Discours aux chrétiens · Charles G. Finney
Discours 25
Christ, l'époux de l'Église
De même, mes frères, vous aussi vous avez été, par le corps de Christ, mis à mort en ce qui concerne la loi, pour que vous apparteniez à un autre, à celui qui est ressuscité des morts, afin que nous portions des fruits pour Dieu. (Romains 7,4)
Pour traiter ce sujet, voici l'ordre dans lequel je conduirai vos pensées :
I. Montrer que la Bible présente abondamment l'état de mariage comme une image de la relation entre Christ et l'Église.
II. Montrer ce qu'implique cette relation.
III. Les raisons pour lesquelles cette relation existe.
IV. Montrer la grande culpabilité de l'Église, qui se conduit envers Christ comme elle le fait.
V. La patience de Christ envers l'Église.
I. Je dois montrer que la Bible présente abondamment l'état de mariage comme une image de la relation entre Christ et l'Église.
Christ est souvent appelé l'époux de l'Église. « Ton créateur est ton époux : l'Éternel des armées est son nom. » « Revenez, enfants rebelles, dit l'Éternel, car je suis votre époux. » L'Église est appelée l'épouse, la femme de l'agneau. « L'Esprit et l'épouse disent : Viens. » C'est-à-dire que Christ et l'Église disent : « Viens. » En 2 Corinthiens 11,2, l'apôtre Paul dit : « Car je suis jaloux de vous d'une jalousie de Dieu, parce que je vous ai fiancés à un seul époux, pour vous présenter à Christ comme une vierge pure. » Je ne peux que vous renvoyer à ces passages. Vous qui connaissez votre Bible, vous n'avez pas besoin que je prenne du temps pour vous montrer que la Bible fait souvent allusion à cette relation, sous des formes très variées.
II. Je dois montrer ce qu'implique cette relation.
1. La femme renonce à son propre nom et prend celui de son mari.
Cela est vrai partout dans l'état de mariage. Et l'Église prend le nom de Christ, et, quand elle lui est unie, elle est baptisée en son nom.
2. Les intérêts propres de la femme se fondent dans ceux de son mari.
Une femme mariée n'a pas d'intérêts à part et n'a pas le droit d'en avoir. De même, l'Église n'a pas le droit d'avoir des intérêts séparés de ceux du Seigneur Jésus-Christ. Si une femme a des biens, ils passent à son mari. S'il s'agit de biens immobiliers, l'usufruit lui en revient ; s'il s'agit de biens mobiliers, le tout se fond dans ce qui est à lui.
La réputation de la femme est entièrement liée à celle de son mari, si bien que la réputation du mari est la sienne et que sa réputation à elle est celle du mari. Ce qui touche à l'honneur de la femme touche à celui du mari, et ce qui touche à l'honneur du mari touche à celui de la femme. Ils n'ont qu'une réputation, ils n'ont qu'un intérêt. Il en est de même de l'Église : tout ce qui concerne l'Église est l'affaire de Christ autant que si c'était personnellement son affaire à lui. Comme époux de l'Église, il est tout aussi engagé à faire tout ce qui est nécessaire pour servir les intérêts de l'Église que le mari est engagé à veiller au bien de sa femme. Comme un mari fidèle consacre son temps, son travail, ses talents à servir les intérêts et le bonheur de sa femme, ainsi Jésus-Christ se donne lui-même pour le bien de son Église. Il est aussi jaloux de la réputation de son Église que jamais mari le fut de la réputation de sa femme. Jamais un être humain n'a été aussi engagé, aussi dévoué aux intérêts de sa femme, et n'a ressenti aussi vivement une offense que Jésus-Christ la ressent quand on blesse la réputation ou les sentiments de son Église. Il déclare qu'il vaudrait mieux pour un homme qu'on suspendît à son cou une meule de moulin et qu'on le jetât au fond de la mer, que de scandaliser un de ces petits qui croient en lui.
3. La relation entre mari et femme est telle que, si l'un des deux souffre de quoi que ce soit, l'autre est plein de compassion.
Ainsi, Christ ressent toutes les souffrances de l'Église, et l'Église ressent toutes les souffrances de Christ. Quand un croyant a une vue vivante et réelle des souffrances de Christ, rien dans l'univers n'émeut et ne fond autant son âme dans la douleur. Jamais une femme qui aurait causé la souffrance ou la mort de son mari n'a éprouvé une telle détresse, un tel chagrin, le cœur brisé, que le chrétien qui voit dans ses péchés la cause de la mort de Jésus-Christ. Permettez-moi de demander à quelques-unes des femmes mariées ici présentes ce que vous éprouveriez si votre mari, pour vous racheter d'une ignominie et d'une mort méritées, s'était offert de lui-même à la plus grande souffrance, à la douleur, et même à la mort pour vous. Si la moindre circonstance venait à vous le rappeler, comme cela vous ferait fondre dans un chagrin à briser le cœur ! Eh bien, n'avez-vous jamais compris que ce sont vos péchés qui ont causé la mort de Christ, et qu'il est mort pour vous aussi pleinement que si vous aviez été le seul pécheur de tout le monde de Dieu ? Il a souffert la douleur, le mépris et la mort pour vous. Il aime son Église et s'est livré lui-même pour elle. Elle est appelée l'Église du Seigneur, qu'il s'est acquise par son propre sang.
4. La femme s'engage à soumettre sa volonté à celle de son mari et à obéir à sa volonté.
Elle n'a pas d'intérêts à part et ne doit pas avoir de volonté à part. La Bible le prescrit et fait un devoir chrétien à la femme de se conformer en toutes choses à la volonté de son mari. Pour la femme fidèle, la volonté du mari devient le grand ressort de son activité. Toute sa vie ne consiste qu'à accomplir la volonté de son mari. La relation de l'Église avec Christ est exactement la même. L'Église est gouvernée par la volonté de Christ. Quand les croyants exercent la foi, ils le sont absolument, et la volonté de Christ devient le mobile de toute leur conduite.
5. La femme reconnaît son mari comme son chef.
La Bible déclare qu'il l'est. De même que c'est de la tête que procèdent les influences qui gouvernent le corps, c'est de Christ que procèdent les influences qui gouvernent l'Église.
6. La femme regarde à son mari comme à son soutien, son protecteur et son guide.
Tout croyant se place aussi absolument sous la protection de Christ qu'une femme mariée se trouve sous la protection de son mari. La femme compte naturellement sur son mari pour la préserver du tort, de l'insulte et du besoin. Elle suspend son bonheur à lui et attend de lui qu'il la protège ; et il est tenu de le faire.
De même, Christ s'est engagé à protéger son Église contre tout ennemi. Que de fois les puissances de l'enfer ont tenté d'abattre l'Église ! Mais son époux ne l'a jamais abandonnée. Aucune arme forgée contre l'Église n'a jamais été autorisée à réussir, et aucune ne le sera jamais. Jamais le Seigneur Jésus-Christ n'oubliera à ce point sa relation avec l'Église qu'il laisse son épouse sans protection. Non. Que toute la terre et tout l'enfer conspirent contre l'Église : aussi sûr que Christ a le pouvoir de protéger l'Église, son Église est en sûreté. Et chaque croyant en particulier est aussi en sûreté que s'il était le seul croyant sur la terre, et il a Christ tout aussi réellement engagé à le garder. Le diable ne peut pas plus abattre un seul croyant, jusqu'à le perdre pour toujours, qu'il ne peut abattre le Dieu tout-puissant. Il peut bien les mettre à mort, mais ce n'est pas leur faire du tort. Vaincre un croyant en lui ôtant la vie ne donne à Satan aucun triomphe. Il a mis Christ à mort, mais qu'y a-t-il gagné ? Le tombeau n'avait pas le pouvoir de le retenir. Il en est de même du croyant : ni le tombeau ni l'enfer n'ont plus de pouvoir de nuire à l'un de ces petits qui croient en Christ qu'ils n'en ont de nuire à Christ lui-même. Il dit : « Je vis, et vous vivrez aussi. » Et : « Celui qui croit en moi vivra, quand même il serait mort ; et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. » Il n'existe dans l'univers aucune puissance capable de l'emporter sur un seul croyant pour le détruire. Jésus-Christ est le chef de l'Église, il a été donné pour chef suprême à l'Église, et l'Église est en sûreté.
7. L'existence légale de la femme se fond tellement dans celle de son mari que la loi ne la connaît pas comme une personne distincte.
Si des poursuites ou des obligations civiles sont engagées contre la femme, c'est le mari qui en répond. Si la femme a commis un délit, c'est le mari qui en est comptable. C'est à lui de la guider et de la diriger, et c'est à elle d'obéir ; et s'il ne l'empêche pas d'enfreindre les lois, il en est responsable. Et si la femme n'obéit pas à son mari, elle a le pouvoir de lui attirer de grands ennuis, la honte et des frais. De même, Jésus-Christ est Seigneur de son Église, et s'il ne retient pas effectivement son Église de pécher, il doit en répondre, et la mauvaise conduite de son peuple lui attire de grands ennuis et des reproches. Selon les lois humaines, le mari ne répond pas des crimes capitaux commis par sa femme : sur ce point, la loi reconnaît son existence propre, au point de la punir elle-même. Mais Christ a pris sur lui la responsabilité de son Église pour toute sa conduite. Il a pris la place de son peuple quand celui-ci a été reconnu coupable de crimes capitaux et condamné à la damnation éternelle. Voilà ce qui s'appelle répondre pour de bon. Et maintenant, c'est à lui de prendre soin de l'Église, de la diriger et de la garder du péché ; et de chaque péché de chaque membre, Jésus-Christ est responsable et doit répondre. Et il en répond. Il a fait une expiation qui couvre tout cela, et il est toujours vivant pour intercéder en faveur de son peuple. Si bien qu'il se tient pour responsable devant Dieu de toute la conduite de son Église. Chaque croyant fait tellement partie de Jésus-Christ, il lui est si parfaitement uni, que, de quoi que l'un d'eux se rende coupable, Jésus-Christ prend sur lui d'en répondre. La Bible l'enseigne abondamment.
Quelle relation étonnante ! Christ a pris ici sur lui la responsabilité, non seulement de la conduite civile de son Église, mais même du crime capital de rébellion contre Dieu. En un sens, donc, l'Église se perd en Christ et n'a pas d'existence propre aux yeux de la loi. Dieu a tellement remis l'Église à Christ, par l'alliance de grâce, qu'à proprement parler la loi ne connaît pas l'Église. Je ne veux pas dire que les fautes commises par les croyants contre la loi morale ne soient pas des péchés, mais que la loi ne peut pas s'en saisir pour les condamner. Il n'y a donc maintenant aucune condamnation pour ceux qui sont en Jésus-Christ. La peine de la loi est à jamais remise. Les fautes du croyant ne sont pas portées à son compte de manière à le placer sous la condamnation ; non, en aucun cas. Tout ce qu'il y a à faire retombe sur Christ. Il a pris sur lui la responsabilité de les arracher à la puissance du péché aussi bien qu'à la loi, et il s'est engagé à leur donner tout le secours dont ils ont besoin pour remporter une victoire complète.
III. Je dois expliquer pourquoi cette relation a été établie entre Christ et son Église.
1. La première raison est donnée dans le texte : « afin que nous portions des fruits pour Dieu. » L'un des buts principaux de l'institution du mariage est la propagation de l'espèce. Il en est de même pour l'Église. C'est par le moyen de l'Église que des enfants doivent naître à Christ ; il doit voir une postérité et, à cause du travail de son âme, rassasier ses regards, quand les convertis se multiplient comme les gouttes de la rosée du matin. Ce n'est pas seulement par le travail de l'âme du Rédempteur, c'est aussi par le travail de l'Église que des croyants naissent à Jésus-Christ. À peine en travail, Sion a enfanté ses fils.
2. Un autre but de l'institution du mariage est la protection et le soutien de ceux qui sont naturellement sans défense et dépendants. Si la loi du plus fort régnait dans la société, chacun sait que les femmes, étant le sexe faible, seraient partout réduites en esclavage. Et le but de l'institution du mariage est d'assurer protection et soutien à celles qui sont tellement plus fragiles que, sous la loi de la force, elles seraient continuellement asservies. De même, Jésus-Christ soutient son Église et lui accorde toute la protection dont elle a besoin contre ses ennemis et contre toutes les puissances de l'enfer.
3. Le bonheur mutuel des époux est une autre fin de l'institution du mariage.
Il en va de même de la relation entre Christ et son Église. Vous trouverez peut-être étrange que je vous dise que le bonheur de Christ est accru par l'amour de l'Église. Mais que dit la Bible ? « Qui, en vue de la joie qui lui était réservée, a souffert la croix, méprisé l'ignominie. » Quelle était cette joie qui lui était réservée, si l'amour de l'Église n'en faisait pas partie ? Ce serait bien étrange d'entendre parler d'un mari qui contribuerait au bonheur de sa femme sans en jouir lui-même. Jésus-Christ jouit du bonheur de son Église d'autant plus qu'il aime son Église davantage qu'aucun mari n'aime sa femme.
4. L'adoucissement des souffrances et des chagrins de chacun est l'une des fins du mariage.
Partager les chagrins l'un de l'autre, c'est un grand soulagement. Qui ne le sait ? De même, Christ et son Église partagent les chagrins l'un de l'autre. L'apôtre Paul dit qu'il portait toujours dans son corps la mort du Seigneur Jésus : « Car, de même que les souffrances de Christ abondent en nous, de même notre consolation abonde par Christ. » Et il déclarait que l'un des buts de ses travaux et de son renoncement à lui-même était de connaître « la communion de ses souffrances ». Et il se réjouissait dans toutes ses souffrances, afin d'achever ce qui manquait aux souffrances de Christ. L'Église ressent vivement chaque reproche jeté sur Christ, et Christ ressent vivement chaque tort fait à l'Église.
5. La raison principale de cette union de Christ avec son Église, c'est qu'il veut sanctifier l'Église.
Lisez ce qui est dit en Éphésiens 5,22-27 : « Femmes, soyez soumises à vos maris, comme au Seigneur ; car le mari est le chef de la femme, comme Christ est le chef de l'Église, qui est son corps, et dont il est le Sauveur. Or, de même que l'Église est soumise à Christ, les femmes aussi doivent l'être à leurs maris en toutes choses. Maris, aimez vos femmes, comme Christ a aimé l'Église, et s'est livré lui-même pour elle, afin de la sanctifier par la parole, après l'avoir purifiée par le baptême d'eau, afin de faire paraître devant lui cette Église glorieuse, sans tache, ni ride, ni rien de semblable, mais sainte et irrépréhensible. »
Voilà donc exposé le grand dessein de Christ en épousant l'Église : la sanctifier et la purifier, afin qu'elle soit parfaitement sainte et irrépréhensible. Jean, dans l'Apocalypse, nous apprend qu'il a vu ceux qui « ont lavé leurs robes, et les ont blanchies dans le sang de l'agneau ». Voyez avec quelle beauté l'épouse, la femme de l'agneau, est décrite au chapitre 21, descendant du ciel, d'auprès de Dieu, préparée comme une épouse qui s'est parée pour son époux.
IV. Je ferai quelques remarques sur la méchanceté de l'Église, qui se conduit envers Christ comme elle le fait.
1. Une foule immense de ceux qui prétendent faire partie de l'Église, l'épouse de Christ, ont en réalité des intérêts à part.
Ils ont prétendu fondre leur intérêt personnel dans les intérêts de Christ, mais il est évident qu'ils gardent des intérêts à part. Et si vous essayez de les faire agir selon le principe qu'ils n'ont pas d'intérêts à part, ils vous montreront clairement qu'ils n'en ont nullement l'intention. Que penseriez-vous d'une femme qui garderait des intérêts séparés de ceux de son mari ? Vous diriez qu'il est évident qu'elle n'aime pas son mari comme elle le devrait.
2. L'Église n'est pas satisfaite de l'amour de Christ.
Chacun sait quelle chose abominable c'est, pour une femme, de ne pas être satisfaite de l'amour de son mari et de chercher sans cesse d'autres amants, toujours en compagnie d'autres hommes. Et pourtant, comme il est clair que l'Église n'est pas satisfaite de l'amour de Christ et qu'elle court toujours après d'autres amants ! Que penser de ces membres de l'Église qui ne se contentent pas de l'amour de Christ pour être heureux, mais à qui il faut les richesses, les plaisirs et les honneurs du monde pour faire leur bonheur ?
Plus horrible encore serait la conduite d'une femme qui choisirait ses amants parmi les ennemis de son mari, les ramènerait chez elle et en ferait ses amis de prédilection. Et pourtant, combien de ceux qui font profession d'appartenir à Christ s'en vont donner leur affection aux ennemis de Christ ! Certains vont jusqu'à épouser des gens qu'ils savent ennemis de Dieu et de la religion. C'est horrible ! Est-ce ainsi qu'une épouse doit se conduire ?
3. Chacun sait que c'est une honte pour une femme de se prostituer.
Or Dieu parle souvent de son Église comme d'une femme qui s'égare et se livre à la prostitution spirituelle. Et c'est vrai. Il ne porte pas cette accusation comme un homme la porte contre sa femme quand il est décidé à la quitter et à la répudier. Mais il la porte avec chagrin et tendresse, et il l'accompagne des remontrances les plus émouvantes et des supplications les plus touchantes pour qu'elle revienne.
4. Que penseriez-vous d'une femme mariée qui s'attendrait, au moment même de son mariage, à se lasser de son mari, à le quitter et à se prostituer ?
Et pourtant, combien y en a-t-il, parmi ceux qui font profession de religion, qui, au moment de faire leur profession, ne s'attendaient pas plus à vivre sans péché qu'à se voir pousser des ailes et s'envoler ! Ils sont venus dans sa maison, ils se sont engagés à vivre entièrement pour lui, ils l'ont épousé publiquement de cette manière, en s'engageant par alliance à abandonner tout péché, à vivre pour Christ seul, à se contenter de son amour et à n'avoir pas d'autres amants ; et pendant tout ce temps, ils s'attendent dans leur esprit à diriger çà et là leurs pas vers les étrangers sur toute colline élevée, à commettre le péché et à déshonorer Christ.
5. Que penser d'une femme qui, au moment même de son mariage, s'attendait à continuer sa vie d'adultère aussi longtemps qu'elle vivrait, malgré tous les ordres et toutes les remontrances de son mari ?
Alors, que penser de ceux qui font profession de religion et qui s'attendent délibérément à commettre l'adultère spirituel et à y persévérer aussi longtemps qu'ils vivront ?
6. Mais le plus abominable, dans la méchanceté d'une telle femme, c'est quand elle se retourne et rejette la faute de sa conduite sur son mari fidèle.
Or l'Église fait cela. Bien que Christ ait fait tout ce qu'il pouvait faire, sauf user d'une contrainte absolue, pour empêcher son Église de pécher, l'Église rejette son péché sur lui, comme s'il l'avait placée dans la nécessité absolue de pécher, faute d'avoir pris des dispositions suffisantes pour garder son peuple contre la tentation. Et ils sont horrifiés aujourd'hui au seul nom de perfection chrétienne, comme si c'était vraiment déshonorer Christ que de croire qu'il est capable de garder son peuple de commettre le péché et de tomber dans le piège du diable. Et il en est ainsi depuis des centaines d'années : pour la plus grande partie de l'Église, il n'a pas été orthodoxe d'enseigner que Jésus-Christ a réellement pris de telles dispositions que son peuple puisse vivre affranchi du péché. Et l'on regarde vraiment comme une chose étonnante que quelqu'un enseigne qu'on attend de l'épouse du Seigneur Jésus-Christ qu'elle fasse ce qu'elle prétend faire. Il aurait donc épousé une épouse sans prendre de dispositions suffisantes pour la protéger contre les artifices et les séductions du diable ? Bravo ! Voilà qui doit faire rire l'enfer.
7. Supposez qu'une femme refuse d'obéir à son mari et qu'ensuite elle le rende responsable de sa conduite.
Et pourtant l'Église refuse d'obéir à Jésus-Christ, et ensuite elle le fait répondre de ses péchés. Voilà la grande difficulté de l'Église : elle fait sans cesse comparaître son Chef pour répondre de ses manquements.
8. L'Église déshonore continuellement Christ.
Le mari et la femme n'ont qu'une réputation. Ce qui déshonore l'un déshonore l'autre. Or l'Église, au lieu de s'abstenir de toute apparence de mal, fait continuellement blasphémer les ennemis de Dieu par sa conduite.
V. Je dirai quelques mots de la patience de Christ envers l'Église.
Quel autre mari, en pareilles circonstances, laisserait subsister le lien et supporterait ce que Christ supporte ? Et pourtant, il offre encore la réconciliation et met tout en œuvre pour regagner l'affection de son épouse. Il arrive qu'un mari perde réellement son affection pour sa femme et la traite si brutalement que, bien qu'elle l'ait aimé autrefois, elle ne l'aime plus. Mais où peut-on trouver, dans le caractère et la conduite de Christ, quoi que ce soit qui justifie le traitement qu'il reçoit ? Il a tout fait, jusqu'à l'extrême, pour gagner tout entière l'affection de l'Église. Qu'aurait-il pu faire de plus ? Où peut-on trouver en lui une faute ou un manque ? Et même après tout ce que l'Église a fait contre lui, que fait-il maintenant ? Supposez qu'un mari suive pendant des années sa femme égarée et coupable, de ville en ville, la suppliant et la conjurant avec larmes de revenir dans sa maison et de se réconcilier avec lui ; qu'après tout cela elle persiste à courir après ses amants, et que lui continue pourtant à l'appeler, à la supplier de revenir vivre avec lui, en lui disant qu'il lui pardonnera et l'aimera encore. Connaît-on parmi les hommes une telle patience et une telle condescendance ?
REMARQUES.
I. Les chrétiens devraient comprendre la portée de leurs péchés.
Vos péchés déshonorent Christ, attristent Christ, blessent Christ, et ensuite vous rendez Christ responsable de ces péchés. Vous soutenez avec lui une telle relation que vous devriez savoir quel est l'effet de votre péché. Que ressent une femme qui a couvert son mari de honte ? Comme la rougeur lui monte au visage, comme les larmes lui remplissent les yeux ! Quand son mari, justement offensé, paraît devant elle, comme elle tombe à ses pieds, le cœur plein, confesse sa faute et répand sur sa poitrine ses larmes de repentir ! Elle est affligée et humiliée, et, bien qu'elle l'aime, sa présence même lui est un chagrin, jusqu'à ce qu'elle se brise devant lui et sente qu'il lui a pardonné.
Comment donc un chrétien peut-il ne pas reconnaître cela ? Et quand il s'est laissé entraîner au péché et a blessé Christ, comment peut-il dormir ? Comment pouvez-vous ne pas sentir que vos péchés atteignent Jésus-Christ et le blessent dans toutes ces relations si tendres ?
II. L'une des grandes difficultés des chrétiens, c'est qu'ils s'attendent à vivre dans le péché, et cette attente garantit qu'ils continueront dans le péché.
Si quelqu'un s'attend à vivre dans le péché, c'est qu'en fait il a l'intention de vivre dans le péché, et naturellement il vivra dans le péché. Il est fort à craindre que beaucoup de ceux qui font profession de religion n'aient jamais vraiment eu l'intention de vivre sans péché. L'apôtre insiste pour que les croyants se regardent comme morts au péché, pour qu'ils n'aient désormais pas plus affaire avec lui que s'ils étaient morts, et qu'ils ne s'attendent pas plus à pécher qu'un mort ne s'attendrait à marcher. Ils devraient se jeter sur Christ, le recevoir dans toutes ses relations avec eux, et s'attendre à être gardés, sanctifiés et sauvés par lui. S'ils le faisaient, ne pensez-vous pas qu'ils seraient gardés du péché ? Aussi sûrement qu'ils croiraient en Christ pour cela. Croire en Christ, croire qu'il les gardera, garantit le résultat : il les gardera. Et la raison pour laquelle ils ne reçoivent pas en tout temps la grâce qui garde, selon leurs besoins et autant qu'ils en ont besoin, c'est qu'ils ne s'y attendent pas et ne se confient pas en Christ pour les garder dans l'amour parfait. L'homme essaie de se garder lui-même. Au lieu de se jeter sur Christ, il se jette sur ses propres ressources, et alors, dans sa faiblesse, il s'attend à pécher, et naturellement il pèche. S'il connaissait son entière indigence, s'il se jetait sur Christ aussi absolument et se reposait sur lui avec autant de confiance pour la sanctification que pour la justification, l'une serait tout aussi certaine que l'autre.
Personne qui se soit confié en Dieu pour une chose qu'il a promise n'a jamais manqué de recevoir, selon sa foi, la chose même pour laquelle il se confiait. Si vous vous confiez en Dieu pour ce qu'il n'a pas promis, c'est tenter Dieu. Si Pierre n'avait pas été appelé par Christ à venir à lui sur l'eau, c'eût été tenter Dieu que de descendre de la barque dans l'eau, et il aurait perdu la vie pour sa présomption et sa folie. Mais dès que Christ lui eut dit de venir, ce ne fut de sa part qu'un acte de foi saine et raisonnable. C'était un engagement de la part de Christ qu'il serait soutenu ; et il fut soutenu en effet, tant qu'il eut la foi. Or, si la Bible a promis que ceux qui reçoivent Christ comme leur sanctification seront sanctifiés, alors vous qui croyez en lui dans ce but, vous avez tout autant de raisons de vous y attendre que Pierre en avait de s'attendre à marcher sur les vagues. Il est vrai que nous ne nous attendons pas à ce qu'un miracle s'accomplisse pour soutenir le croyant, comme il s'en est accompli un pour soutenir Pierre. Mais il est promis qu'il sera soutenu, et si des miracles étaient nécessaires, ils seraient sans aucun doute accomplis, car Dieu ébranlerait l'univers et bouleverserait le cours de la nature plutôt que de laisser une seule de ses promesses faillir envers ceux qui se confient en lui. Si Dieu s'est engagé à quelque chose, celui qui se risque sur cet engagement le verra tenu, aussi sûrement que Dieu possède la toute-puissance. Dieu a-t-il promis la sanctification à ceux qui se confient en lui pour l'obtenir ? S'il ne l'a pas fait, alors aller à lui avec foi pour être gardé de la tentation et du péché, c'est tenter Dieu. C'est du fanatisme. Si Dieu nous a laissés dans la dure nécessité de nous débrouiller avec notre propre vigilance, notre propre fermeté et notre propre force, il faut nous y soumettre et faire de notre mieux. Mais s'il a fait des promesses, il les tiendra jusqu'au bout, même si toute la terre et tout l'enfer s'y opposaient. Il en est de même des méprises et des erreurs dans lesquelles tombent les chrétiens. S'il n'y a pas de promesse qu'ils seront guidés autant qu'ils en ont besoin et conduits dans la vérité, dans le chemin du devoir et de la paix, alors, pour un chrétien, attendre de Dieu connaissance, sagesse, conduite et direction sans aucune promesse, c'est tenter Dieu. Mais s'il y a des promesses à ce sujet, soyez-en sûrs, elles seront accomplies jusqu'à la dernière pite pour le croyant qui s'y confie ; et faire confiance à de telles promesses n'est rien d'autre qu'une foi sobre et raisonnable en la parole de Dieu.
Je crois que la grande difficulté de l'Église au sujet de la perfection chrétienne est là : elle n'a pas pleinement compris combien le Seigneur Jésus-Christ est entièrement engagé dans toutes ces relations, ni que l'Église a tout autant de raisons, et tout autant d'obligation, de se confier en lui pour la sanctification que pour la justification. Que dit l'Écriture ? Il « a été fait pour nous, de par Dieu, sagesse, justice et sanctification et rédemption ». Comment l'idée s'est-elle établie dans l'Église que Jésus-Christ est notre rédemption et qu'il s'est porté garant que le plus misérable des hommes qui se jette sur lui pour être justifié obtiendra infailliblement la justification ? Cela a été admis partout dans l'Église, à toutes les époques. Mais il n'est pas enseigné plus clairement ni plus abondamment que Jésus-Christ est promis et engagé pour la sagesse et pour la sanctification de tous ceux qui le reçoivent dans ces relations. N'a-t-il pas promis que si quelqu'un manque de sagesse, il peut la demander à Dieu, et que s'il la demande avec foi, Dieu la lui donnera ? Quoi donc ? N'y a-t-il donc pas moyen d'être gardé par Christ de tomber dans telle ou telle illusion, dans telle ou telle erreur ? Dieu a fait cette large promesse, et Christ est autant engagé pour notre sagesse et notre sanctification, pourvu seulement que nous nous confiions en lui, qu'il l'est pour notre justification. Si l'Église voulait seulement renoncer à rien attendre d'elle-même, et mourir aussi absolument à sa propre sagesse et à sa propre force qu'elle meurt à sa propre justice, c'est-à-dire à l'espoir d'être sauvée par ses propres œuvres, Jésus-Christ est autant engagé pour l'une que pour l'autre. La seule raison pour laquelle l'Église n'obtient pas les mêmes résultats, c'est qu'on se confie en Christ pour la justification, tandis que, pour la sagesse et la sanctification, on ne se confie pas en lui.
La vérité, c'est que la grande masse des croyants, après avoir commencé par l'Esprit, cherchent maintenant à être rendus parfaits par la chair. Nous nous sommes jetés sur Christ pour la justification, puis nous avons essayé de nous sanctifier nous-mêmes. S'il est vrai, comme l'affirme l'apôtre, que Christ est pour l'Église à la fois sagesse et sanctification, quelle excuse les chrétiens ont-ils de ne pas être sanctifiés ?
III. Si certains ne s'attendent pas autant à vivre sans pécher contre Christ qu'ils s'attendent à vivre sans commettre contre les hommes des péchés manifestes, comme le meurtre ou l'adultère, ce doit être pour l'une de ces trois raisons :
1. Ou bien nous aimons nos semblables plus que nous n'aimons Christ, et nous sommes donc moins disposés à leur faire du tort.
2. Ou bien nous sommes retenus par le souci de notre propre réputation ; et cela prouve que nous aimons notre réputation plus que Christ.
3. Ou bien nous pensons pouvoir nous garder de ces crimes honteux mieux que de péchés moins odieux.
Supposez que je demande à l'un de vous s'il s'attend à commettre un meurtre ou un adultère. « Quelle horreur ! » dites-vous. Mais pourquoi pas ? Êtes-vous si vertueux que vous puissiez résister à n'importe quelle tentation que le diable peut vous présenter ? Si vous le dites, vous ne vous connaissez pas vous-même. Si vous avez réellement le pouvoir de vous garder, par vos propres forces, au point de vous abstenir des péchés ouvertement honteux, vous avez le pouvoir de vous abstenir de tous les péchés. Mais si votre seul appui, pour vous garder de commettre le meurtre et l'adultère, est Jésus-Christ, comment se fait-il que vous ayez pu vous mettre en tête qu'il n'est pas également capable de vous garder de tout péché ? Oh ! si les croyants voulaient seulement se jeter entièrement sur Christ et le rendre responsable, en se plaçant entièrement sous sa conduite, ils connaîtraient sa puissance pour sauver et ils vivraient sans péché.
IV. Quel horrible opprobre l'Église est pour Jésus-Christ !
V. Vous voyez pourquoi les convertis sont ce qu'ils sont. Des plants dégénérés d'une vigne étrangère, assurément !
L'Église est dans un tel état qu'il n'est pas étonnant que ceux qu'on y fait entrer, à peu d'exceptions près, se révèlent une honte pour la religion. Comment pourrait-il en être autrement ? Comment l'Église, vivant de cette manière, pourrait-elle engendrer des enfants qui fassent honneur à Christ ? L'Église, et les croyants pris un à un, en général, ne reçoivent pas Christ dans toutes ses fonctions, tel qu'il est offert dans la Bible. S'ils le faisaient, il leur serait impossible de vivre comme de si répugnantes prostituées.
Texte : Traduction française de biblelibre.org (2026), première en français. Source : Lectures to Professing Christians, Revell, 1878 (archive.org, exemplaire de la bibliothèque de Cornell) (Texte anglais du domaine public ; traduction française de biblelibre.org sous licence CC BY-SA 4.0 : libre de copie et de partage, dans les mêmes conditions, en citant la source).