n'ont pas de religion. Mais par cette voie moyenne ils gardent leur influence, et font ainsi plus efficacement l'œuvre du diable.
En engageant un pasteur, une Église doit se rappeler qu'elle n'a engagé qu'un chef pour la conduire à l'action dans la cause de Christ. On trouverait étrange que quelqu'un propose d'entretenir un général et de le laisser ensuite aller se battre tout seul ! Ce n'est pas plus absurde, ni plus désastreux, que de voir un pasteur tenter d'avancer seul. L'Église se méprend sur le but du ministère si elle laisse son pasteur travailler seul. Il ne suffit pas qu'elle écoute les sermons. Ce n'est que l'ordre de marche, que l'Église est tenue de suivre.
2. Ne vous plaignez pas de votre pasteur parce qu'il n'y a pas de réveil, si vous ne faites pas votre devoir. Il ne sert à rien de vous plaindre qu'il n'y ait pas de réveil, si vous ne faites pas votre devoir. Cela seul est une raison suffisante pour qu'il n'y en ait pas. C'est une chose des plus cruelles et des plus abominables, pour une Église, que de se plaindre de son pasteur quand elle-même dort à poings fermés. Il est très fréquent que des chrétiens de profession s'en fassent un grand mérite et apaisent leur propre conscience en se plaignant de leurs pasteurs. Et quand on parle de l'importance pour les pasteurs d'être réveillés, ce genre de gens est prompt à dire : Nous n'aurons jamais de réveil avec un pareil pasteur ; alors qu'en réalité leur pasteur est bien plus réveillé qu'eux.
Il y a encore une chose vraie sur ce point, et qui mérite d'être relevée. Quand l'Église est tombée bien bas, les chrétiens de profession sont très enclins à se plaindre de l'Église et du triste état de la religion parmi eux. Cet être insaisissable et irresponsable, l'« Église », fait l'objet de toutes leurs plaintes parce qu'elle dort. Alors les plaintes sur le triste état de la religion, sur la froideur de l'Église ou du pasteur, s'épanchent lamentablement, sans qu'ils semblent se rendre compte que l'Église se compose d'individus, et que tant que chacun ne prendra pas son propre cas en main, ne se plaindra pas de lui-même, ne s'humiliera pas devant Dieu, ne se repentira pas et ne se réveillera pas, l'Église ne pourra jamais avoir la moindre efficacité, et il ne pourra jamais y avoir de réveil. Si, au lieu de vous plaindre de votre pasteur ou de l'Église, vous vous réveilliez chacun personnellement, et ne vous plaigniez ni de lui ni d'elle tant que vous ne pouvez pas dire que vous êtes purs du sang de tous les hommes et que vous faites votre devoir pour sauver les pécheurs, il serait porté à sentir la justesse de vos plaintes ; et s'il ne la sentait pas, Dieu la sentirait, et soit il le réveillerait, soit il l'écarterait.
3. Ne laissez pas votre pasteur se tuer à vouloir mener l'œuvre seul, pendant que vous refusez de l'aider. Il arrive qu'un pasteur s'aperçoive que l'arche de l'Éternel n'avancera pas s'il n'y met toutes ses forces ; il a tant désiré un réveil qu'il l'a fait, et il en est mort. Et il était prêt à mourir pour cela. Je pourrais citer quelques cas, dans cet État, où des pasteurs sont morts, sans aucun doute à cause de leurs travaux pour favoriser un réveil là où l'Église se dérobait à l'œuvre.
Je vais citer un cas. Il y a quelques années, un pasteur travaillait dans un endroit où il y avait un réveil ; il reçut la visite d'un ancien d'une Église assez éloignée, qui voulait qu'il vienne y prêcher. Il n'y avait pas de réveil là-bas, il n'y en avait jamais eu, et l'ancien se plaignait de leur état : ils avaient eu deux excellents pasteurs ; l'un s'était complètement épuisé et en était mort, l'autre s'était usé, avait perdu courage et les avait quittés ; ils étaient une Église pauvre et faible, et leurs perspectives étaient bien sombres à moins d'avoir un réveil ; aussi suppliait-il ce pasteur de venir les aider. Il semblait très affligé ; le pasteur écouta ses jérémiades et finit par lui répondre en demandant : Pourquoi n'avez-vous jamais eu de réveil ? Je ne sais pas, dit l'ancien. Notre pasteur travaillait dur, mais l'Église ne semblait pas se réveiller, et, je ne sais comment, il ne semblait pas y avoir de réveil. « Eh bien, dit le pasteur, je vois ce que vous voulez : vous avez tué un des serviteurs de Dieu, vous en avez brisé un autre au point qu'il a dû vous quitter, et maintenant vous voulez en faire venir un autre pour le tuer ; et le diable vous a envoyé ici pour me faire venir vous bercer dans votre berceau. Vous aviez un bon pasteur pour vous prêcher, mais vous avez continué de dormir, et il s'est dépensé jusqu'à mourir littéralement à la tâche. Puis le Seigneur vous en a donné un autre, et vous êtes encore restés couchés à dormir, sans vouloir vous réveiller à votre devoir. Et maintenant vous voici, désespérés, et vous voulez un autre pasteur, n'est-ce pas ? À Dieu ne plaise que vous en ayez jamais un autre tant que vous agirez comme vous l'avez fait. À Dieu ne plaise que vous ayez jamais un pasteur avant que l'Église se réveille à son devoir. » L'ancien fut touché, car c'était un homme de bien. Les larmes lui vinrent aux yeux, et il dit qu'ils n'avaient que ce qu'ils méritaient. « Et maintenant, dit le pasteur, voulez-vous être fidèle, rentrer chez vous et dire à l'Église ce que je vous dis ? Si vous le faites, et s'ils sont fidèles et se réveillent à leur devoir, ils auront un pasteur, je le leur garantis. » L'ancien dit qu'il le ferait, et il tint parole : il rentra chez lui et dit à l'Église combien il était cruel de leur part de demander à un autre pasteur de venir chez eux s'ils ne voulaient pas se réveiller. Ils le sentirent, confessèrent leurs péchés, se réveillèrent à leur devoir ; un pasteur leur fut envoyé, et un réveil précieux et puissant s'ensuivit.
Les Églises ne se rendent pas compte combien souvent leur froideur et leur mauvaise volonté peuvent être purement et simplement la cause de la mort de leurs pasteurs. L'état de leur troupeau et des pécheurs pèse sur leur esprit ; ils sont dans les douleurs de l'enfantement nuit et jour, et ils travaillent en toute occasion, favorable ou non, au-delà de ce que la constitution humaine peut supporter, jusqu'à ce qu'ils s'usent et meurent. L'Église ne connaît pas l'angoisse du cœur d'un pasteur quand il est en travail pour les âmes, qu'il s'efforce de réveiller l'Église pour qu'elle l'aide, et qu'il la voit toujours plongée dans le sommeil de la mort. Peut-être se secouera-t-elle parfois pour un effort spasmodique de quelques jours, puis tout redevient froid. Et c'est ainsi que plus d'un pasteur fidèle s'épuise et meurt ; et alors ces chrétiens de profession sans cœur sont les premiers à lui reprocher d'en avoir tant fait.
Je me souviens d'un bon pasteur qui se rendit dans un endroit où il y avait un réveil, et qui y entendit un sermon incisif adressé aux pasteurs. Il le reçut en homme de Dieu ; il ne se révolta pas contre la vérité de Dieu, mais il fit vœu devant Dieu de ne jamais prendre de repos avant d'avoir vu un réveil parmi son peuple. Il rentra chez lui et se mit à l'œuvre ; l'Église ne voulut pas se réveiller, à part quelques membres, et le Seigneur les bénit et répandit son Esprit ; mais le pasteur se coucha sur son lit et mourut, au milieu du réveil.
4. Gardez-vous de vous plaindre d'une prédication claire et incisive, même quand ses reproches tombent sur vous. Les Églises ont tendance à oublier qu'un pasteur n'est responsable que devant Dieu. Elles veulent fixer au pasteur des règles de prédication, pour que celle-ci ne s'applique pas à elles. S'il presse l'Église et met à nu les péchés qui règnent parmi ses membres, ils disent que c'est personnel et se révoltent contre la vérité. Ou bien ils disent qu'il ne devrait pas prêcher si clairement à l'Église devant le monde ; cela expose la religion, disent-ils ; il devrait les prendre à part et prêcher à l'Église seule, sans dire aux pécheurs combien les chrétiens sont mauvais. Mais il y a des cas où un pasteur ne peut faire moins que d'annoncer à la maison de Jacob ses péchés (Ésaïe 58,1). Si vous demandez : Pourquoi ne pas le faire quand nous sommes entre nous ? je réponds : Comme si les pécheurs ne savaient pas que vous faites le mal ! Je vous prêcherai entre vous, sur vos propres péchés, quand vous vous réunirez entre vous pour pécher. Mais, aussi vrai que l'Éternel est vivant, si vous péchez devant le monde, vous serez repris devant le monde. N'est-ce pas un fait que les pécheurs savent comment vous vivez, et qu'ils trébuchent sur vous pour tomber en enfer ? Alors ne blâmez pas les pasteurs quand ils jugent de leur devoir de reprendre l'Église ouvertement devant le monde. Si vous êtes trop orgueilleux pour supporter cela, ne vous attendez pas à un réveil. Ne dites pas qu'une prédication est trop claire parce qu'elle expose les fautes de l'Église. Il n'existe pas de prédication trop claire.
5. Il arrive que des chrétiens de profession s'alarment, de peur que le pasteur n'offense les impies par une prédication claire. Ils se mettent alors à le mettre en garde, à lui demander s'il ne ferait pas mieux de changer un peu pour éviter de choquer, et ainsi de suite. Cette crainte s'éveille surtout si quelques-uns des membres les plus riches et les plus influents de l'assemblée sont froissés : on craint qu'ils ne retirent leur soutien à l'Église et ne donnent plus leur argent pour aider à payer le traitement du pasteur, si bien que le fardeau retombera plus lourdement sur l'Église. Il ne peut jamais y avoir de réveil dans une telle Église. Mais l'Église devrait prier, par-dessus tout, pour que la vérité tombe sur les impies comme un feu. Et s'ils sont froissés ? Christ peut très bien se passer de leur argent. Ne blâmez pas votre pasteur, et ne lui demandez pas de changer sa manière de prêcher pour plaire aux impies et les ménager. Il ne sert à rien qu'un pasteur prêche aux impénitents s'il ne peut leur prêcher la vérité. Et cela ne leur servira à rien de payer pour l'entretien de l'Évangile, s'il n'est pas prêché de manière à les sonder et à les sauver.
Il arrive que des membres d'Église parlent entre eux de l'imprudence du pasteur, forment un parti et tombent dans un très mauvais esprit, parce que les méchants sont mécontents. Il y avait un endroit où avait lieu un réveil puissant, et une grande opposition. L'Église s'alarma : elle craignait que, si le pasteur ne se montrait pas moins clair et moins incisif, quelques impénitents n'aillent se joindre à une autre assemblée. Et l'un des principaux membres de l'Église fut chargé d'aller trouver le pasteur et de lui demander de ne pas prêcher aussi durement, car s'il continuait, telles et telles personnes quitteraient l'assemblée. Le pasteur demanda : La prédication n'est-elle pas vraie ? « Si. » Dieu ne la bénit-il pas ? « Si. » Avez-vous jamais vu auparavant pareille œuvre en ce lieu ? « Non, jamais. » « Arrière de moi, Satan ! (Matthieu 16,23) Le diable vous a envoyé ici pour cette commission ; vous voyez que Dieu bénit la prédication, que l'œuvre avance, que des pécheurs se convertissent chaque jour, et maintenant vous venez me demander de baisser le ton de la prédication, pour mettre à l'aise l'esprit des impies. » L'homme sentit le reproche et le reçut en chrétien ; il vit son erreur et s'inclina, et on ne l'entendit plus jamais critiquer la clarté de la prédication.
Dans une autre ville où il y avait un réveil, une femme qui avait une certaine influence (et qui n'était pas pieuse) se plaignait beaucoup de ce qu'elle appelait une prédication claire, incisive et personnelle. Mais au bout de quelque temps elle fut elle-même touchée par l'œuvre. Après cela, quelques-uns de ses amis impénitents lui rappelèrent ce qu'elle disait autrefois contre le prédicateur, qui « la servait si brûlante ». Elle répondit que ses vues avaient changé, et que peu lui importait que la vérité fût prêchée brûlante : elle pouvait l'être chauffée au rouge.
6. Ne prenez en aucune manière le parti des méchants. Si peu que vous le fassiez, vous fortifierez leurs mains. Si les méchants accusent le pasteur d'être imprudent ou de faire des personnalités, et que les membres de l'Église, sans admettre que le pasteur le fasse, admettent seulement que la prédication personnelle est une faute, et parlent de l'inconvenance de la prédication personnelle, les méchants se sentiront fortifiés par de telles remarques. Ne vous associez à eux d'aucune façon, car ils sentiront qu'ils vous ont de leur côté contre leur pasteur. Vous adoptez leurs principes, vous employez leur langage, et l'on comprend que vous êtes d'accord avec eux. Qu'est-ce que la prédication personnelle ? Personne ne tire jamais profit d'une prédication s'il n'est amené à sentir qu'elle le vise. Or une telle prédication est toujours personnelle. Elle paraît souvent si personnelle aux méchants qu'ils ont l'impression qu'on va les appeler par leur nom devant l'assemblée. Un pasteur prêchait un jour à une assemblée et, en décrivant certains caractères, il dit : « Si j'étais omniscient, je pourrais appeler par leur nom les personnes mêmes qui répondent à ce portrait. » Un homme s'écria : « Nommez-moi ! », et il avait l'air de vouloir rentrer sous terre. Il dit ensuite qu'il n'avait pas eu la moindre intention de parler, mais le pasteur l'avait décrit si parfaitement qu'il avait vraiment cru qu'il allait l'appeler par son nom. Le pasteur ne savait même pas qu'un tel homme existait. Il est courant que des hommes pensent que c'est leur propre conduite qui est décrite, et ils se plaignent : « Qui lui a parlé de moi ? Quelqu'un lui a parlé de moi et l'a poussé à prêcher contre moi. » Je pense avoir entendu parler de cinq cents ou mille cas tout à fait semblables. Or, si les membres de l'Église vont jusqu'à admettre qu'un pasteur a tort de viser quelqu'un dans sa prédication, comment pourra-t-il faire du bien ? Si vous ne voulez pas que votre pasteur vise quelqu'un, ou prêche à quelqu'un, vous feriez mieux de le congédier. À qui doit-il prêcher, sinon aux personnes, aux individus qui sont devant lui ? Et comment peut-il leur prêcher s'il ne les vise pas ?
7. Si vous voulez soutenir votre pasteur pour favoriser un réveil, ne contredites pas sa prédication par votre vie. S'il prêche que les pécheurs vont en enfer, ne lui donnez pas un démenti, ne dissipez pas tout cela d'un sourire, par votre légèreté et votre insouciance. J'ai entendu des pécheurs parler de l'effet que produisait sur leur esprit la légèreté des chrétiens après un discours grave et pénétrant. Ils se sentent graves et touchés, ils commencent à s'alarmer de leur état, et ils voient ces chrétiens de profession, au lieu de pleurer sur eux, tout légers et à l'aise, comme pour dire : « N'ayez pas peur, pécheurs, ce n'est pas si grave, après tout ; restez calmes et tout ira bien ; croyez-vous que nous ririons et plaisanterions si vous alliez en enfer à cette allure ? Nous ne ririons pas si seulement votre maison était en feu, encore moins si nous vous voyions brûler dedans. » À quoi sert-il qu'un pasteur prêche aux pécheurs quand les choses en sont là ?
8. Ne prenez pas inutilement le temps de votre pasteur. Les pasteurs perdent souvent beaucoup de temps parce que des gens viennent les voir pour causer, alors qu'ils n'ont rien d'important à dire et aucune affaire particulière. Le pasteur est naturellement heureux de voir ses amis, et souvent trop disposé à passer du temps en conversation avec les membres de son troupeau, qu'il aime et estime. Les chrétiens de profession devraient se souvenir que le temps d'un pasteur vaut plus que l'or, car il peut être employé à ce que l'or ne pourra jamais acheter. Si l'on détourne le pasteur de la prière à genoux, de sa Bible ou de son cabinet de travail pour se donner le plaisir de sa conversation, on lui fait un grand tort. Quand vous avez une bonne raison de le faire, ne soyez jamais réticents à aller le voir, et même à prendre tout le temps nécessaire. Mais si vous n'avez rien de particulier et d'important à dire, restez chez vous. J'ai connu dans une de nos villes un homme qui n'avait pas d'occupation, et qui prenait des mois entiers du temps du pasteur. Il venait dans son cabinet de travail, s'asseyait trois heures d'affilée et parlait, parce qu'il n'avait rien d'autre à faire, jusqu'à ce qu'enfin le pasteur dût le reprendre franchement et lui dire combien il commettait de péché.
9. Gardez-vous bien d'approuver quoi que ce soit qui soit de nature à détourner l'attention du public de la religion. Souvent, quand arrive la saison de travailler, quand les soirées sont longues, que les affaires sont calmes et que c'est le moment même de faire un effort particulier, à ce moment-là quelqu'un dans l'Église donne une soirée et invite quelques amis chrétiens, pour en faire une soirée religieuse. Puis une autre famille doit en faire autant, pour rendre la politesse. Puis une autre, et une autre encore, jusqu'à ce que cela devienne un système organisé de soirées qui dévore tout l'hiver. Abominable ! C'est la grande ruse du diable, parce que cela paraît si innocent, et si propre à entretenir de bons sentiments et à faire mieux se connaître les chrétiens entre eux. Et ainsi, au lieu de réunions de prière, ils ont ces soirées.
Les maux qu'entraînent ces soirées sont très grands. On les organise souvent à grands frais, et on s'y livre à la gloutonnerie la plus abominable. On dit que la dépense va de cent à deux mille dollars. On m'a raconté que, dans certains cas, des chrétiens de profession ont donné de grandes soirées, offert de grands festins, et excusé leur prodigalité impie dans l'usage de l'argent de Jésus-Christ en donnant aux pauvres ce qui restait une fois le festin terminé ! Ils se font ainsi une vertu de festoyer et de faire bombance, jusqu'à s'en gorger, des bienfaits de la providence de Dieu, sous prétexte d'aider les pauvres. C'est, dans le principe, la même chose qu'un bal somptueux donné il y a quelques années dans une ville voisine. Le bal était organisé au profit des pauvres : chaque monsieur devait payer une certaine somme, et une fois le bal fini, ce qui restait des fonds ainsi réunis devait être donné aux pauvres. Étrange charité, en vérité, que de manger, boire et danser, puis, quand on a fait bombance et festoyé au point de ne plus pouvoir en jouir, de distribuer aux pauvres les miettes tombées de la table ! Je ne vois pas pourquoi un tel bal ne serait pas tout aussi pieux que ces soirées chrétiennes. Le mal des bals ne tient pas simplement à l'exercice de la danse, mais à la dissipation, aux excès et aux tentations qui les accompagnent.
Mais, dit-on, ce sont des soirées chrétiennes, et ce sont tous, ou presque tous, des chrétiens de profession qui y assistent. Et de plus, elles se terminent souvent par la prière. Or je considère que c'est là l'un de leurs pires traits : qu'après le gaspillage de temps et d'argent, les excès de table, la conversation vaine et les sottises sans nom dont un tel moment est rempli, on tente de sanctifier tout cela et de le faire passer auprès de Dieu en le terminant par la prière. Dites ce que vous voudrez, il ne serait pas plus absurde, ni plus incongru, ni plus impie, de clore par la prière un bal, une représentation de théâtre ou une partie de cartes.
En est-on venu là ? Que des chrétiens de profession, qui font profession de désirer le salut du monde, alors que des appels leur parviennent des quatre vents du ciel pour envoyer l'Évangile, fournir des Bibles, des traités et des missionnaires, afin de sauver le monde de la mort, dépensent des centaines de dollars en une soirée, puis aillent à la réunion de prière mensuelle pour les missions prier pour les païens !
Dans certains cas, m'a-t-on dit, ils trouvent de quoi apaiser leur conscience dans le fait que leur pasteur assiste à leurs soirées. Cela, naturellement, donne du poids à un tel exemple ; et si un chrétien de profession donne une soirée et y invite son pasteur, les autres doivent en faire autant. L'étape suivante sera peut-être que chacun donne un bal et nomme son pasteur maître de cérémonie ! Pourquoi pas ? Et peut-être, au bout de quelque temps, leur fera-t-il la faveur de jouer du violon. À mon avis, il pourrait tout aussi bien le faire que d'aller clore une telle soirée par la prière.
J'ai appris avec peine qu'un cercle de soirées, je ne sais dans quelle mesure, s'est tenu à Rochester, cette ville si hautement favorisée du Seigneur. Je ne sais sous quelle influence elles ont été organisées, ni quelles personnes en particulier les ont patronnées et y ont assisté. Mais je conseillerais à toute assemblée qui envisage d'avoir un cercle de soirées de congédier en attendant son pasteur, et de le laisser aller prêcher là où les gens seraient prêts à recevoir la parole et à en profiter, plutôt que de le garder là, affligé, peiné et tué à force de tenter de favoriser la religion parmi eux, pendant qu'ils sont engagés corps et âme au service du diable.
Les chrétiens de profession ne devraient jamais organiser quoi que ce soit qui puisse détourner de la religion l'attention du public sans avoir d'abord consulté leur pasteur et en avoir fait l'objet d'une prière particulière. Et s'ils découvrent que cela aura cet effet, ils ne devraient jamais le faire. Il se présente souvent au public des choses qui ont cette tendance : une série de conférences, un spectacle, ou autre chose du même genre. Les chrétiens de profession devraient être sages, savoir ce qu'ils font, et ne donner leur caution à rien de tel avant d'avoir vu quelle influence cela aura, et si cela entravera un réveil. Si c'est le cas, qu'ils n'y aient aucune part. Toute chose de ce genre devrait être estimée d'après son effet sur le royaume de Christ.
Quant aux soirées, dites tant que vous voudrez qu'elles sont une récréation innocente : j'en appelle à ceux d'entre vous qui y ont jamais assisté, pour qu'ils disent si elles vous préparent à la prière, si elles augmentent votre spiritualité, si des pécheurs s'y convertissent jamais, ou si des chrétiens y sont amenés à lutter dans l'angoisse de la prière pour les âmes.
II. Je dois mentionner plusieurs choses que les Églises doivent FAIRE, si elles veulent favoriser un réveil et aider leur pasteur.
1. Elles doivent pourvoir à ses besoins matériels. Un pasteur qui se donne entièrement à l'œuvre ne peut s'occuper d'affaires temporelles, et dépend donc entièrement de son troupeau pour la satisfaction de ses besoins matériels, y compris l'entretien de sa famille. Je n'ai pas besoin d'argumenter sur ce point, car vous le comprenez tous parfaitement. C'est le commandement de Dieu : le Seigneur « a ordonné à ceux qui annoncent l'Évangile de vivre de l'Évangile » (1 Corinthiens 9,14). Mais regardez maintenant autour de vous, et voyez ce que font beaucoup d'Églises en cette matière. Par exemple, quand elles veulent un pasteur, elles regardent de tous côtés pour voir à quel prix le plus bas elles peuvent en avoir un. Elles calculent au centime près ce que lui coûtera son sel, ce que lui coûtera sa farine, et fixent ensuite son traitement si bas qu'il est réduit aux pires difficultés pour s'en tirer et entretenir sa famille. Un pasteur doit avoir l'esprit en paix pour étudier et travailler avec fruit ; il ne peut pas marchander les prix, discuter, et guetter les meilleures occasions d'acheter avantageusement ce dont il a besoin. S'il est obligé de le faire, son esprit est embarrassé. Si ses besoins matériels ne sont pas assurés de telle sorte que ses pensées puissent s'en détacher, comment peut-il faire son devoir ?
2. Soyez honnêtes avec votre pasteur.
Ne mesurez pas et ne calculez pas avec combien de sel et combien de boisseaux de grain il peut tout juste s'en tirer. Souvenez-vous que c'est à Christ que vous avez affaire. Et il vous demande de placer ses serviteurs dans une situation telle qu'avec une prudence ordinaire, tout embarras matériel soit hors de question.
3. Soyez exacts avec lui.
Il arrive que des Églises, au moment d'installer un pasteur, mettent beaucoup d'amour-propre à offrir un traitement ; elles organisent une souscription et arrivent à un montant qu'elles ne paient jamais, et qu'elles n'ont très probablement jamais eu l'intention de payer. Et ainsi, au bout d'un, deux, trois ou quatre ans, la société de l'Église se trouve devoir trois ou quatre cents dollars d'arriérés à son pasteur, et l'on s'attend à ce qu'il en fasse cadeau. Et pendant tout ce temps on se demande pourquoi il n'y a pas de réveil ! C'est peut-être justement la raison : l'Église a MENTI ; elle a solennellement promis de payer tant, et ne l'a pas fait. Dieu ne peut, sans se contredire, répandre son Esprit sur une telle Église.
4. Payez-lui son traitement sans qu'il ait à le demander.
Rien n'est souvent aussi embarrassant pour un pasteur que d'être obligé de réclamer à son troupeau son traitement. Souvent il se fait des ennemis et froisse des gens parce qu'il est obligé de réclamer, de réclamer encore et encore son argent, sans l'obtenir pour autant comme on le lui avait promis. Ils l'auraient payé si leur crédit avait été en jeu ; mais quand il n'y va que de la conscience et de la bénédiction de Dieu, ils laissent traîner. Si l'un d'eux avait un billet à échéance à la banque, vous le verriez attentif et ponctuel, sur place avant trois heures. C'est que le billet serait protesté, et qu'ils perdraient leur réputation. Mais ils savent que le pasteur ne les poursuivra pas en justice pour son traitement ; ils sont négligents, laissent courir, et c'est lui qui doit en subir les inconvénients. Ce n'est pas aussi fréquent en ville qu'à la campagne. Mais à la campagne, j'ai connu des cas déchirants de détresse et de misère, dus à la négligence et à la cruauté d'assemblées qui retenaient ce qui était dû. Des Églises vivent dans le mensonge et la tromperie habituels, puis s'étonnent de n'avoir pas de réveil. Comment peuvent-elles s'en étonner ?
5. Priez pour votre pasteur.
Je veux dire quelque chose par là. Et que pensez-vous que je veuille dire ? Même les apôtres pressaient les Églises de prier pour eux. C'est plus important que vous ne l'imaginez. Les pasteurs ne demandent pas qu'on prie pour eux simplement en tant qu'hommes, ni pour être remplis d'une abondance des influences de l'Esprit dans le seul but de favoriser leur jouissance personnelle. Mais ils savent que si l'Église ne désire pas ardemment une bénédiction sur les travaux d'un pasteur, c'est tenter Dieu que de l'attendre. Combien de fois un pasteur monte-t-il en chaire avec le sentiment que son cœur va se briser du désir de la bénédiction de Dieu, tout en sentant qu'il n'y a pas lieu de l'attendre, car rien ne permet de croire que l'Église la désire ! Peut-être a-t-il passé deux heures à genoux en supplication, et pourtant, parce que l'Église ne désire pas de bénédiction, il a le sentiment que ses paroles vont lui rebondir au visage.
J'ai vu des chrétiens qui étaient dans l'angoisse au moment où le pasteur montait en chaire, de peur que son esprit ne soit dans un nuage, ou son cœur froid, ou qu'il n'ait pas d'onction, et qu'ainsi la bénédiction ne vienne pas. J'ai travaillé avec un homme de ce genre. Il priait jusqu'à ce qu'il ait acquis dans son esprit l'assurance que Dieu serait avec moi dans ma prédication, et il lui arrivait de prier jusqu'à s'en rendre malade. Je l'ai vu parfois dans les ténèbres pendant un temps, alors que les gens se rassemblaient ; son esprit était plein d'anxiété, et il s'en allait prier encore et encore, jusqu'à ce qu'enfin il entre dans la salle le visage paisible et dise : « Le Seigneur est venu, et il sera avec nous. » Et je ne crois pas l'avoir jamais trouvé dans l'erreur.
J'ai vu une Église porter son pasteur sur ses bras dans la prière, jour après jour, et veiller avec une anxiété inexprimable pour voir s'il avait le Saint-Esprit avec lui dans ses travaux ! Quand elle sent et prie ainsi, oh ! quels sentiments, quels regards se manifestent dans l'assemblée ! Ces chrétiens ont éprouvé une anxiété inexprimable de voir la parole venir avec puissance et produire son effet ; et quand ils voient leur prière exaucée, quand ils entendent un mot ou une phrase sortir BRÛLANT du cœur et produire son effet parmi le peuple, on voit toute leur âme regarder par leurs yeux. Combien la situation est différente là où l'Église a le sentiment que le pasteur prie, et qu'ainsi il n'est pas besoin qu'elle prie ! Elle se trompe. L'Église doit désirer la bénédiction et prier pour l'obtenir. Dieu dit qu'il veut être sollicité par la maison d'Israël (Ézéchiel 36,37). Je voudrais que vous sentiez que rien ne peut remplacer cela.
J'ai vu des cas, dans des réveils, où l'Église était tenue à l'arrière-plan pour la prière, et où l'on faisait prier dans toutes les réunions des personnes venues d'ailleurs. C'est toujours fâcheux, même s'il devait y avoir un réveil, car le réveil sera forcément moins puissant et moins salutaire dans ses effets sur l'Église. Je ne sais si je n'ai pas quelquefois froissé des chrétiens et des pasteurs venus d'ailleurs en continuant à faire prier des membres de l'Église du lieu, et non ceux qui venaient d'ailleurs. Ce n'était pas par manque d'égards envers eux, mais parce que le but était d'amener l'Église principalement concernée à désirer une bénédiction, à prier et à lutter dans l'angoisse pour l'obtenir.
Dans un certain endroit, on avait tenu une série de réunions sans bon résultat, et qui avait produit de grands maux. Je fus conduit à en rechercher la raison. Et il en ressortit que, dans toutes leurs réunions, on n'avait pas fait prier un seul membre de leur propre Église : toutes les prières avaient été faites par des personnes venues d'ailleurs. Rien d'étonnant qu'aucun bien n'ait été fait. L'Église n'était pas intéressée. Celui qui dirigeait les réunions avait de bonnes intentions, mais il entreprit de favoriser un réveil sans engager dans l'œuvre l'Église du lieu. Il laissa une Église paresseuse rester tranquille et ne rien faire, et ainsi il ne pouvait en sortir aucun bien.
Les Églises devraient prier pour leurs pasteurs en tant qu'instruments chargés de briser les pécheurs par la parole de vérité. La prière pour le pasteur se fait souvent de manière convenue et formelle, et reste confinée aux réunions de prière. On dira ses prières à l'ancienne manière, comme on l'a toujours fait : « Seigneur, bénis ton serviteur qui exerce le ministère, que tu as placé sur cette partie des murs de Sion », et ainsi de suite ; et cela ne mène à rien, parce qu'il n'y a pas de cœur. Et la preuve en est souvent qu'ils n'ont jamais pensé à prier pour lui en secret, qu'ils n'ont jamais lutté dans l'angoisse dans leur chambre pour obtenir une bénédiction sur ses travaux. Ils ne l'omettront peut-être pas entièrement dans leurs réunions. S'ils le faisaient, il serait évident qu'ils se soucient vraiment très peu des travaux de leur pasteur. Mais ce n'est pas là le lieu le plus important. Le moyen de présenter pour votre pasteur une prière efficace, c'est de porter ce sujet dans votre chambre, et, quand vous êtes dans le secret, de lutter avec Dieu pour que le succès accompagne ses travaux.
J'ai connu le cas d'un pasteur en mauvaise santé qui devint déprimé, s'abattit dans son esprit et fut plongé dans de grandes ténèbres, au point de ne plus se sentir capable de prêcher. Un membre de l'Église fut réveillé : il se mit à sentir la situation du pasteur, et à prier pour qu'il ait le Saint-Esprit avec lui dans sa prédication. Un dimanche matin, ce membre fut très travaillé en son esprit ; il se mit à prier dès qu'il fit jour, et pria encore et encore pour une bénédiction ce jour-là. Et le Seigneur, d'une manière ou d'une autre, conduisit le pasteur à portée de voix de sa prière. Cet homme disait au Seigneur exactement ce qu'il pensait de la situation du pasteur et de son état d'esprit, et plaidait pour obtenir une bénédiction, comme quelqu'un qui ne veut pas essuyer de refus. Le pasteur monta en chaire et prêcha ; la lumière fit irruption en lui, la parole fut accompagnée de puissance, et un réveil commença ce jour-là même.
6. L'Église devrait pourvoir à l'entretien du pasteur, et lui garantir sa subsistance, indépendamment des impies. Sinon il risque d'être obligé soit de laisser sa famille mourir de faim, soit de taire une partie de la vérité pour ne pas offenser les pécheurs. Je fis un jour des remontrances à un pasteur dont je m'étais aperçu qu'il avait peur de dire franchement toute la vérité. Je lui dis que j'étais surpris qu'il n'insiste pas sur certains points. Il me répondit qu'il était dans une situation telle qu'il devait plaire à certains hommes, qui seraient touchés sur ces points-là. C'étaient les impies qui l'entretenaient principalement, et cela le rendait dépendant et porté aux compromis. Et pourtant, peut-être que cette Église même, qui laissait son pasteur dépendre des impies pour son pain, se retournera pour l'accabler de reproches sur son manque de foi et sa crainte des hommes. L'Église devrait toujours dire à son pasteur : « Nous vous entretiendrons ; mettez-vous à l'œuvre ; faites pleuvoir la vérité sur le peuple, et nous vous soutiendrons. »
7. Veillez à ce que tout soit disposé de façon que les gens puissent être assis confortablement pendant la réunion. Si les gens ne sont pas bien assis, il est difficile d'obtenir ou de garder leur attention. Et s'ils ne sont pas attentifs, ils ne peuvent pas être convertis. Ils sont venus écouter pour sauver leur vie, et ils devraient être placés de telle sorte qu'ils puissent écouter de toute leur âme, sans rien dans la position de leur corps qui réclame leur attention. Les Églises ne se rendent pas compte combien il importe que le lieu de réunion soit rendu confortable. Je ne veux pas dire fastueux. Tout votre éclat et toute votre splendeur de riches lustres, de riches tapis et de chaires magnifiques sont l'extrême opposé, détournent l'attention tout aussi gravement, et ruinent tout le but pour lequel un pécheur devrait venir à la réunion. Ne vous attendez pas à un réveil là.
8. Veillez à ce que la maison de Dieu soit tenue propre. La maison de Dieu devrait être tenue aussi propre que vous voudriez que votre propre maison le soit. Les églises sont souvent tenues avec une négligence extrême. J'en ai vu où les gens consommaient tant de tabac, et se souciaient si peu de la propreté, qu'il était impossible d'y prêcher à l'aise. Une fois, au cours d'une série de réunions, on reprocha la chose à l'Église, et ses membres durent reconnaître qu'ils dépensaient plus d'argent pour le tabac que pour la cause des missions. On ne pouvait s'agenouiller dans les bancs ; les dames ne pouvaient s'asseoir sans surveiller sans cesse leurs vêtements, et elles devaient faire attention où elles mettaient les pieds, tant la maison était sale et tant il y avait de jus de tabac répandu partout sur le plancher. Si les gens ne peuvent aller dans un lieu où ils puissent écouter sans être incommodés par des spectacles et des odeurs repoussants, et où ils puissent s'agenouiller pour prier, à quoi bon une série de réunions ? Ces choses ont une importance dont on ne se rend pas compte. Voyez cet homme ! Que fait-il ? Je lui prêche la vie éternelle, et il pense au banc sale. Et cette femme demande un tabouret pour garder ses pieds hors du jus de tabac. Quelle honte !
9. Il importe que la maison soit juste assez chauffée, et pas trop. Supposez qu'un pasteur entre dans une salle et la trouve froide ; il voit, dès son entrée, qu'il aurait aussi bien pu rester chez lui ; les gens grelottent, ils ont les pieds gelés, ils ont peur de prendre froid, ils sont mal à l'aise ; et il voudrait être chez lui, car il sait qu'il ne peut rien faire, mais il doit prêcher, sinon les gens seront déçus.
Ou bien il trouvera la maison trop chauffée, et les gens, au lieu d'écouter la vérité, s'éventent et cherchent leur souffle ; au bout d'un moment une femme s'évanouit, cela fait du remue-ménage, le fil des pensées et des sentiments est entièrement perdu, et ainsi tout un sermon est gaspillé sans aucun profit. Ces petites choses détournent l'attention des gens des paroles de la vie éternelle. Et il arrive très souvent que, si vous laissez tomber un seul maillon de la chaîne du raisonnement, vous perdiez le tout, et que les gens soient damnés, simplement parce que l'Église insouciante ne veille pas à régler convenablement ces petites choses.
10. La maison devrait être bien aérée. De toutes les maisons, une église devrait être la plus parfaitement aérée. Si l'air n'est pas renouvelé, il passe par tant de poumons qu'il devient vicié, que sa vitalité s'épuise ; les gens halètent sans savoir pourquoi, ressentent un désir presque irrésistible de dormir, et le pasteur prêche en vain. Le sermon est perdu, et pis que perdu. Je me suis souvent étonné que l'on pense si peu à cette question. Les anciens et les administrateurs resteront assis à écouter tout un sermon pendant que les gens sont sur le point de mourir faute d'air, et que le pasteur gaspille ses forces à prêcher dans une salle qui ressemble tout à fait à la cloche d'une machine pneumatique où l'on a fait le vide ; et ils restent là sans jamais penser à rien faire pour y remédier. Ils devraient prendre sur eux de veiller à ce que tout cela soit bien réglé, que la maison soit juste assez chauffée et l'air maintenu pur. Comme il importe que l'Église soit attentive à cette question, afin que le pasteur puisse travailler dans les meilleures conditions et que les gens accordent toute leur attention à la vérité qui doit sauver leur âme !
Il est très courant, quand les choses vont mal, de tout mettre sur le dos du bedeau. Ce n'est pas juste. Souvent le bedeau n'y est pour rien. Si la maison est froide et inconfortable, c'est très souvent parce que le combustible n'est pas bon, que les poêles ne conviennent pas, ou que la maison est si mal close qu'on ne peut la chauffer. Si elle est trop chaude, peut-être quelqu'un s'en est-il mêlé pendant son absence et a-t-il entassé du combustible sans discernement. Ou, si c'est le bedeau qui est en faute, c'est peut-être parce que l'Église ne le paie pas assez pour ses services, et qu'il ne peut se permettre de donner l'attention nécessaire pour tenir l'église en ordre. Les Églises réduisent parfois le salaire du bedeau au plus bas, de sorte qu'il est obligé de bâcler son travail. Ou bien elles en choisissent un qui est incapable, pour l'avoir à bon marché, et alors la chose n'est pas faite. La faute en est à l'Église. Qu'elle donne une rémunération convenable pour ce travail, et il pourra être fait, et fait fidèlement. Si un bedeau ne veut pas bien faire, un autre le fera ; et l'Église est tenue de veiller à ce que ce soit bien fait, ou alors qu'elle congédie son pasteur, au lieu de le garder tout en laissant les autres choses dans un tel désordre qu'il perd tout son travail. Quelle économie ! Payer le traitement du pasteur, et puis, faute de cinquante dollars ajoutés aux gages du bedeau, tout est si mal en ordre que les travaux du pasteur sont entièrement perdus, que des âmes sont perdues, et que vos enfants et vos voisins descendent en enfer !
Il arrive que cette malpropreté, cette négligence et ce désordre soient imputables au pasteur. Peut-être consomme-t-il du tabac, et donne-t-il l'exemple de souiller la maison de Dieu. Peut-être la chaire sera-t-elle l'endroit le plus sale de la maison. Je suis parfois entré dans des chaires trop répugnantes pour être occupées par des êtres humains. Si un pasteur n'a pas plus de piété et de décence que cela, rien d'étonnant que les choses aillent à la dérive dans l'assemblée. Et généralement, c'est bien le cas.
11. Les gens devraient laisser chez eux leurs chiens et les très jeunes enfants. J'ai souvent vu des chiens se battre et des enfants pleurer précisément au moment du culte où cela pouvait le plus sûrement détruire l'effet de la réunion.
Si des enfants sont présents et pleurent, il faut les emmener immédiatement. J'ai vu parfois une mère ou une nourrice rester assise à faire sauter son enfant sur ses genoux pendant que ses cris détournaient l'attention de toute l'assemblée. C'est cruel. Quant aux chiens, il vaudrait infiniment mieux qu'ils soient morts que de détourner l'attention de la parole de Dieu. Voyez ce diacre ; peut-être son chien a-t-il, de cette manière, détruit plus d'âmes que le diacre ne contribuera jamais à en sauver.
12. Les membres de l'Église devraient aider le pasteur en visitant de maison en maison et en cherchant à sauver des âmes. Ne laissez pas tout cela au pasteur. Il lui est impossible de le faire, même s'il y consacre tout son temps et néglige son cabinet de travail et sa chambre de prière. Les membres de l'Église devraient se donner de la peine et se rendre aptes à ce devoir, afin de pouvoir y être utiles.
13. Ils devraient tenir des classes bibliques. Il faudrait choisir des personnes qualifiées pour tenir des classes bibliques destinées à l'instruction des jeunes gens, où ceux qui sont réveillés ou touchés par la prédication puissent être accueillis et se convertir. Dès qu'on voit quelqu'un touché, qu'on l'invite à se joindre à la classe biblique, où il sera traité comme il convient, et où il se convertira probablement. L'Église devrait choisir les meilleurs hommes pour ce service, et tous devraient être aux aguets pour remplir les classes bibliques. On l'a fait dans cette assemblée, et il est très courant que, quand des personnes sont impressionnées, quelqu'un le remarque et les invite à se joindre à la classe biblique ; elles le font, et c'est là qu'elles se convertissent. Je ne veux pas dire que nous faisons tout ce que nous devrions faire dans ce sens, ni tout ce que nous pourrions faire. Il nous faut davantage de moniteurs capables et désireux de prendre en charge de telles classes.
14. Les Églises devraient soutenir les écoles du dimanche, et aider ainsi leurs pasteurs à sauver des âmes. Comment un pasteur pourrait-il s'occuper de cela et prêcher ? Si l'Église ne le décharge pas de ces responsabilités, de ces soucis et de ces travaux, il doit soit les négliger, soit être écrasé. Que l'Église soit BIEN ÉVEILLÉE, qu'elle veille et amène des enfants à l'école, qu'elle les enseigne fidèlement, et qu'elle se dépense pour favoriser un réveil dans l'école.
15. Ils devraient veiller sur les membres de l'Église. Ils devraient se visiter les uns les autres pour se stimuler mutuellement, connaître l'état spirituel les uns des autres, et s'exciter à la charité et aux bonnes œuvres (Hébreux 10,24). Le pasteur ne peut pas le faire, il n'en a pas le temps ; il lui est impossible d'étudier et de préparer des sermons tout en visitant chaque membre de l'Église aussi souvent qu'il le faudrait pour les faire progresser. L'Église est tenue de le faire. Ses membres se sont engagés par serment à veiller sur le bien spirituel les uns des autres. Mais comment cela se fait-il ? Beaucoup ne se connaissent pas. Ils se rencontrent et se croisent comme des étrangers, et ne s'informent jamais de leur état spirituel. Mais s'ils entendent dire quelque chose de mal sur l'un d'eux, ils vont le raconter aux autres. Au lieu de veiller les uns sur les autres pour leur bien, ils observent s'ils chancellent. Comment peuvent-ils veiller pour le bien alors qu'ils ne se connaissent même pas ?
16. L'Église devrait guetter l'effet de la prédication. Si elle prie pour le succès de la parole prêchée, elle le guettera naturellement. Ses membres devraient être aux aguets, et, quand quelqu'un dans l'assemblée montre que la parole de Dieu l'a saisi, ils devraient poursuivre l'œuvre commencée. Partout où se manifeste quelque émotion, il faut s'occuper de ces personnes sur-le-champ, et ne pas les laisser jusqu'à ce que leurs impressions s'effacent. Il faut leur parler, ou les faire visiter, ou les amener à la réunion pour les âmes inquiètes, ou à la classe biblique, ou les conduire au pasteur. Si les membres de l'Église ne s'occupent pas de cela, ils négligent leur devoir. S'ils s'en occupent, ils peuvent faire un bien incalculable.
Il y avait une jeune femme pieuse qui vivait dans un endroit très froid et très corrompu. Elle seule avait l'esprit de prière, et elle avait prié pour que la parole soit bénie. Elle finit par voir dans l'assemblée une personne qui semblait touchée par la prédication ; et dès que le pasteur descendit de chaire, elle s'avança, agitée et tremblante, et le supplia d'aller s'entretenir immédiatement avec cette personne. Il le fit, la personne fut bientôt convertie, et un réveil s'ensuivit. Or, un de vos chrétiens de profession engourdis n'aurait pas vu que cette personne était réveillée ; il aurait trébuché sur une demi-douzaine de ces gens-là sans s'en apercevoir, et les aurait laissés aller en enfer. Les chrétiens de profession devraient suivre chaque sermon, et voir comment il touche l'assemblée. Je ne veux pas dire qu'ils doivent tendre le cou et regarder partout dans la salle ; mais ils devraient observer autant qu'ils le peuvent, et s'ils trouvent quelqu'un touché par la prédication, se mettre sur son chemin et le conduire au Sauveur.
17. Prenez garde de ne pas donner toute la prédication aux autres. Si vous ne prenez pas votre part, vous mourrez de faim et deviendrez comme des squelettes spirituels. Les chrétiens devraient prendre leur part pour eux-mêmes. Si la parole les sonde de très près, ils devraient s'en faire l'application honnête, la placer contre leur cœur, la mettre en pratique et en vivre. Sinon la prédication ne leur fera aucun bien.
18. Soyez prêts à aider votre pasteur à exécuter ses plans pour faire le bien. Quand le pasteur a la sagesse de concevoir des plans utiles et que l'Église est prête à les exécuter, ils peuvent tout emporter devant eux. Mais quand l'Église se dérobe à toute entreprise jusqu'à ce qu'on l'y traîne de force, quand elle s'oppose à toute proposition parce qu'il en coûtera quelque chose, elle est un poids mort pour le pasteur. Faut-il des poêles ? Oh non, cela coûtera quelque chose. Demande-t-on des lampes pour ne pas prêcher dans le noir ? Oh non, cela coûtera quelque chose. Et alors on fixera des chandelles aux poteaux, ou bien on se passera tout à fait de réunions du soir. Si l'on fixe des chandelles, il arrive bientôt qu'elles n'éclairent plus, ou bien que quelqu'un doive faire le tour pour les moucher. Et ainsi toute l'assemblée est dérangée par le moucheur de chandelles, son attention est détournée, et le sermon est perdu.
J'assistais un jour à une série de réunions où nous étions gênés parce que la salle n'avait pas de lampes. J'insistai auprès des gens pour qu'ils en achètent, mais ils trouvaient que cela coûterait trop cher. Je proposai alors de les acheter moi-même, et j'allais le faire, mais je m'aperçus que cela froisserait, et nous continuâmes sans. Mais la bénédiction ne vint pas, ou guère. Comment l'aurait-elle pu ? L'Église commença par calculer au centime près combien cela coûterait, et elle ne voulut pas aller au-delà pour sauver des âmes de l'enfer.
De même, quand un pasteur fixe une réunion, ces gens-là ne peuvent l'avoir, parce que cela coûtera quelque chose. S'ils peuvent offrir au Seigneur ce qui ne coûte rien, ils le feront. Pitoyables auxiliaires ! Une telle Église ne peut avoir de réveil. Un pasteur ferait aussi bien d'avoir une meule de moulin au cou qu'une telle Église. Il ferait mieux de les quitter, s'il ne peut leur apprendre à mieux faire, et d'aller là où il ne sera pas aussi entravé.
19. Les membres de l'Église devraient se faire un point d'honneur d'assister aux réunions de prière, et d'y arriver à l'heure. Certains membres d'Église assisteront toujours à la prédication, parce que là ils n'ont rien d'autre à faire que de rester assis, d'écouter et d'être divertis ; mais ils n'assistent pas aux réunions de prière, de peur qu'on ne leur demande de faire quelque chose. De tels membres lient les mains du pasteur et découragent son cœur. Pourquoi emploient-ils un pasteur ? Est-ce pour qu'il les amuse par sa prédication ? ou pour qu'il leur enseigne la volonté de Dieu afin qu'ils la fassent ?
20. Les membres de l'Église devraient étudier et chercher ce qu'ils peuvent faire, et ensuite le faire. Les chrétiens devraient être entraînés comme une troupe de soldats. C'est le devoir et la fonction d'un pasteur de les former pour qu'ils soient utiles, de les instruire, de les diriger et de les conduire de manière à produire la plus grande somme d'influence morale. Et ensuite ils devraient tenir leur position et faire leur devoir ; sinon ils seront juste en travers du chemin.
Il y a beaucoup d'autres points que j'avais notés et que j'avais l'intention d'aborder, mais le temps manque. Je pourrais écrire un livre aussi gros que cette Bible en détaillant les divers points auxquels il faudrait veiller. Je dois conclure par quelques REMARQUES.
1. Vous voyez que l'insuccès d'un pasteur ne vient peut-être pas uniquement d'un manque de sagesse dans l'exercice de son ministère. Je ne vais pas plaider pour les pasteurs négligents. Jamais je n'épargnerai aux pasteurs la vérité toute nue, ni ne donnerai aux hommes des titres flatteurs. S'ils sont blâmables, qu'on les blâme. Et sans doute sont-ils toujours plus ou moins à blâmer quand la parole ne produit aucun effet. Mais il s'en faut de beaucoup qu'ils soient toujours les principaux coupables. Parfois l'Église est bien plus à blâmer que le pasteur, et si un apôtre ou un ange du ciel venait prêcher, il ne pourrait produire un réveil dans cette Église. Peut-être est-elle malhonnête envers son pasteur, ou avare, ou insouciante des commodités du culte public. Hélas ! dans quel état sont beaucoup d'Églises de campagne, où, faute de cent dollars, tout est incommode et inconfortable, et où les travaux du prédicateur sont perdus ! Ils habitent eux-mêmes des maisons lambrissées, et laissent la maison de Dieu en ruine (Aggée 1,4). Ou bien l'Église annule toute l'influence de la prédication par sa vie impie. Ou peut-être ses soirées, son étalage mondain, comme dans la plupart des Églises de cette ville, anéantissent-ils l'influence de l'Évangile.
2. Les Églises devraient se rappeler qu'elles sont extrêmement coupables d'employer un pasteur et de ne pas l'aider ensuite dans son œuvre. Le Seigneur Jésus-Christ a envoyé un ambassadeur aux pécheurs pour les détourner de leurs mauvaises voies, et celui-ci échoue dans sa mission parce que l'Église refuse de faire son devoir. Au lieu de recommander son message, d'appuyer ses supplications et de soutenir ses mains de toutes les manières convenables, ses membres se mettent juste en travers du chemin, contredisent son message, contrecarrent son influence, et des âmes périssent. Sans doute, dans la plupart des assemblées des États-Unis, le pasteur est-il souvent si entravé que, pour ce qui est de l'effet de sa prédication sur la conversion des pécheurs, il pourrait aussi bien être en mission à l'étranger une grande partie du temps plutôt que d'être là, alors qu'il doit prêcher par-dessus la tête d'une Église inactive et engourdie.
Et pourtant ces mêmes Églises ne veulent pas que leur pasteur s'absente quelques jours pour assister à une série de réunions. « Nous ne pouvons pas nous passer de lui ; voyons, c'est notre pasteur, et nous aimons avoir notre pasteur ici » ; tandis qu'en même temps elles entravent tout ce qu'il peut faire. S'il le pouvait, il s'arracherait de là pour aller là où il n'y a pas de pasteur, et où les gens seraient disposés à recevoir l'Évangile. Mais il doit rester là, bien qu'il ne puisse amener l'Église à un état où elle aurait un réveil une fois tous les trois ans, qui durerait trois mois. Il pourrait être bon qu'il dise à l'Église : « Chaque fois que vous serez décidés à faire un de ces longs sommes, je vous prie de me le faire savoir, afin que je puisse aller travailler ailleurs en attendant, jusqu'à ce que vous soyez prêts à vous réveiller. »
3. Beaucoup d'Églises ne peuvent être bénies par un réveil parce qu'elles vivent aux crochets d'autres Églises, et du trésor du Seigneur, pour l'entretien de leur pasteur, alors qu'elles sont largement capables de l'entretenir elles-mêmes. Peut-être comptent-elles sur la Société des missions intérieures, ou sur d'autres Églises, alors qu'elles ne pratiquent aucun renoncement à cause de l'Évangile. J'ai été stupéfait de voir comment vivent certaines Églises. Une Église que je connaissais a réellement avoué qu'elle dépensait plus d'argent pour le tabac qu'elle n'en donnait pour les missions. Et pourtant elle n'avait pas de pasteur, parce qu'elle n'avait pas les moyens d'en entretenir un. Et elle n'en a toujours pas. Et pourtant il y a dans cette Église un homme qui est capable d'entretenir un pasteur à lui seul. Et malgré cela, ils n'ont ni pasteur ni prédication.
Les Églises n'ont pas été instruites de leur devoir sur ce sujet. L'été dernier, je me suis arrêté dans un endroit où il n'y avait pas de prédication. Je demandai à un ancien de l'Église pourquoi, et il me dit que c'était parce qu'ils étaient si pauvres. Je lui demandai combien il possédait. Il ne me répondit pas directement, mais dit que le revenu d'un autre ancien était d'environ 5 000 dollars par an, et je finis par découvrir que celui de cet homme était à peu près le même. Voici, lui dis-je, deux anciens dont chacun est capable d'entretenir un pasteur, et parce que vous ne pouvez obtenir d'aide de l'extérieur, vous n'avez pas de prédication. Mais si vous aviez une prédication, elle ne serait pas bénie, tant que vous vivriez ainsi aux crochets du trésor du Seigneur. Finalement, il avoua qu'il était capable d'entretenir un pasteur, et tous deux convinrent de le faire.
Il est courant que des Églises demandent de l'aide alors qu'en fait elles n'en ont nul besoin, et qu'il vaudrait beaucoup mieux pour elles entretenir leur propre pasteur. Si elles reçoivent des fonds de la Société des missions intérieures alors qu'elles devraient les réunir elles-mêmes, elles peuvent s'attendre à la malédiction du Seigneur, et ce sera une raison suffisante pour que l'Évangile soit pour elles une malédiction plutôt qu'une bénédiction. De combien d'Églises ne pourrait-on pas dire : « Vous avez volé Dieu, cette Église tout entière ! » (Malachie 3,8-9)
Je connais une Église qui n'employait un pasteur que la moitié du temps, et se sentait incapable de payer son traitement, même pour cela. Une société de travail de dames, dans une ville voisine, affecta ses fonds à cet objet et aida cette Église à payer le traitement de son pasteur. Le résultat fut ce qu'on pouvait attendre. Il ne leur fit que peu de bien, ou pas du tout. Ils n'eurent aucun réveil sous sa prédication, et ne pouvaient jamais s'attendre à en avoir, en agissant selon un tel principe. Il y avait dans cette assemblée un homme qui pouvait entretenir un pasteur à plein temps. Un membre m'apprit que l'on estimait la fortune des membres de l'Église à deux cent mille dollars. Si c'est vrai, voilà une Église qui a un revenu, à sept pour cent, de 14 000 dollars par an, qui se croyait trop pauvre pour payer 200 dollars afin d'entretenir un pasteur qui prêchait la moitié du temps, et qui acceptait que les femmes d'une ville voisine travaillent de leurs propres mains pour l'aider à payer cette somme. Parmi les anciens de cette Église, je découvris que plusieurs consommaient du tabac ; et deux d'entre eux, qui vivaient ensemble, signèrent un engagement écrit sur la page blanche de leur Bible, par lequel ils s'engageaient à abandonner ce péché pour toujours.
C'était en grande partie faute d'une juste instruction que cette Église suivait une telle conduite. Car lorsque le sujet fut abordé et qu'on leur exposa leur devoir, l'homme riche dont je parle déclara qu'il paierait lui-même tout le traitement, s'il ne craignait pas que l'assemblée s'en offense et que cela fasse plus de mal que de bien ; et que, si l'Église se procurait un pasteur, se mettait à l'œuvre et réunissait une partie de son traitement, il compléterait le reste. Ils peuvent maintenant entretenir un pasteur non seulement la moitié du temps, mais tout le temps, et payer eux-mêmes son traitement. Et ils trouveront qu'il est bon et profitable de le faire.
En allant d'un lieu à un autre pour travailler dans des réveils, j'ai toujours constaté que les Églises étaient bénies en proportion de leur libéralité. Là où elles ont montré la volonté de soutenir l'Évangile et de verser libéralement leurs biens dans le trésor du Seigneur, elles ont été bénies dans les choses spirituelles comme dans les choses temporelles. Mais là où elles ont été parcimonieuses, et ont laissé le pasteur leur prêcher pour peu de chose ou pour rien, ces Églises ont été maudites au lieu d'être bénies. Et en règle générale, dans les réveils, j'ai constaté que les jeunes convertis sont surtout enclins à se joindre aux Églises qui font les efforts les plus généreux pour soutenir l'Évangile.
Les Églises sont très ignorantes sur ce sujet. On ne leur a pas enseigné leur devoir. Dans bien des cas, j'ai trouvé une extrême promptitude à le faire quand on leur exposait le sujet. J'ai connu un ancien d'une Église qui parlait de prendre un pasteur à mi-temps parce que l'Église était pauvre, bien que son propre revenu fût considérable. Je lui demandai si son revenu ne suffisait pas pour entretenir lui-même un pasteur à plein temps. Il répondit que oui. Et quand on lui demanda quel autre usage il pourrait faire de l'argent du Seigneur qu'il possédait, qui soit aussi profitable aux intérêts du royaume de Christ que d'employer un pasteur non seulement à mi-temps mais à plein temps dans sa propre ville, il résolut de s'y mettre. On a donc obtenu un pasteur, et je crois qu'ils n'ont aucune difficulté à lui payer son plein traitement.
Le fait est qu'un pasteur ne peut faire que peu de chose en ne prêchant que la moitié du temps. Si une impression est produite un dimanche, elle est perdue avant que la quinzaine soit écoulée. Par simple économie, une Église devrait se dépenser pour soutenir l'Évangile tout le temps. Si elle trouve un pasteur de la bonne sorte et le garde constamment à l'œuvre, elle peut avoir un réveil ; ainsi les impies seront convertis, entreront dans l'Église et l'aideront. Et ainsi, en une seule année, ses forces peuvent s'accroître considérablement. Mais si elle n'emploie un pasteur que la moitié du temps, les années peuvent s'écouler l'une après l'autre, pendant que les pécheurs vont en enfer, sans que ses forces reçoivent aucun renfort des rangs des impies.
Le fait est que les chrétiens de profession n'ont pas été amenés à sentir que tous leurs biens sont au Seigneur. De là vient qu'ils ont parlé de donner leurs biens pour soutenir l'Évangile. Comme si le Seigneur Jésus-Christ était un mendiant, et qu'ils étaient appelés à soutenir son Évangile par un acte d'aumône ! Un négociant, dans une des villes de cet État, payait une grande partie du traitement de son pasteur. L'un des membres de l'Église racontait le fait à un pasteur venu d'ailleurs, et parlait du sacrifice que faisait ce négociant. À ce moment, le négociant entra. « Mon frère, dit le pasteur, vous êtes négociant. Supposez que vous employiez un commis pour vendre des marchandises, et un maître d'école pour instruire vos enfants. Vous ordonnez à votre commis de payer à votre maître d'école, sur la caisse du magasin, telle somme pour ses services d'enseignant. Supposez maintenant que votre commis aille dire partout qu'il doit payer à ce maître d'école son traitement, et parle des sacrifices qu'il fait pour cela : que diriez-vous ? » « Eh bien, dit le négociant, je dirais que c'est ridicule. » « Eh bien, reprend le pasteur, Dieu vous emploie comme son commis pour vendre des marchandises, et il emploie votre pasteur pour instruire ses enfants, et il vous demande de payer son traitement sur le revenu du magasin. Allez-vous donc appeler cela votre sacrifice, et dire que vous faites un grand sacrifice en payant le traitement de ce pasteur ? Non : vous êtes tout aussi tenu de vendre des marchandises pour Dieu qu'il l'est de prêcher pour Dieu. Vous n'avez pas plus le droit de vendre des marchandises dans le but d'amasser de l'argent qu'il n'a le droit de prêcher l'Évangile dans le même but. Vous êtes tenu d'être tout aussi pieux, et de viser aussi uniquement la gloire de Dieu en vendant des marchandises, qu'il l'est en prêchant l'Évangile. Et ainsi vous devez donner tout votre temps au service de Dieu tout aussi absolument que lui. Vous et votre famille pouvez légitimement vivre du produit du magasin, et le pasteur et sa famille le peuvent tout aussi légitimement. Si vous vendez des marchandises dans ces dispositions, vendre des marchandises, c'est servir Dieu tout autant que prêcher. Et un homme qui vend des marchandises selon ces principes, et qui agit conformément à eux, est tout aussi pieux, tout autant au service de Dieu, que celui qui prêche l'Évangile. Chacun est tenu de servir Dieu dans sa vocation : le pasteur en enseignant, le négociant en vendant des marchandises, le cultivateur en labourant ses champs, l'avocat et le médecin en remplissant les devoirs de leur profession.
« Il est tout aussi illégitime pour chacun d'eux de travailler pour la nourriture qui périt (Jean 6,27). Tout ce qu'ils font doit être pour Dieu, et tout ce qu'ils peuvent gagner, après avoir entretenu convenablement leur famille, doit être consacré à la propagation de l'Évangile et au salut du monde. »
On a assez longtemps supposé que les pasteurs devaient être plus pieux que les autres hommes, qu'ils ne devaient pas aimer le monde, qu'ils devaient travailler pour Dieu, vivre aussi frugalement que possible, et dépenser tout leur temps, leur santé, leurs forces et leur vie à édifier le royaume de Jésus-Christ. C'est vrai. Mais bien que les autres hommes ne soient pas appelés à travailler dans le même champ et à donner leur temps à l'instruction publique, ils sont pourtant tout aussi absolument tenus de considérer tout leur temps comme appartenant à Dieu, et ils n'ont pas plus que les pasteurs le droit d'aimer le monde, d'accumuler des richesses, de les amasser pour leurs enfants ou de les dépenser pour leurs convoitises.
Il est grand temps que l'Église connaisse ces principes ; la Société des missions intérieures pourra travailler jusqu'au jour du jugement à convertir les gens, elle n'y parviendra jamais tant que les Églises ne seront pas amenées à comprendre et à sentir leur devoir à cet égard. Le fait même qu'elles demandent et reçoivent de la Société des missions intérieures une aide pour entretenir leur pasteur, alors qu'elles sont capables de l'entretenir elles-mêmes, est probablement la raison même pour laquelle ses travaux parmi elles ne sont pas davantage bénis.
Je voudrais que la Société américaine des missions intérieures possède cent fois plus de moyens qu'elle n'en a aujourd'hui pour aider les Églises faibles qui sont incapables de s'aider elles-mêmes. Mais ce n'est ni une bonne économie ni de la piété que de donner ses fonds à ceux qui sont capables de soutenir l'Évangile, mais ne le veulent pas. Car il est vain de tenter de les aider tant qu'ils sont capables de s'aider eux-mêmes, mais ne le veulent pas.
Si la Société des missions avait une tonne d'or, ce ne serait pas de la charité que de la donner à une telle Église. Mais que l'Église apporte toutes les dîmes à la maison du trésor de Dieu, et Dieu ouvrira les écluses des cieux et répandra la bénédiction (Malachie 3,10). Mais que les Églises sachent avec certitude que, si elles ne veulent pas s'aider elles-mêmes dans toute la mesure de leurs moyens, elles connaîtront la raison pour laquelle un si maigre succès accompagne les travaux de leurs pasteurs. Les voilà qui tirent leur subsistance du trésor du Seigneur. Combien d'Églises dépensent leur argent en thé, en café et en tabac, puis viennent demander de l'aide à la Société des missions intérieures ! Je protesterai contre toute aide à une Église qui consomme du thé et du tabac, qui vit sans le moindre renoncement, et qui ne veut offrir à Dieu que ce qui ne coûte rien.
Enfin, s'ils veulent être bénis, qu'ils fassent leur devoir, tout leur devoir, qu'ils mettent l'épaule à la roue, qu'ils revêtent l'armure de l'Évangile et qu'ils se mettent à l'œuvre. Alors, si l'Église est sur le champ de bataille, le char du salut avancera, quand tout l'enfer s'y opposerait, et des pécheurs seront convertis et sauvés. Mais si une Église laisse tout le travail au pasteur, reste assise à regarder pendant qu'il travaille, sans rien faire elle-même que se plaindre de lui, non seulement elle manquera le réveil, mais, si elle persiste dans sa paresse et son esprit de critique, elle se retrouvera un jour en enfer pour sa désobéissance et son inutilité au service de Christ.
Texte : Traduction française de biblelibre.org (2026). Source : Lectures on Revivals of Religion, Oberlin, E. J. Goodrich, 1868 (archive.org) (Texte anglais du domaine public ; traduction française de biblelibre.org sous licence CC BY-SA 4.0 : libre de copie et de partage, dans les mêmes conditions, en citant la source).