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Discours aux chrétiens · Charles G. Finney

Discours 17

La sanctification par la foi

Anéantissons-nous donc la loi par la foi ? Loin de là ! Au contraire, nous confirmons la loi. (Romains 3,31)

L'apôtre venait de prouver que tous les hommes, Juifs comme païens, étaient dans leurs péchés, et de réfuter la doctrine si répandue chez les Juifs, selon laquelle ils étaient un peuple saint et sauvé par ses œuvres. Il avait montré que la justification ne peut jamais venir des œuvres, mais de la foi. Il prévient alors une objection, à peu près celle-ci : « Faut-il comprendre que tu enseignes que la loi de Dieu est abrogée et mise de côté par ce plan de justification ? » « Pas du tout, répond l'apôtre, nous confirmons plutôt la loi. » En traitant ce sujet, je me propose de suivre l'ordre que voici :

I. Montrer que la manière dont l'Évangile justifie ne met pas de côté la loi et ne l'abroge pas.

II. Montrer qu'elle confirme plutôt la loi, en produisant une vraie obéissance à cette loi, et qu'elle est le seul moyen d'y parvenir.

La plus grande objection faite à la doctrine de la justification par la foi a toujours été qu'elle s'accorde mal avec une bonne morale, qu'elle ferme les yeux sur le péché et qu'elle ouvre les vannes de l'iniquité. On a dit que soutenir que les hommes ne doivent pas compter sur leur propre bonne conduite pour être sauvés, mais qu'ils doivent l'être par la foi en un autre, c'est de nature à les rendre indifférents à la morale et à les encourager à vivre dans le péché en comptant sur Christ pour les justifier. D'autres ont soutenu que l'Évangile libère effectivement de l'obligation d'obéir à la loi morale, de sorte qu'une morale plus relâchée est permise sous l'Évangile que celle qui était permise sous la loi.

I. Je dois montrer que la manière dont l'Évangile justifie ne met pas de côté la loi morale.

1. Il est impossible que cette manière de justifier mette de côté la loi morale, puisque l'Évangile exige partout l'obéissance à la loi et pose la même norme de sainteté.

Jésus-Christ a repris les termes mêmes de la loi morale : « Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta pensée, et de toute ta force, et ton prochain comme toi-même. »

2. Les conditions de l'Évangile ont pour but de soutenir la loi morale.

L'Évangile exige la repentance comme condition du salut. Qu'est-ce que la repentance ? C'est renoncer au péché. L'homme doit se repentir de ses transgressions de la loi de Dieu et revenir à l'obéissance à cette loi. Cela revient à exiger l'obéissance.

3. L'Évangile maintient que la loi est juste.

S'il ne maintenait pas la loi dans toute son étendue, on pourrait dire que Christ est un ministre du péché.

4. Dans le plan de l'Évangile, les sanctions de l'Évangile s'ajoutent à celles de la loi pour faire obéir à la loi.

L'apôtre dit : « Celui qui a violé la loi de Moïse meurt sans miséricorde, sur la déposition de deux ou de trois témoins ; de quel pire châtiment pensez-vous que sera jugé digne celui qui aura foulé aux pieds le Fils de Dieu, qui aura tenu pour profane le sang de l'alliance, par lequel il a été sanctifié, et qui aura outragé l'Esprit de la grâce ? » Il ajoute ainsi les terribles sanctions de l'Évangile à celles de la loi, pour faire obéir aux préceptes de la loi.

II. Je dois montrer que la doctrine de la justification par la foi produit la sanctification, en produisant la seule vraie obéissance à la loi.

J'entends par là que, lorsque l'esprit comprend ce plan et exerce la foi en lui, il en résulte naturellement la sanctification. La sanctification, c'est la sainteté, et la sainteté n'est rien d'autre que l'obéissance à la loi, qui consiste à aimer Dieu et à aimer les hommes.

Pour appuyer cette proposition, que la justification par la foi produit la vraie obéissance à la loi de Dieu, je pose d'abord ceci : la sanctification ne peut jamais être produite chez des êtres égoïstes ou méchants par la loi elle-même, séparée des considérations de l'Évangile, c'est-à-dire des motifs liés à la justification par la foi.

Les motifs de la loi n'ont pas empêché ces êtres de commettre le péché, et il est absurde de supposer que ces mêmes motifs puissent les « ramener » du péché une fois qu'ils sont tombés sous l'empire de l'égoïsme et que le péché est devenu chez eux une habitude enracinée. Les motifs de la loi perdent une partie de leur influence dès qu'un être est tombé. Ils exercent même une influence contraire. Vus par un esprit égoïste, les motifs de la loi tendent à faire abonder le péché. C'est l'expérience de tout pécheur. Quand il voit le caractère spirituel de la loi sans voir les motifs de l'Évangile, l'orgueil de son cœur se dresse, et il s'endurcit dans sa rébellion. Le cas du diable montre ce que la loi, avec tous ses principes et toutes ses sanctions, peut faire sur un cœur méchant. Il comprend la loi, il en voit le bien-fondé, il a goûté le bonheur de l'obéissance, et il sait parfaitement que revenir à l'obéissance lui rendrait la paix de l'esprit. Il le sait mieux que ne peut le savoir aucun pécheur de notre race, qui n'a jamais été saint ; et pourtant cela ne présente à son esprit aucun motif capable de le ramener, mais au contraire le chasse à une distance sans retour de l'obéissance.

Quand on présente au pécheur l'obéissance à la loi comme la condition de la vie, cela le pousse aussitôt à faire des efforts de propre justice. Presque toujours, le premier effort du pécheur réveillé est d'obéir à la loi. Il pense qu'il doit d'abord se rendre meilleur, d'une manière ou d'une autre, avant d'avoir le droit d'embrasser l'Évangile. Il n'a aucune idée de la simplicité du plan de l'Évangile, le salut par la foi, qui offre la vie éternelle comme un pur don gratuit. Effrayez le pécheur par la peine que prévoit la loi, et il se met naturellement, par les lois mêmes de son esprit, à faire mieux, à corriger sa vie et à obtenir la vie éternelle par quelque moyen de propre justice, sous l'influence d'une crainte servile. Et plus la loi le presse, plus ses efforts de pharisien redoublent, tant qu'il lui reste l'espoir d'être accepté s'il obéit. Que pourriez-vous attendre d'autre de lui ? Il est purement égoïste ; et bien qu'il doive se soumettre à Dieu tout de suite, comme il ne comprend pas les conditions du salut selon l'Évangile, son esprit se tourne naturellement d'abord vers le moyen d'échapper au danger de la peine, et il essaie de monter au ciel par un autre chemin. Je ne crois pas qu'il existe dans l'histoire un seul exemple d'un homme qui se soit soumis à Dieu avant d'avoir vu que le salut doit venir de la foi et que ses propres efforts de propre justice ne tendent en rien à le sauver.

De plus, si vous entreprenez de produire la sainteté par des motifs légaux, la peur même d'échouer a pour effet de détourner l'attention des objets de l'amour, de Dieu et de Christ. Le pécheur ne cesse de tourner autour du mont Sinaï, en surveillant ses pas pour voir à quel point il approche de l'obéissance ; et comment pourrait-il entrer dans l'esprit du ciel ?

De plus, la peine que prévoit la loi ne tend en rien à faire naître l'amour au départ. Elle peut accroître l'amour chez ceux qui l'ont déjà, quand ils la contemplent comme une manifestation de la sainteté infinie de Dieu. Les anges dans le ciel et les gens de bien sur la terre en contemplent la convenance et la justesse, ils y voient l'expression de la bienveillance de Dieu envers ses créatures, elle leur paraît aimable et belle, et elle accroît leur joie en Dieu et leur confiance envers lui. Mais c'est exactement l'inverse chez l'homme égoïste. Il voit la peine suspendue au-dessus de sa propre tête, sans aucun moyen d'y échapper, et il n'est pas dans la nature de l'esprit de s'éprendre de l'Être qui tient la foudre au-dessus de cette tête vouée à la ruine. Par la nature même de l'esprit, il fuira loin de lui, et non vers lui. Il semble que les écrivains inspirés n'aient jamais imaginé que la loi pût sanctifier les hommes. La loi est donnée plutôt pour faire mourir que pour faire vivre, pour retrancher à jamais les espérances de propre justice des hommes et les contraindre à se réfugier en Christ.

De plus, les pécheurs placés sous la loi nue, sans égard à l'Évangile, oui, je le dis, les pécheurs dans de telles conditions voient en Dieu, naturellement, nécessairement et à bon droit, un ennemi irréconciliable. Ils sont entièrement égoïstes ; et en dehors des considérations de l'Évangile, ils voient Dieu exactement comme le diable le voit. Il n'est pas, dans la loi, de motif qu'on puisse présenter à un esprit égoïste et qui fasse naître l'amour. L'influence de la peine le peut-elle ?

Étrange plan de réforme que d'envoyer les hommes en enfer pour les réformer ! Qu'ils continuent dans le péché et la rébellion jusqu'à la fin de leur vie, et qu'ensuite le pécheur soit puni jusqu'à ce qu'il devienne saint ! Je m'étonne que le diable ne soit pas devenu saint ! Il a assez souffert, il est en enfer depuis des milliers d'années, et il n'est pas meilleur qu'il n'était. La raison en est qu'il n'y a là ni Évangile ni Saint-Esprit pour appliquer la vérité, et que la peine ne fait que confirmer sa rébellion.

De plus, la doctrine de la justification peut résoudre ces difficultés. Elle peut produire, et elle a produit, une réelle obéissance au précepte de la loi. La justification par la foi ne met pas de côté la loi comme règle du devoir ; elle met seulement de côté la peine que prévoit la loi. Et prêcher la justification comme une pure grâce, accordée sur le simple acte de foi, est la seule manière dont on parvienne jamais à l'obéissance à la loi. Je vais maintenant le montrer par les considérations suivantes :

1. Elle délivre l'esprit de la pression des considérations qui tendent naturellement à affermir l'égoïsme.

Tant que l'esprit ne regarde que la loi, il ne ressent que l'influence de l'espérance et de la crainte, qui entretient des efforts purement égoïstes. Mais la justification par la foi anéantit cet esprit de servitude. L'apôtre dit : « Vous n'avez point reçu un esprit de servitude, pour être encore dans la crainte. » Ce plan de salut fait naître l'amour et la reconnaissance envers Dieu, et conduit les âmes à goûter les douceurs de la sainteté.

2. Elle délivre aussi l'esprit de la nécessité de faire de son propre salut son but suprême.

Celui qui croit au plan de salut de l'Évangile trouve le salut, plein et complet, comprenant à la fois la sanctification et la vie éternelle, déjà tout préparé ; et au lieu d'être réduit à mener en religion une vie de pharisien, faite d'efforts pénibles et épuisants, il le reçoit comme un don gratuit, une pure grâce, et le voilà libre d'exercer une bienveillance désintéressée, de vivre et de travailler pour le salut des autres, en remettant sans réserve sa propre âme à Christ.

3. Le fait que Dieu lui ait préparé et donné le salut comme une grâce est de nature à éveiller chez le croyant un souci pour les autres, quand il les voit mourir faute de ce salut : il désire qu'ils parviennent à la connaissance de la vérité et soient sauvés. Combien ces influences sont éloignées de tout motif égoïste ! L'Évangile montre Dieu, non comme la loi le montre, en ennemi irréconciliable, mais comme un Père attristé et offensé, disposé à se réconcilier, bien plus, désirant vivement que ses sujets se réconcilient avec lui et vivent. Voilà qui est de nature à faire naître l'amour. Il montre Dieu faisant le plus grand des sacrifices pour réconcilier les pécheurs avec lui, et cela sans autre motif qu'un souci pur et désintéressé de leur bonheur. Essayez cela dans votre propre famille. La loi représente Dieu armé de colère et décidé à punir le pécheur, sans espoir ni secours. L'Évangile le représente offensé, certes, mais si désireux de voir ses enfants revenir à lui qu'il a fait les plus grands sacrifices qu'on puisse concevoir, par un amour pur et désintéressé pour ses enfants égarés.

J'ai entendu un jour un père raconter qu'il avait essayé, dans sa famille, d'imiter le gouvernement de Dieu. Quand son enfant faisait une faute, il raisonnait avec lui et lui montrait ses torts ; et quand l'enfant était pleinement convaincu, confondu et condamné, au point de n'avoir plus un mot à dire, le père lui demandait : « Mérites-tu d'être puni ? - Oui, monsieur. - Je le sais ; et maintenant, si je te laissais aller, quelle influence cela aurait-il sur les autres enfants ? Plutôt que d'en arriver là, je vais prendre la punition sur moi. » Et il s'appliqua la férule à lui-même, ce qui produisit l'effet le plus étonnant sur l'esprit de l'enfant. Il n'avait jamais rien essayé qui soumette aussi parfaitement l'esprit. Et d'après les lois de l'esprit, il doit en être ainsi. Cela agit sur l'esprit d'une tout autre manière que la loi nue.

4. Elle place l'esprit sous un ensemble d'influences entièrement nouveau, et le laisse libre de peser les raisons d'être saint et de se décider en conséquence.

Sous la loi, seuls les motifs de l'espérance et de la crainte peuvent agir sur l'esprit du pécheur. Mais sous l'Évangile, l'influence de l'espérance et de la crainte est mise de côté, et un nouvel ensemble de considérations est présenté, avec une vue du caractère de Dieu tout entier, dans tous les attraits dont il dispose. L'Évangile donne de Dieu les vues les plus capables de briser le cœur et de soumettre le péché. Il le présente aux sens dans la nature humaine. Il montre son désintéressement. Le moyen par lequel Satan l'a emporté sur nos premiers parents a été de les amener à douter du désintéressement de Dieu. L'Évangile démontre la vérité et corrige ce mensonge. La loi représente Dieu comme l'ennemi inexorable du pécheur, assurant le bonheur à tous ceux qui obéissent parfaitement, mais faisant tomber la colère comme la foudre sur tous ceux qui désobéissent. L'Évangile révèle dans le caractère de Dieu des traits nouveaux, inconnus auparavant. Sans doute l'Évangile accroît l'amour de tous les êtres saints et donne plus de joie aux anges dans le ciel, en augmentant beaucoup leur amour, leur confiance et leur admiration, quand ils voient l'étonnante pitié et la patience de Dieu envers les coupables. La loi a chassé les démons en enfer, et elle a chassé Adam et Ève du paradis. Mais quand les esprits bienheureux voient ce même Dieu saint attendre des rebelles, bien plus, leur ouvrir son propre sein, donner pour eux son Fils bien-aimé et prendre une peine si inlassable pendant des milliers d'années pour sauver des pécheurs, pensez-vous que cela n'a aucune influence pour fortifier dans leur esprit les motifs d'obéir et d'aimer ?

Le diable, qui est un être purement égoïste, accuse toujours les autres d'égoïsme. Il en a accusé Job : « Est-ce d'une manière désintéressée que Job craint Dieu ? » Il a accusé Dieu d'égoïsme devant nos premiers parents, en prétendant que la seule raison pour laquelle il leur défendait de manger de l'arbre de la connaissance était la crainte qu'ils n'en viennent à en savoir autant que lui. L'Évangile montre ce qu'est Dieu. S'il était égoïste, il ne se donnerait pas tant de peine pour sauver ceux qu'il pourrait, avec la plus grande facilité, écraser en enfer. Rien n'est plus propre à faire honte aux égoïstes de leur égoïsme que de voir chez d'autres une bienveillance désintéressée. C'est pourquoi les méchants s'efforcent toujours de paraître désintéressés. Que l'égoïste qui a encore un peu de cœur voie chez d'autres une vraie bienveillance, et c'est pour lui comme des charbons ardents sur sa tête. Le sage le comprenait quand il disait : « Si ton ennemi a faim, donne-lui du pain à manger ; s'il a soif, donne-lui de l'eau à boire. Car ce sont des charbons ardents que tu amasses sur sa tête. » Rien n'est plus propre à abattre un ennemi, à le gagner et à en faire un ami.

Voilà ce que l'Évangile fait aux pécheurs. Il montre que, malgré tout ce qu'ils ont fait contre Dieu, Dieu exerce encore envers eux un amour désintéressé. Quand le pécheur voit Dieu s'abaisser du haut du ciel pour le sauver, et qu'il comprend que c'est bien vrai, oh ! comme cela fond et brise le cœur, porte un coup mortel à l'égoïsme et le gagne à une confiance sans bornes et à un saint amour ! Dieu a constitué l'esprit de telle sorte qu'il doit nécessairement rendre hommage à la vertu. Il doit le faire aussi longtemps qu'il garde les facultés d'un agent moral. C'est aussi vrai en enfer qu'au ciel. Le diable le sent. Quand quelqu'un voit que Dieu n'a aucun motif intéressé de le condamner, quand il voit que Dieu offre le salut comme une pure grâce, par la foi, il ne peut s'empêcher d'admirer la bienveillance de Dieu. Son égoïsme est écrasé, la loi a fait son œuvre, il voit que tous ses efforts égoïstes n'ont servi à rien ; et l'étape suivante, c'est que son cœur s'élance dans un amour désintéressé.

Supposez un homme condamné à mort pour rébellion, qui a essayé bien des expédients pour se faire bien voir du gouvernement, mais sans succès, parce qu'ils étaient tous creux et égoïstes. Il voit que le gouvernement comprend ses motifs et sait qu'il n'est pas vraiment réconcilié. Il sait lui-même qu'ils étaient tous hypocrites et égoïstes, inspirés par l'espoir d'une faveur ou par la crainte de la colère, et que le gouvernement est de plus en plus irrité de son hypocrisie. Qu'à ce moment-là on lui apporte un document du gouvernement, lui offrant un pardon gratuit à la simple condition de le recevoir comme une pure grâce, sans faire aucun cas de ses propres œuvres : quelle influence cela aura-t-il sur son esprit ? Dès qu'il découvre que la peine est levée et qu'il n'a nul besoin de se mettre à l'œuvre par des efforts de propre justice, son esprit est rempli d'admiration. Qu'il apparaisse maintenant que le gouvernement a consenti les plus grands sacrifices pour obtenir ce pardon : son égoïsme est mis à mort, il fond comme un enfant aux pieds de son souverain, prêt à obéir à la loi parce qu'il aime son souverain.

5. Toute vraie obéissance repose sur la foi. La foi assure toutes les influences nécessaires pour produire la sanctification. Elle donne aux doctrines de l'éternité accès à l'esprit et prise sur le cœur. Dans ce monde, les motifs du temps s'adressent aux sens. Les motifs qui agissent sur les esprits des justes dans le ciel ne nous atteignent pas par les sens. Mais quand la foi s'exerce, le mur est abattu, et les immenses réalités de l'éternité agissent ici sur l'esprit avec le même genre d'influence qu'elles ont dans l'éternité. L'esprit est l'esprit, partout. Et n'étaient les ténèbres de l'incrédulité, les hommes vivraient ici exactement comme ils vivent dans le monde éternel. Ici, les pécheurs se déchaîneraient et blasphémeraient, exactement comme ils le font en enfer ; et les saints aimeraient, obéiraient et loueraient, exactement comme ils le font au ciel. Or la foi rend toutes ces choses réelles ; elle libère l'esprit des entraves du monde, et l'homme contemple Dieu, il saisit sa loi et son amour. Ces motifs ne peuvent avoir prise sur l'esprit d'aucune autre manière. Quelle action puissante elle doit exercer sur l'esprit quand elle saisit l'amour de Christ ! Quelle puissance de vie, quand les motifs purs de l'Évangile affluent dans l'esprit et le stimulent d'une énergie divine ! Tout chrétien sait que, dans la mesure où sa foi est forte, son esprit est allègre et actif, et que lorsque sa foi faiblit, son âme est sombre et languissante. C'est la foi seule qui met les choses du temps et celles de l'éternité dans leur vraie proportion, et qui ramène les choses du temps et des sens à leur valeur réelle. Elle dissipe les illusions de l'esprit ; l'âme secoue ses erreurs et ses entraves, et elle s'élève dans la communion avec Dieu.

REMARQUES

I. Il est aussi contraire à la raison qu'à l'Écriture de vouloir convertir et sanctifier l'esprit des pécheurs sans les motifs de l'Évangile.

Vous pouvez presser le pécheur avec la loi et lui faire voir son propre caractère, la grandeur et la justice de Dieu, et l'état de ruine où il se trouve. Mais cachez à son esprit les motifs de l'Évangile, et tout cela est vain.

II. Il est absurde de penser que les offres de l'Évangile sont de nature à faire naître une espérance égoïste.

Certains ont peur de présenter à l'esprit du pécheur tout le caractère de Dieu ; et ils essaient de l'amener à se soumettre à Dieu en le jetant dans le désespoir. Non seulement c'est contraire à l'Évangile, mais c'est absurde en soi. Il est absurde de penser que, pour détruire l'égoïsme d'un pécheur, il faille lui cacher combien Dieu l'aime et a pitié de lui, et quels grands sacrifices il a faits pour le sauver.

III. Bien loin qu'il soit vrai que les pécheurs risquent de concevoir de fausses espérances si on leur laisse connaître la compassion réelle de Dieu, il est impossible, tant que vous la cachez, de donner au pécheur autre chose qu'une fausse espérance. Cacher au pécheur qui se tord sous la conviction de péché que Dieu a préparé le salut comme une pure grâce, c'est le moyen même d'affermir son égoïsme ; et s'il conçoit une espérance, elle ne peut être que fausse. Le presser de se soumettre par la loi seule, c'est le mettre à bâtir sur un fondement de propre justice.

IV. Autant que nous puissions le voir, le salut par grâce, qui n'est accordé à aucun degré pour nos propres œuvres, est le seul moyen possible de ramener des êtres égoïstes.

Supposez que le salut ne soit pas entièrement gratuit, mais qu'on tienne compte d'une certaine mesure de bonnes œuvres, et que nous soyons justifiés en partie pour ces bonnes œuvres : dans la mesure exacte où cette considération occupe l'esprit, dans cette mesure exacte il y a un aiguillon pour l'égoïsme. Vous devez amener le pécheur à voir qu'il dépend entièrement de la libre grâce, et qu'une justification pleine et complète est accordée, au premier acte de foi, comme une pure grâce, et qu'aucune part n'en est donnée en échange de quoi que ce soit qu'il doive faire. Cela seul dissout l'influence de l'égoïsme et assure une conduite sainte.

V. Si tout cela est vrai, il faut mettre les pécheurs le plus pleinement possible, et le plus rapidement possible, en possession de tout le plan du salut.

Il faut leur faire voir la loi, et leur propre culpabilité, et qu'ils n'ont aucun moyen de se sauver eux-mêmes ; et ensuite, plus pleinement vous ouvrirez devant le pécheur toute la longueur, la largeur, la hauteur et la profondeur de l'amour de Dieu, plus efficacement vous écraserez son égoïsme et soumettrez son âme dans l'amour pour Dieu. N'ayez pas peur, en vous entretenant avec les pécheurs, de montrer tout le plan du salut et de faire voir le plus pleinement possible la compassion infinie de Dieu. Montrez au pécheur que, malgré sa culpabilité, le Fils de Dieu frappe à la porte et le supplie de se réconcilier avec Dieu.

VI. Vous voyez pourquoi tant de pécheurs convaincus de péché continuent si longtemps à tourner autour du mont Sinaï, avec des efforts de propre justice pour se sauver par leurs propres œuvres.

Combien de fois trouvez-vous des pécheurs qui cherchent à éprouver plus de sentiments, ou qui attendent d'avoir fait plus de prières et de plus grands efforts, et qui espèrent se faire bien voir de Dieu de cette manière ! Pourquoi tout cela ? Il faut chasser le pécheur de ce terrain et lui faire voir que, tout ce temps, il cherche le salut sous la loi. Il faut lui faire voir que tout cela est remplacé par l'Évangile, qui lui offre tout ce dont il a besoin comme une pure grâce. Il doit entendre Jésus lui dire : « Vous ne voulez pas venir à moi pour avoir la vie ! Oh non, vous voulez bien prier, aller aux réunions, lire la Bible, faire n'importe quoi, sauf venir à moi. Pécheur, voici le chemin ; je suis le chemin, la vérité, et la vie. Nul ne vient au Père que par moi. Je suis la résurrection et la vie. Je suis la lumière du monde.

Voici, pécheur, ce qu'il te faut. Au lieu d'essayer tes prières et tes efforts de propre justice, voici ce que tu cherches : crois seulement, et tu seras sauvé. »

VII. Vous voyez pourquoi tant de croyants de profession sont toujours dans les ténèbres.

Ils regardent leurs péchés, ils ne s'observent qu'eux-mêmes et perdent de vue qu'ils n'ont qu'à saisir vraiment Jésus-Christ, à se jeter sur lui, et que tout ira bien.

VIII. La loi est utile pour convaincre les hommes de péché ; mais en fait, elle ne brise jamais le cœur. L'Évangile seul le fait. Le degré auquel un converti a le cœur brisé est en proportion de la clarté avec laquelle il saisit l'Évangile.

IX. Les convertis, si on peut les appeler ainsi, qui conçoivent une espérance sous une prédication légale, peuvent avoir une approbation intellectuelle de la loi et une sorte de zèle sec, mais ils ne deviennent jamais des chrétiens tendres, au cœur brisé. S'ils n'ont pas vu Dieu dans l'attitude où l'Évangile le présente, ils ne sont pas de ces chrétiens qu'on voit parfois, la larme tremblant au bord des yeux et tout le corps secoué d'émotion, au nom de Jésus. X. Les pécheurs sous la conviction de péché et les croyants de profession qui sont dans les ténèbres doivent être conduits droit à Christ et amenés à saisir le plan du salut par la foi. Vous ne pouvez leur faire du bien d'aucune autre manière.

Texte : Traduction française de biblelibre.org (2026), première en français. Source : Lectures to Professing Christians, Revell, 1878 (archive.org, exemplaire de la bibliothèque de Cornell) (Texte anglais du domaine public ; traduction française de biblelibre.org sous licence CC BY-SA 4.0 : libre de copie et de partage, dans les mêmes conditions, en citant la source).

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